Interdictions de puvérisation : 80 000 hectares en moins en production en Loire-Atlantique

Delphine Barel

La ministre de l’Écologie souhaite interdire, avec le ministre de l’Agriculture, les épandages le long des zones d’habitation et lieux fréquentés par le public. La profession agricole se mobilise. Des conséquences économiques importantes sont à prévoir dans les exploitations.

Une intoxication au soufre a été recensée dans une école primaire en Gironde suite au non-respect des conditions d’application du produit par un viticulteur. Le vent soufflait trop fort au moment de la pulvérisation. Suite à cet événement, la ministre de l’Écologie a déclaré vouloir interdire les épandages phytosanitaires à moins de 200 mètres des écoles.

Travaillant de leur côté sur le projet de loi d’avenir pour l’agriculture, des sénateurs se sont appuyés sur ses propos. Le 15 avril dernier, lors de leur première lecture du projet de loi, ils ont voté trois évolutions majeures : donner au seul ministre de l’Agriculture la latitude d’interdire ou d’encadrer l’utilisation des phytosanitaires dans des zones particulières, l’étendre aux lieux à proximité des zones utilisées par le grand public ou par des groupes vulnérables et aux zones à proximité des habitations. Lors des débats, les sénateurs ont défendu ces évolutions, en affichant explicitement leur volonté d’introduire des « distances de sécurité ».

Guy Papion, responsable de la section grandes cultures à la FNSEA 44.

Des conséquences importantes

La profession agricole estime que la mise en place d’une telle mesure « favorisera le développement des foyers de maladies, de ravageurs et d’adventices sur les cultures. Une augmentation de l’utilisation des produits phytopharmaceutique est donc à prévoir. »
Dans un deuxième temps, selon les calculs de la chambre d’agriculture, c’est 80 000 hectares qui sortiraient de la production agricole en Loire-Atlantique et 13 millions au niveau national, c’est autant en moins dans le revenu des exploitations qui seront fragilisées par une telle mesure.

Pour Guy Papion, responsable de la section grandes cultures à la FNSEA 44, « mettre en place des zones de non-traitement le long des zones d’habitations va concerner l’ensemble des productions, « que l’on soit en conventionnel ou en bio, tout le monde réalise des épandages. », explique-t-il. De plus, « l’impact ne sera pas le même entre les agriculteurs. Certains ont l’ensemble de leurs parcelles près d’habitations. »
Les conséquences sont donc importantes, « personne ne peut se permettre une perte aussi conséquente dans les exploitations. De plus, si l’on retire de la production tous ces hectares, cela se traduira par des rentrées de devises en moins et un déficit accru de notre balance commerciale, à un moment où notre économie à toutes les peines du monde à se redresser, et par des importations de produits agricoles supplémentaires non tracés, employant des techniques de productions souvent décriées dans notre pays tel que : soja OGM, viande aux hormones, élevages industriels, déforestation, etc.... On ne lâchera donc pas prise, c’est complètement inacceptable ! ».

Des pratiques agricoles encadrées

Toutefois, il ne faut pas oublier que l’application des produits phytosanitaires est encadrée par la réglementation. « Les agriculteurs ne font pas n’importe quoi, on est des professionnels et nous sommes responsables et formés (certi-phyto). En respectant simplement la législation en vigueur en matière de pulvérisation comme l’emploi de buses anti-dérives et l’arrêt de la pulvérisation quand le vent est important, les problèmes de dérives de brouillard de produits phyto seraient évités. L’incident en Gironde est un cas isolé et qui ne peut être imputé à toute la profession agricole ».

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