Interview : Nicolas Sarkozy promet un accord de modération sur les marges

RSA

la veille de la manifestation des céréaliers à Paris, le Président de la République s'est exprimé sur les réponses qu'il entend apporter aux crises du monde agricole.

Vous avez choisi de vous exprimer sur l'agriculture à un moment particulier puisqu'une grande manifestation a eu lieu à Paris fin avril. Comment interprétez-vous ce désarroi et que peut faire l'État pour rassurer les agriculteurs ?

N. S. : “D'abord, ce n'est pas de parler de l'agriculture qui compte. Je vois beaucoup de gens qui parlent depuis longtemps d'agriculture. Ce qui compte, c'est d'agir. Les agriculteurs n'ont pas besoin qu'on leur tienne des discours sur le fait qu'ils sont le sel de la terre, l'identité de la France et qu'ils ont droit à toute l'affection et tout l'amour des uns et des autres. Il faut prendre des décisions. C'est un secteur prioritaire de l'économie française. L'Europe est la deuxième puissance et à l'intérieur de l'Europe, la France est la première puissance agricole. C'est donc stratégique pour l'économie française, pour l'indépendance de la France et la sécurité alimentaire de nos compatriotes. L'agriculture, en matière économique, c'est aussi important que le spatial, que l'aéronautique ou que l'industrie”.

Le plan de soutien, étoffé récemment, repose sur des prêts alors que nombre d'agriculteurs sont déjà trop endettés ; envisagez-vous d'autres mesures ?

N. S. : “L'agriculture connaît une crise comme elle n'en a jamais connue jusqu'à présent car elle touche en même temps toutes les productions et toutes les régions. Le gouvernement a mis en oeuvre un plan qui a été dépassé par son succès puisque nous avions prévu d'engager un milliard d'euros de prêts bancaires, et que nous avons atteint 1,8 milliard d'euros. Il a été consommé en cinq mois ce qui prouve qu'il était adapté. Mais ce plan vise à répondre à une crise conjoncturelle, il ne suffira pas à répondre aux défis structurels et c'est dans cette optique que je dois me placer. L'époque où les ministres de l'Agriculture distribuaient des subventions, que les agriculteurs étaient obligés de rembourser dix ans après, est une époque définitivement révolue. Nous allons augmenter les possibilités pour les agriculteurs de réduire leur impôt sur le revenu les bonnes années, en leur permettant de déduire une fraction de leurs cotisations sociales dues à la MSA pour l'année suivante, ce qui permet de lisser les revenus. Les bonnes années, ils pourront déduire de leurs bénéfices une avance sur leurs cotisations sociales à venir, qu'ils paieront à la MSA et, les mauvaises années, ils ne seront pas conduits à enregistrer à la fois une baisse des revenus et le paiement des cotisations.(...)”

Sur les prix et le partage de la valeur ajoutée que comptez-vous faire ?

N. S. : “J'ai toujours pensé que les agriculteurs étaient des entrepreneurs qui ne voulaient pas vivre d'assistanat mais d'un prix qui rémunère leur savoir-faire. La question du partage de la valeur ajoutée est capitale. Je réunirai le 17 mai à l'Élysée les distributeurs, les agriculteurs et l'industrie agro-alimentaire ; les distributeurs devront signer avant l'été un accord de modération de marges sur la vente de fruits et légumes en magasin lorsque les prix des fruits et légumes payés aux producteurs sont en crise. (...) C'est une mesure structurelle forte.”

La perte de compétitivité des agriculteurs et des filières agro-alimentaires devient alarmante, comment comptez-vous la relancer ?
N. S. : “Pour soutenir la compétitivité de nos agriculteurs, je vous annonce quelque chose qui est demandé depuis très longtemps : l'utilisation des camions de 44 tonnes dans le secteur de l'agriculture et de l'agroalimentaire dès l'été. Cela aura un double effet : réduire les émissions des gaz effet de serre et, apporter un gain de productivité de 11 % sur le prix des matières premières agricoles. C'est 80 millions d'euros par an pour ces filières. Nos partenaires européens peuvent déjà le faire, et il était important de donner satisfaction sur ce point.”

Pour l'agriculteur de demain qui veut vivre de prix, il faut moins d'État ou plus d'État ?

N. S. : “Il faut plus de régulation. Et il faut de la contractualisation. Les agriculteurs ne peuvent pas être en bagarre permanente avec leurs clients. La contractualisation, ça veut dire une meilleure organisation de l'offre, je pense à certains secteurs comme les fruits et les légumes dans lesquels les producteurs doivent se rassembler pour peser face à la distribution. Et là, la présence de l'État est clairement aux côtés des agriculteurs pour les aider dans leur bras de fer. Il ne faut pas avoir honte du soutien de l'État. L'État ne soutient-il pas la production aéronautique française, avec les avances remboursables ? Croyez-vous que la filière nucléaire française existerait sans l'État ? EDF, Areva, ou GDF-Suez sont, soit totalement à capitaux publics, soit à majorité de capitaux publics. Où en serait le développement de la voiture électrique si l'État n'avait pas lancé un plan en sa faveur ? (...) Pourquoi culpabiliser les agriculteurs en la matière ? Bien sûr, la contractualisation et l'assurance ne suffisent pas ; il faut poser clairement la question de la régulation agricole”.

Que mettez-vous derrière le mot “régulation” ?

N. S. : “On n'est pas obligé de passer d'une économie de surproduction totale à une économie qui ne produit pas assez, où la spéculation joue un rôle considérable et où un milliard d'habitants dans le monde meurent de faim. La question de la régulation est posée au niveau européen comme au niveau mondial. Je la poserai à l'Europe comme je la poserai dans le cadre du G20. Je n'accepte pas l'idée que sur certaines matières premières agricoles, la spéculation empoche des sommes invraisemblables. On peut acheter 5 % d'une production, la revendre avant de l'avoir payée ; tout ceci se passe entre une dizaine d'intermédiaires qui spolient les producteurs agricoles du monde entier sans que les consommateurs n'y trouvent un avantage. Clairement, je dis : créons une organisation mondiale de l'agriculture pour mettre de la transparence et de l'organisation sur le marché. Il y a un problème de gouvernance mondiale de la production agricole et je ne parle pas seulement des agriculteurs européens. (...) Le mot stock n'est pas un gros mot, dès lors que les stocks sont bien utilisés pour réguler les productions et je m'opposerai formellement au nom de la France au démantèlement des instruments de régulation des marchés en Europe”.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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