La reconfiguration se poursuit avec l’offre de Bayer sur Monsanto

Crédit Agricole - Service Expertise

La reconfiguration se poursuit avec l’offre de Bayer sur Monsanto

Bayer, groupe allemand de chimie-pharmacie, propose une prime de 37 % pour s’emparer des actions Monsanto, soit une offre de 62 Mds $ (55 Mds €).

Cette opération intervient après les tentatives avortées de Monsanto d’acquérir Syngenta, qui a finalement accepté l’offre de rachat de ChemChina, puis le mariage de Dow avec Dupont. Bayer a réalisé un chiffre d’affaires de 46,3 Mds € en 2015, dont environ 10 Mds € en agrochimie. Cette fusion générerait le premier acteur agrochimique mondial, totalisant 23 Mds € de ventes annuelles, loin devant ses poursuivants : Dow-Dupont (14,5 Mds €) et Syngenta (12 Mds €).

Commentaire

Le ralentissement des économies émergentes et la baisse des prix agricoles ont entraîné une contraction des commandes d’intrants (semences, engrais, pesticides) des agriculteurs. Ceux d’Amérique Latine ont vu leurs revenus se contracter et les monnaies locales se déprécier face au dollar, renchérissant les produits importés.

Dans le Prisme de février 2016, nous concluions sur le rachat de Syngenta et la fusion Dow-Dupont par : « Cette phase de consolidation pourrait faire évoluer le statut de Monsanto de prédateur hier à celui de cible demain ». Depuis, Monsanto a vu son chiffre d’affaires se contracter de près de 25 % sur son premier semestre 2015/16. Les ventes de maïs transgénique, représentant 60 % des facturations, diminuent de 20 %, celles de soja reculent de 11,4 %. L’américain est fragilisé par la forte baisse de sa rentabilité.

 ❙ Monsanto et Bayer font face tous deux à des conditions adverses en matière de commercialisation de leurs semences OGM ou d’autorisation de pesticides. Les négociants internationaux ADM et Bunge refusent de commercialiser une nouvelle variété de soja OGM tolérante au Roundup Ready 2 Xtend, non approuvée par les autorités européennes. Les deux firmes pourraient être impactées par le non renouvellement par l’Union Européenne de l’autorisation du glyphosate, qui fait partie de leurs herbicides vedettes.

Dans ce contexte déprimé, Monsanto a engagé un vaste plan d’économies, incluant la suppression de 3600 emplois, soit 16 % de ses effectifs ainsi que la fermeture de sites dans plusieurs pays. Cette restructuration lui coûtera près de 1,2 Md $, avec pour objectif d’économiser 500 M$ par an. ❙ Bayer espère quant à lui réaliser en trois ans 1,5 Md $ d’économies grâce à ce rapprochement, ce qui nécessitera des mesures tout aussi drastiques.

Les opinions publiques et l’amont agricole désapprouvent la concentration des acteurs alors que le lobby agrochimique apparaît déjà puissant. Les autorités de la concurrence devront se prononcer sur cette consolidation agrégeant six acteurs en trois conglomérats continentaux détenant ensemble près de 80 % du marché nord-américain des pesticides et l’essentiel du marché mondial des semences OGM. Les autorités brésiliennes et indiennes pourraient conditionner leur accord à des concessions susceptibles de rendre caduques ces fusions.

Voir tout le dossier :  http://etudes-economiques.credit-agricole.com/medias/Prisme14_juin2016.pdf

Source : PRISME - Agriculture et Agroalimentaire, une affaire d'experts - n° 14 - Juin 2016

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