Grèce : La crise qui secoue le pays a aussi des effets agricoles

Georges Chatain

Grèce : La crise qui secoue le pays a aussi des effets agricoles

Résumé de la crise européenne façon Café du commerce : « les seize pays de la zone euro s'offrent ensemble le restaurant, et décident de se partager l'addition à parts égales. Alors l'Allemagne se commande un sandwich, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et la France de la langouste, et la Grèce du caviar ». Explication frugale, mais bien éclairante, de la mauvaise humeur allemande face à une solidarité qu'elle estime pipée ; et aussi de la crainte de l' “effet domino” . Chaque pays en entraînant un autre dans sa chute. Risque pas encore vraiment écarté !

La Grèce, donc, est le pays-témoin sur lequel s'expérimente la médecine - et même, peut-on dire, la chirurgie -, dont il n'est pas exclu qu'elle intéresse bientôt l'Union européenne toute entière. Et qui n'épargne pas une agriculture encore très paysanne : il est envisagé la division par deux du nombre d'exploitations, avec des programmes d'arrachage de vignes et d'oliveraies qui créent des tensions fortes dans ces secteurs pas seulement productifs, mais aussi identitaires.

Agriculture : un poids lourd de l'économie

L'agriculture emploie 12 % de la population active (France : 2,75 %, Union européenne : 4,5 %). La moyenne de surface y est de 4,5 hectares. Malgré quelques déficits structurels – les céréales, la viande bovine, les produits laitiers... -, elle a des habitudes de consommation alimentaire – le régime crétois, très demandeur de la production fruitière et légumière locale - ce qui lui évite notamment les importations hors-saison, et en fait dans ce domaine un pays exportateur. L'agriculture grecque est aussi peu gourmande en intrants.

Mais l'adhésion à l'Union européenne, puis l'admission dans la zone euro, ont eu les mêmes effets rapides sur le mode de vie que sur l'illusoire décollage économique. L'évolution des goûts alimentaires sur sa nouvelle classe moyenne, notamment pour la viande bovine et les produits transformés, ont creusé là comme dans d'autres secteurs le déficit : les importations agricoles et agro-alimentaires ont pesé ces dernières années près de trois fois plus que les exportations : 50 mds€ contre 18 (en 2009). Et la diète drastique qui vient de s'imposer annonce une réduction des importations qui n'affectera pas seulement la Grèce, mais aussi ses fournisseurs. A commencer par la France, pour laquelle la Grèce est le troisième marché excédentaire (après la Grande-Bretagne et l'Espagne), avec une demande agro-alimentaire (674 M€ ) près de trois fois supérieure à celle du secteur automobile (261 M€). Plus globalement, la crise grecque met en lumière un problème chronique : les effets des distorsions de développement des divers partenaires. Un problème encore loin d'être résolu.

 

Source Ja Mag

Publié par Georges Chatain

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