L'économie cantalienne plutôt bien armée pour résister à la crise

Propos recueillis par Patricia Olivieri

Le Cantal n'échappera pas à la crise, selon le directeur de la Banque de France qui se veut du reste rassurant quant à la solidité des entreprises du département.

Malgré son particularisme et son enclavement, le Cantal ne sera pas épargné par la crise. C'est en substance l'analyse de Philippe Saigne-Vialleix, directeur de la Banque de France (succursale d'Aurillac). L'expert invite cependant à éviter tout raccourci et amalgame médiatiques, parfois aussi néfastes que les plongeons des places boursières.

Les effets de la crise financière sont-ils déjà visibles sur l'économie du Cantal ?
Philippe Saigne-Vialleix : “Il ne faut pas oublier que la crise financière a débuté en août 2007, il y a donc plus d'un an. Depuis, les banques centrales et la Banque de France ont dû alimenter les établissements bancaires en liquidités. Parallèlement à cela, on observe depuis six mois une baisse de la consommation des ménages, qui s'orientent vers les “premiers prix”. Cette baisse est effectivement ressentie par les industriels du département dans le secteur de l'agroalimentaire et des biens de consommation. Le commerce de proximité voit lui aussi son chiffre d'affaires s'effriter.”

L'économie du Cantal est-elle plus fragile par nature ?
P. S-V. : “Nous avons plutôt au contraire des entreprises solides, qui peuvent aussi compter sur un atout de poids : leurs actionnaires. Ce sont en effet généralement des établissements assez bien capitalisés, dont les actionnaires sont prêts à renoncer à leurs dividendes pour garantir la pérennité de l'outil de travail. Et elles vont aussi pouvoir bénéficier des mesures mises en place par le gouvernement pour les aider à affronter la crise.
Ce qui est sûr en revanche, c'est que les entreprises cantaliennes, comme les entreprises françaises, vont souffrir de cet affaiblissement de la demande, mais aussi probablement de l'insuffisance de leurs investissements au cours des dernières années. D'ailleurs, on constate actuellement que celles qui s'en sortent le mieux sont celles qui ont le plus investi dans les secteurs de la recherche, de l'innovation, vers de nouveaux marchés... On voit d'ailleurs des entreprises qui ont des carnets de commande en croissance et qui embauchent. À l'inverse, celles qui demeurent sur des produits traditionnels ont des difficultés à maintenir leur activité. ”

 

On évoque beaucoup les conséquences d'une plus grande sélectivité des crédits accordés par les banques. Un handicap de plus pour les entreprises ?
P. S-V. : “Il y a effectivement une distribution du crédit plus sélective depuis plus d'un an, non pas à cause de la crise mais du fait de nouvelles règles prudentielles. Cela n'a pas empêché le volume des crédits au secteur privé de croître en France de 9,1 % en un an (à fin septembre 2008). Cette progression, certes moins forte que les années antérieures, a quand même atteint 12,2 % pour les crédits accordés aux entreprises et 8,7 % pour ceux des ménages. Dans le Cantal, ce taux de croissance annuelle était de 6,5 % à fin août, un chiffre inférieur à la moyenne nationale qui résulte en fait d'une réduction de la demande de crédits et non d'un éventuel comportement des banques cantaliennes. Il n'y a donc pas ici, comme en France, de crise du crédit.
Néanmoins, cette sélectivité accrue peut être assimilée à un retour en arrière par les particuliers ou chefs d'entreprises, mais elle assure une meilleure capacité du système financier à résister aux crises. C'est donc l'ensemble de l'économie qui s'en trouve solidifiée, au bénéfice de tous les acteurs économiques”.

Il n'y a donc selon vous pas de raison d'être préoccupé outre mesure ?
P. S-V. : “Il n'y a pas de problème particulier pour l'heure, mais les chefs d'entreprise sont inquiets pour 2009 et perçoivent des problèmes de trésorerie chez leurs clients. D'ailleurs, le volume des impayés est en augmentation. On ne peut pas nier que l'économie ne va pas bien, mais il ne faut pas accentuer cette situation par une crise de confiance.”
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source union du cantal

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