Jacques Abadie, sociologue à l’École supérieure agronomique de Toulouse, spécialiste de l’installation en agriculture

JA Mag

Jacques Abadie, sociologue à l’École supérieure agronomique de Toulouse, spécialiste de l’installation en agriculture

Le nombre d’installations HCF et notamment de personnes non issues du milieu agricole augmente. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

Ce phénomène s’explique par la démographie même du milieu agricole. Le groupe social des agriculteurs s’est réduit. Les agriculteurs ne parviennent plus à assurer la continuité de leur exploitation à travers leurs propres enfants. C’est une mutation de civilisation. Ce phénomène s’explique également par la banalisation de la profession agricole, devenue un métier parmi tant d’autres.

Est-ce que ce phénomène va aller en s’amplifiant ? Pourquoi ?

Oui. Chacun est appelé à choisir un métier en fonction de ses affinités personnelles, de son projet professionnel. Ce qui est vrai pour toutes les professions l’est pour les agriculteurs. Le métier d’agriculteur a par ailleurs une image sociale bien plus positive que ne l’imaginent les agriculteurs eux-mêmes. C’est un métier qui attire. Beaucoup d’agriculteurs entrent dans le métier d'agriculteur après une première expérience professionnelle dans ou en dehors de l’agriculture. Certains abandonnent le métier avant l’âge de la retraite pour exercer un autre métier. C’est en cela aussi que le métier d’agriculteur s’est banalisé. Etre agriculteur aujourd’hui, ce peut être un métier transitoire. Etre agriculteur, c’est un choix et un choix assumé, ce n’est plus une fatalité ni une obligation. C’est être acteur. Les gens qui s’installent, qu’ils soient enfants d’agriculteur ou HCF sont tous des entrepreneurs, qui ont envie d’être autonomes, d’assumer des responsabilités, d’avoir la liberté de décider…

Quel impact ce phénomène a-t-il sur le visage de l’agriculture ?

Les gens issus du milieu agricole peuvent avoir des cadres de pensée préétablis et des modalités de réponses préconstruites par le milieu dont ils sont issus. Ceux qui viennent de milieux extérieurs à l’agriculture posent des questions nouvelles et imaginent des réponses autres, ont une capacité d’innovation assez forte. Ils ont  aussi des capacités fortes à tisser des liens avec des non agriculteurs et à percevoir les besoins et les aspirations de la population non agricole. Lorsqu’on regarde les chiffres, on s’aperçoit que bon nombre de hors cadre familiaux sont impliqués dans des circuits directs, dans des activités innovantes, optent pour de nouveaux modèles d’organisation… C’est le même phénomène que l’on a observé avec les femmes, qui pensent l’organisation du métier de manière bien souvent différente de ce que pratiquaient les hommes jusque-là. Nous sommes dans un nouveau monde agricole et rural.

Quels sont les principaux obstacles qui se dressent face à ces profils ?

Les cédants peuvent craindre de leur confier leurs terres car ils prennent un risque par rapport au fils de l’agriculteur d’à côté, qui continuera les choses comme elles étaient ! Par ailleurs, la plupart de ces HCF n’ont pas un apport de capital important. Les banques se montrent donc assez frileuses.

Peut-on affirmer que l’agriculture n’est plus une affaire de famille ?

Pour les grosses exploitations qui demandent de gros capitaux, cela reste une affaire de famille. Certains, même HCF, optent pour des modèles familiaux en s’installant avec leur conjoint, leur conjointe ou des membres de leur famille. D’autres ne souhaitent pas associer leurs proches à leur projet. Cela renvoie aux projets personnel et professionnel de celui qui s’installe. Quel que soit le métier choisi, il s’agit avant tout de se réaliser personnellement.

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier