Horaires de traite : la peur du changement ?

INSTITUT DE L'ELEVAGE IDELE

Horaires de traite : la peur du changement ?

Les deux traites quotidiennes interviennent habituellement en début et fin de journée, contraignant les éleveurs à une forte amplitude horaire de travail. Beaucoup souhaitent simplifier leurs pratiques d’élevage et passer du temps en famille le matin ou le soir. De plus, l’agrandissement des troupeaux peut se traduire par un recours accrû au salariat : or les salariés sont rebutés par cette large amplitude horaire et les éleveurs peinent à recruter. C’est pourquoi des essais ont été mis en œuvre par l’INRA il y a dix ans (voir encadré) pour tester l’effet d’intervalles de traite (IT) rapprochés. Ils ont montré le faible impact d’IT réduits sur la production laitière tant que les intervalles restaient supérieurs à 5h30min (traite à 7 H 30 et 13 h 30 par exemple).

Les horaires de traite de plus de 5.800 élevages laitiers analysés

En Bretagne, les éleveurs laitiers changent peu leurs horaires et intervalles de traite

Afin de mieux connaître les pratiques en matière d’IT, une étude de bases de données a été réalisée en Bretagne en 2014 à partir des informations disponibles dans les deux organismes de contrôle de performances (EILYPS et BCLEO), soit les données de 5.844 élevages pour lesquels sont enregistrées les heures de début et fin de traite lors des contrôles officiels.

Des horaires de traite "traditionnels"

Les deux bases de données diffèrent peu en matière d’horaires de traite et ont été regroupées (tableau 1). La traite débute en moyenne le matin à 7h25 et le soir à 17h45. Plus de la moitié des éleveurs commencent la traite entre 7h et 8h le matin et entre 17h et 18h le soir. 70% des exploitations présentent un intervalle de traite en journée compris entre 10h et 11h (figure 1), avec une moyenne de 10h23. Seuls 33 élevages (0,6%) ont un intervalle qualifié de « court » c’est à dire strictement inférieur à 9h. 68 élevages ont un intervalle inférieur ou égal à 9 h.

18 élevages à IT "courts" enquêtés

Parmi eux, 18 élevages ont été enquêtés par téléphone afin de comprendre les pratiques et motivations des éleveurs. Le questionnaire portait sur les caractéristiques de l’exploitation, de l’installation de traite, sur les trayeurs, le déroulement de la traite et sur les perspectives des éleveurs en relation avec leur niveau de satisfaction par rapport aux horaires de la traite.

En moyenne, les éleveurs enquêtés disposaient de 66 vaches, 84 ha et 2,1 UTH et différaient peu de la moyenne bretonne.

Du temps pour sa famille, ou moins d’amplitude pour les salariés

Les deux motivations principales citées pour la recherche d’un IT inférieur ou égal à 9h sont : dégager du temps pour d’autres activités, pour la vie de famille (17 élevages) et proposer des horaires convenables aux salariés (3 élevages). Le frein principal au changement et à une réduction plus forte de l’IT reste, pour 4 éleveurs, lié à l’impact négatif possible sur la santé des mamelles et le bien-être animal. Les 2/3 des élevages enquêtés ont des horaires de traite stables tout au long de l’année Par ailleurs, les 6 éleveurs ayant des horaires de traite variables au cours de l’année, et les 4 ayant des horaires variables au cours de la semaine (hors week-end), jugent la traite comme une obligation ou une contrainte. A l’opposé, les 10 éleveurs qui font varier leurs horaires de traite le week-end considèrent plutôt la traite comme un plaisir.

Réduire l’IT, un outil méconnu pour la gestion du travail quotidien

Cet état des lieux montre la nécessité de communiquer sur la souplesse possible dans ce domaine afin de lever les freins. Un nouvel essai comparant un lot témoin à 10h d’IT avec un lot expérimental à 6h30 d’IT aura lieu l’hiver prochain à la station expérimentale de Trévarez.

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