Hubert Garaud, président de Terrena : Il faudra produire plus et mieux avec moins »

Propos recueillis par Véronique Bargain

Qu'est-ce que l'Agriculture écologiquement intensive ?

D'ici 2050, l'agriculture mondiale devra doubler sa production pour nourrir 9 milliards d'habitants, tout en respectant la planète et la biodiversité, et avec moins d'énergie fossile. Elle devra donc rester hautement productive sans menacer les écosystèmes. Alors qu'avant, intensifier signifiait utiliser plus d'azote, d'intrants, d'énergie, il faudra demain obtenir les mêmes résultats économiques avec plus d'innovation, plus de matière grise. Cela implique de travailler à des solutions nouvelles basées sur l'écologie et la biologie, comme le biocontrôle, les biostimulants, les couverts végétaux, le semis direct, la valorisation de la biomasse, les bâtiments à énergie positive…

Est-ce un virage important par rapport aux pratiques actuelles ?

C'est un vrai tournant. L'Agriculture écologiquement intensive (AEI) est un des axes stratégiques que veut développer Terrena. Cette nouvelle agriculture inclut également la performance et la nutrition santé. Il s'agit de faire vivre les agriculteurs tout en étant en phase avec les attentes de la société. Ces nouvelles solutions devront permettre d'obtenir les mêmes résultats économiques que les techniques classiques, avec parfois des intérêts/impacts non chiffrés. Par exemple, l'irrigation du maïs au goutte-à-goutte permet d'économiser 50 % d'eau. Elle change aussi l'image de l'exploitant car ses voisins ne voient plus les arroseurs asperger les routes. Nous pensons que ces technologies n'augmenteront pas le prix du produit fini, sauf si elles apportent un avantage supplémentaire qui pourra donc être valorisé par un prix supérieur.

Comment comptez-vous impliquer les agriculteurs ?

Bien sûr, il faudra faire connaître la démarche. C'est le but des Terrenales que nous organisons les 27 et 28 mai. Il s'agit de montrer des réalisations concrètes qui utilisent de nouvelles technologies et de chercher à assumer les paradoxes apparents entre productivité, rentabilité économique et préservation des ressources naturelles. Nous n'avons pas voulu faire de l'AEI une norme ou un label, qui nous bloquerait ensuite. Il n'y aura pas non plus d'affichage sur l'étiquette, sauf si la technologie apporte vraiment un plus, par exemple dans le cadre de l'affichage environnemental des produits. Mais ce sera un vecteur de communication qui permettra de discuter avec les consommateurs, les associations, la société en général.

Pour les aviculteurs, quels changements concrets cela va-t-il représenter ?

Avec l'Agriculture écologiquement intensive, l'agriculteur sera l'expérimentateur. Ce sera lui qui décidera si telle technique convient à sa situation. Les aviculteurs seront concernés par tout ce qui touche aux cultures, à la valorisation de la biomasse et aux bâtiments. Aujourd'hui, dans un contexte de crise pour la plupart des productions, l'aviculture a retrouvé de l'attractivité. Elle est souvent citée pour son esprit de filière. Nous arrivons à remplacer les départs en retraite. Mais, ces dernières années, le parc a vieilli et il doit être rénové. Des économies d'énergie sont en général possibles. Il est peut-être temps aussi de réfléchir à des bâtiments plus durables, quitte à en revoir le mode de financement avec des durées d'amortissement plus longues. Aux Terrenales, nous présenterons un bâtiment qui, par ses choix architecturaux, les matériaux et l'utilisation de nouvelles technologies, améliorera le bien-être animal, les conditions de travail, la sécurité alimentaire et l'efficacité environnementale et énergétique. Et si l'agriculture biologique ne peut fournir en totalité certains débouchés comme les cantines scolaires, l'AEI, qui s'en rapproche, pourra peut-être le faire.

Source Réussir Bovins Viande Mai 2010

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