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Le bio : La rentabilité comparée de l'agriculture bio et conventionnelle fait l'objet de rapports contrastés 2/2

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Le bio : La rentabilité comparée de l'agriculture bio et conventionnelle fait l'objet de rapports contrastés  2/2

Les conversions en agriculture biologique avaient vu leur rythme retomber après l’essor survenu de 2009 à 2011. Elles repartent fortement en 2015 et 2016, et concernent en particulier l’élevage bovin (lait et viande), ainsi que les grandes cultures qui étaient parmi les moins engagées jusqu’ici : le déficit français en céréales bio devrait se résorber, mais l’équilibre existant en produits laitiers et viande pourrait tourner à l’excédent.

L'AGRICULTURE EMBRAYE CES DERNIERES ANNEES

  

Les conversions actuelles sont en partie liées aux difficultés économiques des filières. L’attrait des prix au producteur bien plus rémunérateurs (écart, variable, de + 80 à + 200 % pour le blé, + 60 à + 140 % pour le maïs, + 10 à 40 % pour le lait, encore plus élevé pour les fruits et légumes) joue, ainsi que la perspective d’un marché porteur.

L’opportunisme peut intervenir : la mise en conversion permet de toucher immédiatement une prime et cela peut attirer des candidats, surtout en fin de carrière. Mais la conversion amène un moindre rendement, sans offrir, les premières années, le prix qui va avec.

La rentabilité comparée de l’agriculture bio et conventionnelle fait l’objet de rapports contrastés et il est difficile de conclure dans un sens ou dans l’autre : on est tenté de dire que le prix de vente des produits bio à la production s’établit à un niveau qui permet des rentabilités à peu près comparables et compense le manque à gagner (rendement moindre, rotations faisant intervenir des cultures moins rentables, risques sanitaires). En culture, l’économie sur les charges ne suffit pas à compenser ce manque à gagner, et en élevage il existe un surcoût si l’alimentation est achetée à l’extérieur. Dans tous les cas le travail et la technicité sont accrus. Le débat du partage des marges avec l’aval se pose ici comme en conventionnel : l’Agence Bio va créer avec FranceAgriMer et l’INAO un observatoire des prix et des marges.

Au total, l’évolution des surfaces en conversion et finalement certifiées ne montre pas globalement de flux substantiel de sortie du système : jusqu’ici dans l’ensemble les agriculteurs s’y retrouvent. Il faudra cependant faire attention aux tensions sur le budget d’aides (à la conversion et au maintien) consécutives à l’afflux de demandes. 

  

ENTRE L’AGRICULTURE ET LA DISTRIBUTION : LA FILIÈRE RESTE À RENFORCER

  

A la sortie de la ferme, la collecte est rendue difficile par le faible volume et la dispersion de la production, mais aussi par des difficultés intrinsèques : par exemple le taux d’impuretés élevé affectant les grains (il faut trier les débris issus de plantes adventices), la variété des produits à valoriser du fait des rotations longues. Le surcoût est important. Pour les fournisseurs de l’agriculture, les ventes d’intrants en bio ne sont pas nulles, mais plus faibles qu’en conventionnel. Le secteur coopératif, au premier rang pour la collecte et l’approvisionnement, s’intéresse maintenant à cette filière, mais plutôt entraîné par les conversions agricoles chez ses adhérents.

Les efforts de soutien public portent en particulier sur les lacunes à combler dans la filière : le fonds « Avenir Bio » cible en priorité les goulots qui font obstacle, localement, au bon développement de la filière. Sa dotation se limite cependant à 4 M€ par an.

La production industrielle n’est pas jusqu’ici à hauteur de la consommation française, car les produits transformés (épicerie, traiteur) sont importés à 50 % environ.

L’industrie fait la part belle aux PME ou aux sites décentralisés. Le n°1 par les ventes, Bjorg (CA 2015 : 293 M€, groupe néerlandais Wessanen), produit entièrement en sous-traitance. Léa Nature (CA 2015 : 235 M€) possède 9 sites de production, comme Nutrition et Santé (CA 2014 : 375 M€, groupe japonais). Les marques de distributeurs sont importantes en GSA (39 % pour le rayon épicerie en 2015), entraînant là aussi les PME, voire par la suite des filières en prise directe avec des agriculteurs.

Malgré le potentiel, il existe peu d’entreprises importantes spécialisées. Les principales (entre 10 et 300 M€ de CA) montrent une rentabilité en général correcte (quand elles publient leurs comptes). Certains groupes agroalimentaires conventionnels déclinent en bio leurs produits, souvent portés par la demande plutôt que par stratégie définie. D’autres lancent une stratégie, comme Ebro (leader dans le riz, marque Panzani, CA de 2,5 Mds €) en rachetant Celnat en 2016 (spécialiste des grains bio, CA 22 M€). Des acteurs majeurs se distinguent : l’acquisition par Danone de Whitewave annoncée en juillet dernier pour 11 Mds € n’est pas passée inaperçue. Whitewave (CA de 3,6 Mds €) est axé sur deux composantes de l’alimentation alternative : les protéines végétales (lait de soja et de fruits secs) et le lait bio, et sa croissance est de 19 % par an depuis son introduction en bourse en 2012.

