L'agriculture, toile de fond d'échanges humains

R. Saint-André

Une délégation de paysans guatémaltèques et indiens à la rencontre des agriculteurs du Massif central.

Quand un agriculteur rencontre un autre agriculteur, de quoi parlent-ils ? D'agriculture ! Mais pas seulement. Notamment quand des exploitations du Cantal accueillent un groupe de Guatémaltèques et d'Indiens. L'échange d'expériences, tel que l'a souhaité le Mouvement rural de jeunesse chrétienne du Massif central (MRJC) n'est pas que technique, il est aussi et surtout d'ordre culturel. Convaincu que l'éducation populaire et la coopération internationale sont un enrichissement permanent, le mouvement chrétien rural a lancé dès 1998 le projet Comace (Collectif Massif central) en partenariat en France avec le Comité catholique contre la faim (CCFD), le CCDA au Guatemala et l'IRDS en Inde. Ces deux dernières organisations défendant dans leur pays respectif la condition paysanne des Mayas et des Dalits. Ces populations se retrouvent le plus souvent exclues d'un système qui privilégie l'investissement de grosses firmes internationales, comme l'a expliqué la délégation reçue en début de semaine dans les exploitations agricoles du Cantal. Le MRJC avait programmé à leur attention des visites chez des responsables syndicaux de tous bords, afin de présenter une agriculture française combative, dans un projet collectif.

La problématique de l'installation partagée

C'est le cas chez Nicolas Cussac, à Saint-Flour, président des Jeunes agriculteurs du Cantal. Celui-ci leur a présenté les composantes de l'agriculture française et son principe d'aides publiques en précisant que “sans accompagnement, le prix du produit ne permet pas de sortir un salaire”. En cause, les prix des marchés mondiaux, dont le beurre et la poudre de lait, par exemple, qui servent d'indicateurs. Sur le volet départemental, Nicolas Cussac explique qu'une plus-value peut être obtenue par la production de qualité et, reprenant l'exemple laitier, de citer les appellations d'origine protégée (AOP). Cette confrontation aux marchés mondiaux et des taux très fluctuants, les jeunes producteurs de café ou de canne à sucre guatémaltèques ou les cultivateurs de riz indiens la connaissent bien. Mais livrés à eux-mêmes, ils doivent composer sans aucune aide. Alors ils se regroupent, notamment pour accéder au foncier. Néanmoins, au Guatemala, 2 % de riches propriétaires terriens se partagent 84 % des terres agricoles ! Ils s'unissent aussi pour tenter de mettre sur pied des ateliers de transformations, un peu à la manière de nos coopératives. Autant dire qu'à l'heure des témoignages, les préoccupations des uns et des autres se recoupent. L'accès à la terre et à tous les moyens de production s'avère un sujet récurrent ; la valorisation des produits, un souci partagé par tous.

Lutte contre le gouvernement

Au Guatemala, les Mayas luttent face à un gouvernement qui favorise l'exploitation industrielle de la canne à sucre et l'installation de multinationales pour sa transformation. En Inde, le peuple des Dalits, toujours opprimé, s'en sort parce qu'il a fait le choix de cultures vivrières et ne vend que son surplus. Un mouvement collectif les incite à développer une production biologique appréciée. Mais dans tous les cas, c'est le gouvernement qui négocie avec les firmes et... fixe les prix. “À travers ce projet d'échanges, on ne vient pas chercher d'argent, mais des idées”, résume un responsable du MRJC. La transformation dans des ateliers de proximité ou la vente directe font partie des pistes à exploiter. Le syndicalisme agricole, tel que nous le connaissons, ne peut suffire à défendre leur cause. En plus de la défense d'une corporation, les Mayas et les Dalits doivent convaincre de lever les barrières de la discrimination. Il reste du pain sur une planche régulièrement savonnée.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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