Interview d'un polyculteur-éleveur à Mun, en Hautes-Pyrénées : Maïs et haricots font champ commun

Arnaud Carpon

Interview d'un polyculteur-éleveur à Mun, en Hautes-Pyrénées : Maïs et haricots font champ commun

Julien Fourquet, polyculteur-éleveur à Mun, en Hautes-Pyrénées, produit du haricot tarbais en respectant une vieille tradition : utiliser le maïs comme tuteur. Loin de compromettre les rendements de la culture reine du Sud-Ouest, le haricot tarbais permet de sécuriser son revenu.

Du haut de ses 2 877 m, le Pic du Midi veille inlassablement sur le Pays de Bigorre et, d'avril à novembre, observe une bien curieuse tradition locale qu'une poignée d'agriculteurs a sorti de l'oubli : la production de haricot tarbais. Julien Fourquet, jeune agriculteur installé depuis 2007 à Mun, à l'est de Tarbes, en cultive sur 8 ha. Comme la grande majorité des 65 producteurs, il le cultive de manière traditionnelle, c'est-à-dire en se servant du maïs comme tuteur. «Quelques agriculteurs font pousser les haricots sur des filets tendus grâce à de gros piquets. Mais la tradition veut que les haricots poussent avec le maïs, qui est la culture principale de la région. »

Le haricot et le maïs cohabitent bien

A première vue, une telle cohabitation entre le haricot et le maïs, réunis dans une
même parcelle, peut paraître techniquement difficile. «Il n'en est rien, assure Julien. C'est beaucoup moins contraignant que la culture sur filets qui nécessite un coûteux et laborieux tuteurage.» Au printemps, l'agriculteur prépare ses parcelles destinées au maïs et ne sème qu'un rang sur deux. Aussitôt après, il reprend son semoir pour planter les haricots sur la même ligne que le maïs. «Il faut semer un rang sur deux pour laisser suffisamment d'espace au maïs et au haricot. Semer sur tous les rangs étoufferait les deux cultures.» Avec environ 1,60 m entre chaque rang, maïs et haricots se développent normalement Au moment de la récolte, l'inter-rang élargi laissera par ailleurs suffisamment de place pour les cueilleurs. Les interventions en cours de végétation ne sont pas plus nombreuses. La pression parasitaire reste limitée grâce à la complémentarité qu'offre l'association d'une graminée avec une légumineuse.

 

Hormis l'apport de fumure avant le semis, Julien effectue deux binages, le premier quelques semaines après le semis, le second lorsque le maïs est au stade 10 feuilles. Pour désherber, les solutions phytosanitaires sont peu nombreuses. «Seulement cinq ou six produits sont compatibles avec les deux cultures », précise l'agriculteur. En pleine floraison, il effectue un troisième binage. Quinze jours avant la récolte, il passe entre les rangs avec un broyeur. Associés, le maïs et le haricot tarbais nécessitent une bonne irrigation, surtout en pays de Bigorre, où le thermomètre peut atteindre des sommets en été. «Au cours d'une saison aux conditions climatiques normales, j'effectue quatre ou cinq tours d'eau.» Seule difficulté à ce mode de production : le risque lié aux conditions climatiques. Les orages estivaux, assez nombreux dans la région, peuvent renverser les cultures, qui auront plus de mal à se relever. L'agriculteur laisse ensuite les deux cultures se développer jusqu'à début septembre, quand démarre la récolte des haricots frais. «La récolte s'effectue en deux phases, poursuit Julien. On commence par récolter des haricots demi-secs que l'on vend aux particuliers. Les haricots secs, qui représentent 80% de la production, sont récoltés courant octobre. » Les haricots demi-secs sont cueillis en famille au jour le jour et vendus dans leur gousse le lendemain directement à la ferme à une clientèle d'habitués. «Cette année, j'ai récolté et vendu environ 500 kg à raison de 3€ le kilo.» Les premières pépites blanches offrent un rendement à l'hectare légèrement supérieur à deux tonnes.

Des haricots secs gourmands en main-d'oeuvre

Pour la récolte des haricots secs, qui démarre début octobre, c'est une toute autre affaire. Comme les frais, les secs se récoltent à la main, d'où un recours obligatoire à la main-d'oeuvre saisonnière. «Je me charge moi-même de recruter mes saisonniers, explique Julien. Ce qui me prend beaucoup de temps.» L'agriculteur fait publier des annonces dans les journaux locaux pendant l'été et rencontre ensuite les candidats. Pour récolter les près de 8 ha, il embauche de 20 à 25 personnes. «Ce sont le plus souvent des étudiants ou des gens du voyage. Il y a des habitués.» La main-d'oeuvre est payée au poids récolté à raison d'un euro le kilo. En fin de journée, chaque salarié fait peser son sac rempli de gousses. «L'avantage pour moi est que je n'ai pas à les surveiller. Si les rendements sont moins bons, il y aura moins de haricots à récolter et donc des charges de main-d'oeuvre moins importantes.» Un cueilleur récolte en moyenne une quarantaine de kilos. «Les meilleurs reviennent avec 50 ou 60 kg.» Le rendement des haricots secs est deux fois moins élevé que celui des demi-secs, soit 1 t/ha.

 

Economiquement sécurisant

La récolte des haricots secs s'échelonne sur une bonne quinzaine de jours. Une fois terminée, il est temps de démarrer la récolte du maïs. Les haricots desséchés ne nuisent absolument pas au chantier de maïs. La quantité brute de maïs récoltée est logiquement divisée par deux du fait du semis un rang sur deux. Mais le rendement net à l'hectare est sensiblement le même qu'en l'absence de la légumineuse. «Concernant les aides Pac, nous sommes autorisés à déclarer la moitié de la surface en culture céréalière», précise Julien. Sans nuisance sur les rendements de maïs, le haricot tarbais constitue une production économiquement intéressante. Outre la vente directe de cinq quintaux de haricots demi-secs, Julien commercialise ses haricots secs via la coopérative. Une fois écossés à l'aide d'un égrenoir à maïs, il livre sa récolte en big-bag à la coopérative du haricot tarbais installée à Tarbes, regroupant tous les producteurs. Chaque année, l'agriculteur s'engage sur une surface. Cette année, le prix a été fixé à 4,60 €/kg, sensiblement le même d'une année sur l'autre. Les fèves blanches de Bigorre constituent une production rentable. Estimant sa récolte entre 6 et 8 tonnes selon les années, Julien dégage un CA de l'ordre de 27000 à 36000€ pour 8 ha, auquel il faut retirer le coût de la main d'oeuvre, des intrants et des semences. «Avoir un prix fixe stable d'une année à l'autre sécurise mon revenu.» Une rentabilité et une sécurité d'autant bienvenues que le cours du maïs est resté sous la barre des 120€ la tonne depuis le début de la nouvelle campagne. Dans ces conditions, Julien compte bien augmenter sa surface de haricots tarbais malgré le temps de travail plus conséquent que la culture nécessite. Autant dire que sur son exploitation, c'est loin d'être la fin des haricots !

Source Ja Mag Novembre 2009

Publié par Arnaud Carpon

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