L’élevage tout confort pour les porcs et les travailleurs

JA Mag

L’élevage tout confort pour les porcs et les travailleurs

Quitte à investir pour se mettre aux normes, les associés du Gaec de l’Orme en ont profité pour moderniser leur élevage porcin. Visite d’une exploitation tout confort.

Du lait toute l’année pour profiter des hausses de prix…

L’élevage tout confort pour les porcs et les travailleurs

«C’est la première année que nous faisons autant de lait ! », s’enthousiasme Benoît Névoret. 940000 litres de lait pour être précis, le quota le plus élevé depuis que le jeune éleveur a rejoint le Gaec de Veillère en 2009. A Marboz, à quelques kilomètres au nord de Bourg-en-Bresse, il élève 130 vaches laitières Montbéliardes avec les trois associés de l’exploitation : son père Renan, son oncle Yves et Claude, un éleveur voisin. Les quatre agriculteurs ont récupéré 160000 litres de quota après avoir arrêté leur production de veaux de lait. «Cet atelier valorisait le lait à 340€ les 1000 litres, mais était trop contraignant. En tout, nous avons récupéré 250000 litres de quota en trois ans. » Comme nombre d’éleveurs, la baisse du prix du lait début 2013 a affecté le Gaec. Et ce d’autant plus que le lait compte pour trois quarts du revenu de la ferme. Le reste provient de l’élevage de 500 veaux sevrés par an. «Au printemps, le lait est tombé à 300€ les 1000 litres, rappelle Benoît. Puis il est remonté à 400 € de juillet à septembre. » Les associés livrent tout leur lait à la coopérative Bressor Union, qui a besoin de lait en été pour la fabrication de ses fromages Apérivrais. Les producteurs qui livrent à cette période touchent donc une prime de saisonnalité de 60€. Benoît et ses associés ont en conséquent choisi de « produire toute l’année » et donc d’étaler les vêlages. Seules 20 vaches sont taries en permanence. Le jeune éleveur espère un prix moyen de 350€ les 1000 litres pour l’ensemble de l’année.« Produire 1000 litres de lait nous coûte 160€ en alimentation. » Le Gaec cultive des céréales (100 ha de maïs, de blé et d’orge) et dispose de 120ha de prairies. Mais les vaches laitières sont élevées en zéro pâturage. Avec l’augmentation du cheptel, les 6 ha de prés humides autour du siège de l’exploitation ne suffisaient plus. Début 2013, les quatre éleveurs ont acquis deux robots de traite. Un investissement qui amène « de la souplesse dans l’organisation du travail », apprécie Benoît. « Le robot nous fournit beaucoup d’informations, à condition de prendre le temps de les analyser. » Résultat : « Nous connaissons mieux nos vaches qu’avant. »

Pour atteindre le Gaec de l’Orme, il faut quitter Saint-Martin-du-Mont – et les premiers contreforts du Jura – et emprunter la route de Salles. Quittant la départementale, le chemin d’asphalte serpente entre les champs de maïs et, au détour d’un virage, débouche sur ce qui ressemble à une petite usine : une large aire bétonnée, des hangars, un semi-remorque stationné au pied d’immenses silos. Il s’agit bien d’une ferme, qui produit 11 000 porcs charcutiers par an. «Nous sommes naisseursengraisseurs, nous faisons tout de A à Z», précise Mathieu Troiano. Ce Gaec créé en 1969, l’un des premiers du département, regroupe aujourd’hui quatre agriculteurs et trois salariés. « Nous sommes la cinquième génération d’associés », précise Mathieu, le dernier arrivé en 2009. Ce fils d’agriculteur voulait s’installer en individuel en élevage laitier. Finalement, après un an de préinstallation au Gaec, il a choisi de rester. Car au Gaec de l’Orme, tout est organisé pour travailler dans de bonnes conditions. «Chaque associé et salarié est de garde un week-end sur 6. Ce jourlà, nous sommes seuls sur l’exploitation. Mais tout est suffisamment automatisé pour qu’une personne seule fasse tout le travail en moins d’une journée. »

« Blindés au niveau environnemental »

En 2012, les éleveurs ont profité de leur mise aux normes pour moderniser l’élevage. La réglementation européenne sur le bien-être animal leur imposait de construire des cages collectives pour leurs 500 truies. Un projet de titan: «Trois ans de travail et 2,295 millions d’€ d’investissement. » Qui a élevé le Gaec de l’Orme au rang de ferme modèle. Comme la totalité des 250ha se trouve en zone vulnérable, « nous nous sommes blindés au niveau environnemental et nuisances», raconte Mathieu. Le bâtiment d’engraissement de 2200 places a été équipé de deux laveurs d’air, piégeant les poussières responsables des mauvaises odeurs. Coût : 100000€. En contrepartie, «l’enquête publique est passée comme une lettre à la poste.» Les 250ha de cultures sont tous destinés à nourrir les 5000 bêtes présentes sur l’exploitation. Malgré leurs 30ha de soja, les associés doivent tout de même acheter des compléments azotés, «un semiremorque de 25 tonnes tous les mois et demi». La ration des cochons est variée : blé, orge, soja, lactosérum, minéraux, restes de pain, yaourt et levure de bière. Les matières premières sont réceptionnées et, le cas échéant, broyées sur place. La distribution de la soupe, adaptée à chaque type d’animal, est entièrement automatisée.

Truies sur ascenseurs

Chaque semaine, l’exploitation envoie 180 porcs engraissés au groupement coopératif Cirhyo. « Avant, nous passions une demi-journée à trois personnes pour trier les cochons », se souvient Mathieu. Leurs nouvelles stations de tri automatiques ont réduit ce temps à moins d’une heure. Chaque fois qu’un animal se présente à l’auge, il est automatiquement pesé et placé dans une cage spécifique s’il pèse entre 90 et 110 kilos. « La grande distribution demande des lots homogènes», explique le jeune éleveur. Ce n’est pas le seul débouché de l’élevage : l’atelier de transformation de l’exploitation “ passe " environ cinq porcs par semaine. Pour élargir leur gamme de viandes, les associés ont opté pour un statut de SARL. « Pour ne pas plomber l’atelier, qui est juridiquement indépendant de l’exploitation, nous vendons nos porcs au prix du Marché du porc breton. »

Autre investissement innovant : des cages à truies disposant d’ascenseurs pour éviter qu’elles n’écrasent leurs porcelets quand elles se rallongent après avoir mangé. «Nous avons réduit notre mortalité de 8 à 3%», se félicite Mathieu. Les travailleurs n’ont pas été oubliés, avec des bureaux flambant neufs comprenant douches, vestiaires et plancher chauffant. L’humain est au coeur de l’organisation du Gaec. «A 8h et 14h, nous prenons le café tous ensemble pour faire le point, c’est incontournable. Nous avons chacun notre spécialité et nous travaillons en binôme. » Regrouper leurs forces permet à tous les associés de prendre trois semaines de vacances et d’exercer des responsabilités extérieures. Après tout, comme le résume Mathieu, «je passe plus de temps ici qu’à la maison, c’est un peu ma seconde famille.»

Yannick Groult

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