La face cachée

Jean-Philippe Arnaud

Craignant des représailles, un agriculteur impacté par le projet d’aéroport est obligé de témoigner à visage caché.
Craignant des représailles, un agriculteur impacté par le projet d’aéroport est obligé de témoigner à visage caché.

Le projet d’aéroport attise les tensions. Si l’ensemble des têtes de réseaux agricoles, que ce soient des associations ou des syndicats, s’opposent clairement au projet, les méthodes employées laissent certains perplexes, voire même apeurés. C’est à visage couvert qu’un agriculteur impacté est obligé de témoigner.

Prendre les devants

Monsieur X est agriculteur dans le secteur de Notre-Dame des Lan-des. Il sera impacté directement par le projet d’aéroport et va voir disparaître un quart de son exploitation. Par crainte de représailles, il a accepté de témoigner à condition de rester anonyme. Symptôme pour le moins inquiétant de la situation délétère qui règne dans le secteur.

Prendre les devants

Évidemment opposé au projet d’aéroport, Monsieur X n’en reste pas pour autant attaché à une défense active des agriculteurs impactés. « Je n’ai plus d’intérêt à être soi-disant défendu par des associations jusque-boutistes. Certains responsables considèrent que l’aéroport ne se fera jamais et excluent d’entrer dans la négociation pour limiter l’impact des désagréments pour les agriculteurs. Dans ma tête, et dans celle de plus en plus de mes collègues, l’aéroport se fera, qu’on le veuille ou non. On préfère négocier ce que l’on peut pour ne pas nous retrouver au pied du mur sans rien. Il est donc plus que temps d’accompagner les agriculteurs face aux énormes changements que le projet va engendrer. En ce qui me concerne, j’ai fait le choix de signer le protocole d’éviction, en mon âme et conscience ».

Terreur nauséabonde

Monsieur X a eu la possibilité de choisir, une décision que tous ne peuvent pas prendre librement. Un agriculteur s’est effectivement fait agresser après avoir signé son protocole d’éviction. Un climat de terreur est en train de s’installer autour de Notre-Dame des Landes « Certains ne sèment par leur maïs car ils ont peur qu’il soit fauché, si c’est rendu à ce point-là », s’exclame l’agriculteur ! « Une entreprise de TP qui a été réquisitionnée pour enlever des barrages a aussi été menacée, insultée, traitée de collabo ». Quant aux squatteurs qui ont investi la zone, Monsieur X déplore leur comportement. « Quand on voit l’état dans lequel ils laissent les champs après leur passage,
on peut s’interroger sur leur
façon de défendre la nature et les agriculteurs ». Clôtures
coupées, rouleaux de paille déliés, … : leur action a plus pour effet de gêner les agriculteurs dans leur travail quotidien que de les défendre. « Quand les gendarmes viennent enquêter en voiture banalisée pour éviter que les agriculteurs qui les ont fait venir soient repérés, on est en droit de s’inquiéter », poursuit l’agriculteur. Un agriculteur s’est même fait agressé après avoir demandé aux squatteurs de nettoyer la parcelle avant qu’il n’y mette ses animaux. « En ce qui me concerne, je n’ai pas vraiment subi de gestes d’intimidation jusqu’à présent. Mais je ne fais pas le fier quand même ! Je ne sais pas jusqu’à quel point ils sont déterminés. »

Chantage ?

La pression exercée par les squatteurs s’invite même dans les décisions concernant la mise en culture des parcelles libérées suite aux évictions et mises à disposition par AGO*. « On a entendu dire que la négociation avec les squatteurs pourrait être facilitée en fonction des décisions concernant la réattribution provisoire des terres libérées. Si c’est vrai, c’est très grave. Dans l’esprit de ceux qui tiennent ces propos, si on exploite ces terres, ça signifie que l’on cautionne le projet. Pourtant, il s’agit seulement de récolter des parcelles productives, qui seront d’ailleurs squattées si elles ne sont pas exploitées. Mais c’est surtout la possibilité de faire des stocks de fourrage avant de perdre nos terres en fin d’année. Il manquera forcément des surfaces dans certaines exploitations ».
Le climat qui règne autour de Notre-Dame des Landes est loin d’être serein. Les manifestations bon enfant et la vision idyllique d’une lutte contre le système cachent un tout autre visage.

* AGO : Aéroport du Grand Ouest, maître d’ouvrage du projet.

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