L’agriculture de précision en quatre questions

JA Mag

L’agriculture de précision en quatre questions

Guidage, modulation des intrants : que peut apporter l'agriculture de précision aux agriculteurs ? JA mag fait le point.

C’est quoi ?

«La bonne dose au bon endroit.» C’est le principe de base de l’agriculture de précision, qui consiste à s'adapter à la variabilité au sein de chaque parcelle. D’où un large panel de techniques qui s’appuie notamment sur la géolocalisation par satellite (GPS). C’est en 1985 que des chercheurs du Minnesota (Etats-Unis) ont commencé à expérimenter des apports localisés d’amendement calcique. Le GPS offre une précision d’1 à 15m, un niveau insuffisant pour les agriculteurs. Ils peuvent donc faire appel à deux systèmes augmentant la précision : GPS différentiel (dGPS, 5 ou 10cm) ou RTK (Real time kinematic, jusqu’à 2cm).

A quoi ça sert ?

Sur le papier, moduler les apports présente un triple intérêt : économique (réduire la facture des intrants), écologique (en limitant le lessivage par exemple) et agronomique (améliorer les rendements en répondant aux besoins de chaque plante). Concrètement, l'agriculteur peut adapter la dose suivant les caractéristiques de la parcelle, le rendement de l'année précédente (cartographie du rendement) ou en temps réel. Ces techniques permettent aussi une véritable chasse au gaspillage, en n’appliquant pas deux doses d’engrais, de semences ou de phytos au même endroit (coupure des tronçons automatique). Le guidage reste ce qui intéresse le plus les agriculteurs. «Quand on ne se soucie plus de conduire, on peut suivre en continu les réglages du matériel», explique Guillaume Dezès. Il réfléchit à ce type d'investissement pour ses 170 ha de cultures dans les Landes (maïs, légumes, semences). Le guidage permet notamment de diminuer le recouvrement entre chaque passage d’outil, obligatoire en manuel. « Avec une précision de 2 cm, je pourrais rapidement gagner 10 à 15 ha », espère-t-il. «C’est comme la climatisation ou les boîtes de vitesse automatiques, ajoute Arnaud Tachon. Quand tu y as goûté… » Le gain en confort de travail a conquis de nombreux agriculteurs. Dernier aspect, non négligeable pour ce maïsiculteur landais, le sentiment d’être «plus citoyen» : «Je ne mets plus d'engrais sur les bords de chemins.» Le potentiel de l’agriculture de précision est loin d’être épuisé. Elle pourrait permettre demain de lutter contre le tassement des sols. C’est ce qu’expérimente Horsch en République tchèque. En faisant passer les roues toujours au même endroit, le constructeur allemand espère diviser la surface compactée par cinq. Prochaine étape : avec l’interconnexion entre matériels, on peut rêver à l’avenir à des outils uniques permettant de tout gérer sur l’exploitation, de la cartographie des sols à la fiche de paie.

Est-ce que c'est fait pour moi ?

Difficile de compter le nombre d’agriculteurs conquis. Selon le dernier recensement 2010 du ministère de l’Agriculture, 32% des moyennes et grandes exploitations en grandes cultures utilisaient un «logiciel de gestion technique intégrant par exemple le GPS pour la pratique d’une agriculture de précision». Les céréaliers sont les plus équipés. Mais «les éleveurs aussi peuvent y trouver un intérêt, estime Guillaume Dezès. Les presses sont désormais équipées de capteurs de rendement, ce qui permet de moduler les épandages de fumier.» Et les jeunes dans tout ça ? La nouvelle génération est familiarisée avec les nouvelles technologies. Mais d’après notre sondage, moins de 8% d'entre eux classent le GPS et l’agriculture de précision parmi les «investissements prioritaires lors de l’installation». En démarrage d’activité, d’autres achats plus importants passent devant.

Combien ça coûte ?

C’est la question qui fâche. «Les prix élevés freinent les investissements, regrette Guillaume Dezès. Les premiers prix sont à 3 ou 4000 €. Après, on passe vite à 15000 €.» Tout dépend du but recherché. Il faut souvent acheter une balise RTK (ou payer un abonnement), un récepteur satellite à placer sur le tracteur et un boîtier de remplacement de la direction. Sans compter le matériel compatible (épandeur à engrais, semoir ou pulvérisateur).

Source JA mag décembre 2012

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