Inauguration : Un chef de l'État volontiers moralisateur au Sia

l'issue de l'inauguration du Salon international de l'agriculture, Nicolas Sarkozy s'est entretenu deux heures et en public avec six agriculteurs.

“On ne va pas y arriver sans votre aide !” L'éleveur de vaches limousines s'est entretenu quelques minutes avec Nicolas Sarkozy. Lors de l'inauguration du Salon de l'agriculture, le 19 février au matin, le Président de la République aura seulement sillonné les allées du Pavillon 1, celui de l'élevage, un secteur plongé dans une crise très grave. La flambée des cours des matières premières a fait bondir le coût de l'aliment du bétail, sur fond de baisse de revenus depuis plusieurs années, comme en viande bovine. “Nous allons nous occuper de la filière viandes et de l'élevage”, assure Nicolas Sarkozy quelques minutes plus tard à un jeune éleveur lozérien d'aubrac.

Compétitivité de l'élevage

Mais après deux heures de visite, le chef de l'État opte très souvent pour la leçon de morale durant la table ronde à laquelle il participe au Sia, entouré de six agriculteurs représentant les différentes productions agricoles mais aussi de son ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, et du président du salon, Jean-Luc Poulain. “Le compte n'y est pas mais ça va mieux dans un certain nombre de secteurs, ce qui rend d'autant plus difficile ce qui ne va pas”, a déclaré le Président de la République. Et pas question pour lui de laisser dire que les pouvoirs publics réagissent mal ou trop lentement aux difficultés des agriculteurs. Ce face-à-face de deux heures avec ces derniers était organisé devant la presse et l'ensemble des représentants du monde agricole et agroalimentaire français. À Michèle Bourdoin, éleveuse de brebis en Auvergne, qui rappelle que la production ovine “a beaucoup souffert” ces dernières années, Nicolas Sarkozy rétorque : “Pour la première fois depuis un quart de siècle, cette production connaît une situation plus favorable ; cela grâce au bilan de santé de la Pac que j'assume. (…) Comment garderions-nous le même système de subventions avec le prix que connaissent aujourd'hui les céréales ?” Sept cent cinquante millions d'euros d'aides directes ont été réorientées des grandes cultures vers l'élevage dans le bilan de santé. Et le chef de l'État de lancer : “Le problème de la compétitivité de l'élevage français est clairement posé aujourd'hui !” À Emmanuel Bernard, éleveur de charolaises dans la Nièvre, qui porte la voix des producteurs de viande bovine, il répond : “S'il n'y avait pas eu le bilan de santé, le Salon ne se passerait pas dans les mêmes conditions ; les éleveurs oublient vite et les prêts sans intérêt, un jour, il faut les rembourser.”

 

“Préférence communautaire”

Enfin, le président estime que “la régulation, ce n'est pas que le stockage, elle revient aussi à la nécessité de s'organiser”. Nicolas Sarkozy a néanmoins demandé à Bruno Le Maire et Christine Lagarde, ministre de l'Économie, d'obtenir des banques “un étalement des remboursements afin d'éviter que tout le monde soit pris à la gorge”. Il appelle aussi les éleveurs à “travailler sur la couverture du risque de prix des céréales”, jugeant, cinglant, que l'agriculture française “n'est pas condamnée à ignorer le progrès”.
Le Président de la République a redit en outre que des “phénomènes spéculatifs scandaleux” sur les marchés agricoles créaient des “effets destructeurs”. Devant Frédéric Gond, exploitant en grandes cultures dans le Loiret, il dénonce aussi “la spéculation réalisée par certains céréaliers”, accusés par le chef de l'État de bloquer des stocks dans leurs silos pour faire monter les prix. Un silence parcourt l'auditoire…

Du bio à la cantine

Avant d'affirmer que “la solidarité agricole entre les céréaliers et les éleveurs (était) indispensable car vous êtes de la même famille”. Interpellé ensuite sur le niveau de charges supportées en fruits et légumes par Patricia Rebillou, productrice de fraises en Dordogne, Nicolas Sarkozy a admis que se posait “le problème de l'harmonisation européenne” sociale et fiscale pour éviter les distorsions de concurrence entre États membres. Le président a affirmé qu'il ne pouvait “pas accepter un problème de compétitivité avec les agriculteurs allemands”. Il est attaché aussi à “la préférence communautaire”, estimant qu'il n'y a “plus de raisons d'importer en Europe des produits qui ne respectent pas les même règles de sécurité alimentaire”. Sur la question du partage plus équitable de la valeur ajoutée dans les filières, Nicolas Sarkozy se range du côté des producteurs qui lui ont demandé de peser dans leurs négociations avec la grande distribution : “Il est normal que soit prise en compte par la distribution la hausse des cours des matières premières ; il n'est pas anormal que les prix au consommateur augmentent si c'est pour le producteur et pas pour la marge du distributeur. Je serai à vos côtés dans cette négociation.” Et de plaider pour le développement des circuits courts auxquels il “(croit) beaucoup” : Nicolas Sarkozy propose pour les cantines scolaires
“20 % de produits locaux” dans les appels d'offre. Et Bruno Le Maire réclame que les distributeurs “mentionnent l'origine française de la viande bovine”. Une forme de soutien aux éleveurs de porcs et de bovins mobilisés depuis plusieurs jours dans l'Ouest à l'appel de la FNSEA et de Jeunes agriculteurs, ciblant les camions frigorifiques et les GMS pour vérifier si l'origine de la viande est indiquée. Un vaste tour d'horizon des préoccupations agricoles et un ton certes déterminé auquel les agriculteurs préfèreraient volontiers des actes.
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Source L'Union du Cantal

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