Isère : Produire bio, une entreprise ardue, loin de son image bucolique

Baisse de rendement, de revenus, surplus de travail: Gérard Chevally, producteur de farine en Isère, raconte les difficultés de l'agriculture bio, mode de culture qui se révèle au quotidien une entreprise ardue, loin de l'image bucolique que lui prête le grand public.

Produire bio, c'est un « peu plus fastidieux »: en l'absence d'engrais chimique, « il faut pouvoir protéger la terre des nuisibles (mauvaises herbes, ravageurs) en faisant des rotations de culture rapides », souligne ce producteur de blé, qu'il transforme lui-même en farine dans son moulin à Mens (Isère).

Pour survivre, les producteurs bio doivent aussi développer un réseau de vente directe. Car, faire appel à des coopératives ou des chaînes de supermarché bio réduit fortement les marges, explique M. Chevally.

Ce dernier, qui assure s'être fait connaître par le bouche-à-oreille, vend sa production en Savoie, en Haute-Savoie, en Isère et dans les Hautes-Alpes. Pour un autre éleveur et producteur de céréales bio à Prébois, aussi en Isère, Jean-Luc Gros, « le bio c'est beaucoup d'attention, beaucoup de stress pour des résultats financiers corrects mais sans plus ». « Si vous avez plein de chardons, vous ne pouvez pas passer avec votre pulvérisateur pour enlever les mauvaises herbes », souligne-t-il.

Convertis au bio à la fin des années 1990, ces deux agriculteurs évoquent des débuts difficiles. A l'époque, ils n'ont pu bénéficier que de deux ans d'aides publiques à la reconversion, étendus à cinq aujourd'hui. Chevally a vu son rendement divisé par deux alors même qu'il était contraint de vendre sa production au prix conventionnel, inférieur au bio, jusqu'à ce que la terre soit vierge de toute trace de pesticide, condition nécessaire à l'obtention du label bio.
« Pendant trois ans, on arrivait péniblement à l'équilibre. Il ne faut pas se faire d'illusions, on ne fait pas fortune avec du bio. Il faut y croire », souligne-t-il.

Pour autant, il ne regrette pas son choix: « insecticides et pesticides me posaient problème. Je voyais que je pourrissais l'air, la terre et les gens ».
La réussite de pionniers comme M. Chevally a fait des émules chez les anciens et a attiré des néo-ruraux dans le Trièves, où l'on compte aujourd'hui 20% de producteurs bio, soit dix fois plus que la moyenne nationale.

Le Trièves doit d'être à la pointe de l'agriculture bio à une équipe d'ingénieurs agronomes parisiens venus s'y installer dans les années 1990. Ce sont eux qui ont aidé Gérard Chevally à constituer un dossier pour obtenir des aides européennes destinées aux agriculteurs reconvertis au bio.

Pour le Trièves, zone de moyenne-montagne où les exploitations agricoles sont de taille modeste et la terre peu fertile, le développement de produits de qualité permet en outre de « se démarquer », reconnaît Jean-Louis Goutel, responsable à la Chambre d'agriculture. Dans cette région sans produit agricole phare comme le poulet de Bresse ou le roquefort, « le bio est un moyen d'avoir des produits spécifiques et de dynamiser l'économie locale » à condition de pouvoir valoriser les produits en les transformant sur place, souligne-t-il.

Source AFP

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