La Chine : un fertilisant pour l’agriculture et les filières agro

Crédit Agricole SA

La Chine : un fertilisant pour l’agriculture et les filières agro

La Chine est un superlatif, et elle bouscule l’ordre international. C’est manifeste en de multiples domaines, mais peut être plus encore sur les produits de base et dans ces secteurs où l’offre chinoise butte sur des contraintes naturelles/environnementales fortes. Donc sur les denrées agricoles et dans l’industrie agroalimentaire.

Trois décennies consécutives à 10 % de croissance en moyenne, une dynamique sans précédent.

Un peu plus d’un milliard trois d’habitants et un cinquième dela population mondiale. Trois décennies consécutives à 10 %de croissance en moyenne, une dynamique sans précédent. Une économie propulsée en quelques années des milieux de classement à la deuxième place mondiale par la taille de son PIB.
La hausse tendancielle des prix des céréales ces dernières années y trouve ainsi son origine, et ses conséquences sont plurielles et ambivalentes. Elle profite aux agriculteurs, maispas nécessairement aux entreprises de transformation (de cescéréales). Elle fait aussi le bonheur des pays exportateurs, mais le malheur des populations les plus démunies.

❙ La Chine va ralentir

Alors que l’Empire du milieu est amené à poursuivre son rattrapage économique, inutile de dire qu’il va continuer d’avoir une influence lourde au cours des prochaines années. Sur le reste de la planète en général, sur les filières agricoles et agro-industrielles et sur les prix alimentaires en particulier. Plusieurs forces devraient néanmoins s’opposer. Le modèle de croissance chinois touche à ses limites : affaiblissement de la demande des grands consommateurs finaux (Etats-Unis et UE), hausse des coûts de production et perte de compétitivité dans les secteurs à forte intensité de main d’oeuvre, surinvestissement dans certaines branches d’activité et son corollaire, surcapacités de production, endettement élevé des entreprises, pollution. La Chine va ralentir. C’est presque inévitable. Elle a d’ailleurs commencé, et sa croissance pourrait fléchir à 6 % au cours des quatre à cinq prochaines années, voire à moins si les dirigeants chinois éprouvent des difficultés pour gérer la transition. En outre, la population chinoise devrait commencer à décliner d’ici une dizaine d’années ; de 1,4 milliard en 2025 à 1,3 milliard au milieu du siècle selon les projections de l’ONU. L’impact sur la demande mondiale en denrées alimentaires n’est pas pour tout de suite et s’annonce vraisemblablement graduel, mais il s’inscrira dans la durée.

❙ Mais les chinois vont consommer plus…

D’un autre côté, la Chine a besoin de rééquilibrer sa croissance sur la consommation des ménages. Un processus long supposant urbanisation et de nombreuses réformes (foncière, fiscale, financière...), mais Pékin est engagé dans cette voie. De plus, le pays est d’ores et déjà confronté au vieillissement de sa population et à la baisse concomitante de la proportion d’actifs (dans la population totale), donc à un phénomène démographique exerçant des pressions haussières sur les salaires, mais a priori favorable à la consommation.

Et le pouvoir d’achat des chinois sera encore conforté par l’appréciation réelle du yuan attendue à moyen et long terme. C’est l’inévitable histoire d’une devise lorsque l’économie à laquelle elle est rattachée rattrape des plus riches. Il convient toutefois de préciser que, pour l’heure, la monnaie chinoise n’est pas complètement convertible et que la Banque centrale garde la main sur son évolution. La valeur nominale du yuan ne devrait donc s’apprécier que très graduellement à court terme ; aujourd’hui aux alentours de 6,1 pour 1 USD, Crédit Agricole S.A. l’anticipe à 6 en fin d’année prochaine, soit une hausse d’à peine 2 %. Par ailleurs, trois décennies d’expansion débridée et sans considération des conséquences environnementales laissent aujourd’hui la Chine en proie à de graves problèmes de pollution. Une réalité probablement de nature à entretenir, voire à accentuer, la dépendance relative du pays vis-à vis de l’extérieur pour satisfaire ses besoins alimentaires.

Capture

Le manque de contrôle en matière d’hygiène et, plus généralement, les carences de gouvernance ont un effet à peu près similaire. La poudre de lait a fait parler d’elle, avec plusieurs affaires d’intoxication retentissantes, et les producteurs français ont vu la demande en provenance de Chine exploser. 

❙ … Et différemment, au bonheur de l’industrie agroalimentaire

Finalement, la consommation chinoise en produits alimentairesva continuer de croître rapidement au cours des prochaines années ; même si probablement moins vite que par le passé. Mais la Chine et les différentes forces en jeux évoquées prêtent surtout à voir autre chose... La pauvreté a considérablement reculé. Les besoins en aliments de base sont aujourd’hui largement satisfaits, et l’émergence d’une classe moyenne s’accompagne d’une modification des habitudes alimentaires. Des protéines végétales aux protéines animales. De la quantité à la qualité ; les consommateurs chinois deviennent plus exigeants. La Chine occasionnera encore des pressions haussières sur les prix agricoles, mais son devenir semble surtout plein de promesses pour l’agro-industrie...

Source Prisme : la note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire

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