L'agriculture a besoin de jouer collectif : Plusieurs têtes valent mieux qu’une

JA Mag

L'agriculture a besoin de jouer collectif : Plusieurs têtes valent mieux qu’une

Le collectif facilite la réflexion, estime Christophe Naudin, président de l’Association pour la promotion de l’agriculture durable (Apad) du Sud Bassin parisien. Cette association milite pour l’agriculture de conservation des sols. Une pratique que Christophe applique sur l’exploitation familiale de 106 ha à Maisse (Essonne).

L'agriculture a besoin de jouer collectif : Plusieurs têtes valent mieux qu’une

Comment est née l’Apad Sud Bassin parisien ? Je me suis intéressé à l’agriculture de conservation sur mon exploitation après avoir remarqué plusieurs problèmes, notamment d’adventices. Ce qui me plaisait dans l’agriculture de conservation, c’est le regain d’intérêt pour l’agronomie, le retour aux fondamentaux de l’agriculture. En 2007, alors que je travaillais encore avec mon père, nous avons commencé à implanter des couverts, d’abord en mono-espèce, puis en mélange. Quand je me suis installé en 2013, j’ai réduit la profondeur de travail du sol. Un an plus tard, j’ai acheté seul un semoir de semis direct d’occasion, que j’ai utilisé pour toutes mes cultures. Avec un groupe d’agriculteurs de plusieurs départements (Seine-et-Marne, Essonne, Eure-et-Loir, Yvelines et Loiret), nous nous rencontrions régulièrement lors d’événements nationaux. L’un d’eux était membre de l’Apad. C’est comme ça qu’est née l’idée de créer une branche régionale de l’Apad. Nous avons fondé l’association décembre 2014, elle compte aujourd’hui 25 adhérents. 

L'agriculture a besoin de jouer collectif : Plusieurs têtes valent mieux qu’une

Quelles sont les activités de l’association ? Nous faisons des tours de plaine, nous réfléchissons aux soucis que rencontrent nos adhérents dans leurs exploitations. En septembre 2015, nous avons fait intervenir un expert américain. Ça ne nous empêche pas d’organiser des événements sur d’autres thématiques, comme une demi-journée sur l’installation de nichoirs. C’est important de garder un gîte pour les rapaces diurnes et nocturnes, ça peut intéresser tous les agriculteurs. Neuf membres ont aussi répondu à l’appel à projets GIEE, pour se perfectionner et trouver des solutions. Le plus gros problème que nous rencontrons, c’est le campagnol, qui est moins bousculé en l’absence de labour. Il devient très gênant et peut provoquer des dégâts sur 30 % des surfaces ! On le trouve de plus en plus, même dans les systèmes conventionnels avec labour. C’est un sujet prioritaire pour toute l’agriculture.

L'agriculture a besoin de jouer collectif : Plusieurs têtes valent mieux qu’une

Qu’apporte le collectif ? Dans le groupe, certains collègues pratiquaient déjà l’agriculture de conservation depuis 15 ans, mais seuls. Ils étaient contents de rencontrer d’autres agriculteurs intéressés. On se sent moins seul, on est plus sûr de soi. Et surtout, plusieurs têtes valent mieux qu’une : le collectif permet une plus grande réflexion, de trouver des solutions qu’on n’aurait pas imaginées seul. Cela permet d’améliorer les choix techniques et d’évoluer plus rapidement, parce qu’on ne refait pas les erreurs que les autres ont déjà commises. C’est d’autant plus important en agriculture de conservation car nous manquons de recherche sur ces systèmes. Or, c’est une approche générale complètement différente, ça exige de tout remettre à plat et de repartir de zéro.

L'agriculture a besoin de jouer collectif : Plusieurs têtes valent mieux qu’une

Attention à la gouvernance. « Tout le monde peut créer des collectifs en réunissant des agriculteurs, mais ce n’est pas la même chose qu’avoir un groupe vivant et géré par les agriculteurs, distingue-t-il. Dans nos formations, nous promouvons l’autonomie de décision des agriculteurs. Mais l’autonomie de décision des groupes aussi est primordiale. » Et l’éleveur de citer le cas de chambres d’agriculture déposant des dossiers GIEE... sans prévenir les groupes en question ! « Les solutions viennent des agriculteurs eux-mêmes », insiste-t-il, attaché à la notion d’« énergie montante ».

L’actualité récente montre bien que cette question de la gouvernance est cruciale. Parmi les deux acteurs qui ont aggravé la crise porcine entre boycottant le marché de Plérin, il y avait une coopérative, la Cooperl. Créée et administrée par les agriculteurs, elle a pourtant fait le choix d’une baisse des prix payés aux éleveurs. Certaines coopératives sont régulièrement critiquées pour être devenues des mastodontes agroalimentaires, présents dans le monde entier où la voix de l’adhérent lambda n’a guère de poids. La présence d’élus agriculteurs aux manettes n’est donc pas une garantie suffisante. D’où les propositions de JA dans le rapport d’orientation 2013 consacré à la coopération : création de conseils de territoires « pour recréer un ancrage territorial et une proximité avec les adhérents », renforcer les outils de surveillance, assurer une transparence sur l’activité des filiales... et surtout créer de la valeur ajoutée sur la production agricole. Confrontée à l’une des plus graves crises de son histoire, l’agriculture française a plus que jamais besoin de solidarité. Entre agriculteurs, mais aussi entre acteurs des filières. « Le collectif en agriculture a un bel avenir devant lui, face aux montées de l’individualisme d’agriculteurs qui veulent souvent de l’immédiateté », lançait Olivier Tourand lors de son élection à la présidence de la FNGeda en 2012. « C’est en groupe (...) que se construira l’agriculture de demain, qui devra concilier épanouissement de la personne, économie et respect de l’environnement tout en favorisant l’autonomie de décision des agriculteurs. » Lesquels savent bien que « le groupe est toujours plus fort que le plus fort du groupe ».

Lire les articles :

- "l'agriculture a besoin de jouer collectif" : http://www.pleinchamp.com/actualites-generales/actualites/l-agriculture-a-besoin-de-jouer-collectif

- "l'agriculture a besoin de jouer collectif - échanger permet de moins subir" :  http://www.pleinchamp.com/actualites-generales/actualites/l-agriculture-a-besoin-de-jouer-collectif-echanger-permet-de-moins-subir

Source : JAMAG n° 720 - 2015 - par Yannick Groult et Carole de Boyer d'Eguilles

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