Lait : Les entreprises refusent d'appliquer l'accord, mettant en péril les AOP

RSA

Au nom de la crise, les transformateurs n'appliquent pas les règles de redistribution de la plus-value qu'ils ont proposées et validées en 2009. Les producteurs de lait sont furieux.

A lors que, vendredi dernier, il balayait une actualité agricole lourde et chargée, Louis-François Fontant, président de la chambre d'agriculture du Cantal a proposé à Chantal Cor de s'exprimer sur le dossier laitier. La représentante de la FDSEA avait participé la veille à une nouvelle réunion en préfecture de Région pour faire le point sur la Contribution volontaire obligatoire (CVO), avec toujours en ligne de mire une redistribution de la plus-value aux producteurs de 70 euros par 1 000 litres à l'horizon 2015.
“Depuis le 6 janvier, des rencontres ont lieu avec les transformateurs pour savoir comment faire évoluer la plus-value. Hier, les entreprises sont venues avec l'objectif de ne pas respecter l'accord. Il n'y a pas d'accord CVO 2010”, lance Mme Cor, le ton grave. En effet, malgré des indicateurs de conjonctures favorables - index décidés par les entreprises elles-mêmes au moment de la rédaction de cet accord - et qui laissaient entendre que les fameux 70 euros pouvaient être atteints dès cette année, les entreprises sont restées fermes : pas un euro d'augmentation pour 2010.

Le “hold-up” des entreprises

“Nous aurions été prêts à négocier dans la fourchette de 30 à 70 euros”, confiait ce lundi Patrick Escure, président de la FDSEA, au cours d'une conférence de presse. “En ne reversant pas la plus-value sur le territoire pour payer le lait dans d'autres régions de France ou investir à l'étranger, c'est piller le département ; c'est un hold-up”, s'insurge-t-il. Quelques jours plus tôt, à la Chambre d'agriculture, le terme de “hold-up” déjà lâché avait vivement fait réagir Rémi Broncy, responsable coopératif au sein du groupe 3A(1). “Tous ceux qui savent lire les indicateurs de conjoncture sauront dire combien la crise nous a affaiblis”, s'était-il défendu.
“L'argument ne tient pas, du moins dans la filière AOP qui refuse de payer pour d'autres produits laitiers en difficulté”, rétorquait en début de semaine la FDSEA et les JA. “Jamais les transformateurs n'ont autant engrangé sur notre dos”, estime Chantal Cor en avançant que “jamais le delta entre la baisse du prix du lait et le maintien du prix de vente du fromage n'a été aussi flagrant qu'en 2009”. Quant aux volumes commercialisés, ils ont certes baissé pour le cantal qui pèse la moitié des AOP d'Auvergne (- 10 %), mais la plus-value n'est redistribuée que sur les volumes produits, comme l'a rappelé Michel Lacoste, président du Comité interprofessionnel des fromages.
“La porte des producteurs reste ouverte ; encore faut-il être deux pour qu'une discussion s'engage”, remarque Patrick Escure. Le préfet de Région, qui assistait à l'assemblée générale du syndicat de l'AOP saint-nectaire dans le Puy-de-Dôme souhaiterait voir rapidement les entreprises se remettre autour de la table des négociations estimant qu'effectivement, la CVO doit évoluer.

 

Faut-il se désengager ?

Les Jeunes agriculteurs n'ont pas attendu longtemps pour passer à l'action (voir ci-dessous). Ils s'engagent à poursuivre avec la FDSEA d'autres opérations coup de poing. “Nous souhaiterions éviter la solution du désengagement de l'AOP par les producteurs. Mais si on n'a pas le choix”…, souffle le président Escure. Certains seront peut-être amenés à revoir leur stratégie : abandonner les contraintes du cahier des charges et produire plus, dans le cadre de quotas libérés.
Louis-François Fontant craint cette stratégie. Elle reviendrait à changer des systèmes à long terme. “Et après, on n'y revient pas”, estime-t-il. En attendant, entre les entreprises qui ne respectent pas les règles du jeu et les producteurs qui refusent de signer un accord qui ne prévoit aucune hausse, la plus-value par litre de lait AOP n'existe plus.
“À ce jour, elle est de zéro”, insiste le président de la Chambre d'agriculture. Très inquiet, il évoque un “désastre économique” qui résulterait de cet échec.
Tous craignent un retour aux primes “maison” versées par les entreprises et qui pourrait alimenter une guerre commerciale malsaine.
R. Saint-André
(1) Et président de Sicolait.

Source L'Union du Cantal

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