 

Le bio : La rentabilité comparée de l'agriculture bio et conventionnelle fait l'objet de rapports contrastés  2/2

CE SUCCÈS ENCORE RÉCENT VA-T-IL SE POURSUIVRE

 

Plusieurs menaces existent, la première étant le désintérêt des consommateurs, aboutissant potentiellement à une surproduction et une guerre des prix. Cependant, l’essor de la consommation malgré la conjoncture peu favorable, son caractère international, et ce qui ressort des enquêtes de motivation est suffisamment convaincant pour conduire de nombreux acteurs à investir. Est-ce par défaut, pour trouver des zones de croissance ? Une réserve de consommation, capable de répondre à une offre accrue, paraît cependant disponible, et si des ralentissements sont intervenus, il n’y a jusqu’ici eu aucun recul dans la consommation bio.

Un risque possible est la dilution de l’agriculture biologique dans l’agroécologie, si ses principes, à force d’être populaires, en venaient à se généraliser. Mais jusqu’ici « la bio » constitue aux yeux du public une garantie que peu de labels égalent (c’est le plus connu et le plus reconnu des labels alimentaires, juste avant le label rouge). Cette image de marque est un atout incontournable. C’est aussi un élément de protection contre les importations bio à bas prix, qui n’inspirent pas toujours confiance. C’est pourquoi éviter tout scandale sanitaire ou tricherie est une priorité pour la filière ; de même, un assouplissement des principes risquerait de semer le doute et n’est pas du tout souhaité.

 Il existe aussi une crainte, en particulier de la part d’acteurs agricoles, vis-à-vis d’un éventuel trop grand succès de l’agriculture biologique, qui serait un obstacle à la vocation productive et exportatrice de la France.

Il est vrai que « la bio » n’est pas seulement une niche qui vit sa vie sans lien avec le reste de l’agroalimentaire. C’est aussi un laboratoire de techniques alternatives et un relais pour des remises en cause comme celle des pesticides, sur un plan plus global. En même temps, c’est un fer de lance pour obtenir le paiement par le consommateur de prix rémunérateurs, pour des produits répondant aux demandes sociétales : un thème central pour les agriculteurs français et une base possible pour développer de nombreuses productions riches en emplois.

 

L’agriculture biologique peut-elle nourrir le monde ?

 

C’est à juste titre une des principales interrogations face à son développement : l’agriculture biologique ambitionne en effet d’être un modèle permettant de résoudre les problèmes, environnementaux mais aussi sociaux, auxquels se heurte l’agriculture moderne.

De fait les rendements en agriculture biologique sont plus faibles qu’en agriculture dite conventionnelle, et surtout industrielle. La différence atteint un sommet pour les céréales dans un pays à haut rendement comme la France : en blé, facilement 60 % de moins. Au niveau mondial, des études se multiplient et font ressortir un écart qui est globalement de l’ordre de 20 %.

Comment ce faible rendement peut-il être compatible avec les besoins alimentaires, qui sont chiffrés mondialement à + 70 % d’ici 2050 ? A cela deux réponses.

D’abord, les besoins alimentaires futurs sont chiffrés en extrapolant la situation actuelle, qui inclut une part très élevée de gaspillage (30 % ou plus) et qui inclut aussi une surconsommation, et l’usage accru ou maintenu de produits animaux. Le modèle de l’agriculture biologique inclut implicitement une baisse de ces surconsommations. Ceci converge avec les tendances manifestées par les consommateurs européens, ce qui est plutôt bon signe pour la cohérence du modèle.

Ensuite, l’écart de rendement - et de prix - n’est pas définitif. L’agriculture biologique n’est pas un mode de production passéiste, mais au contraire très technique ; cependant il n’a pas bénéficié des mêmes efforts de recherche et de formation que l’agriculture intensive. Par exemple dans les semences, en France, seules deux premières variétés de blé spécifiquement destinées à la culture bio ont été inscrites au catalogue, en 2011. Dans les pays en développement, l’écart de rendement est plus limité, voire inversé - car l’agriculture biologique inclut plus de technicité agronomique. Ce modèle de développement peut y être avantageux, car il évite la mise de fonds des intrants.

Une réponse supplémentaire serait dans une pratique un peu décalée des principes du bio : usage de certains traitements dans des cas exceptionnels, etc. Ce ne serait pas acceptable dans un pays comme la France, pour des raisons de confiance, comme l’a montré l’échec du label Agriculture raisonnée. Mais pour nourrir le monde en évitant les dégâts collatéraux, une bio « allégée », qui n’est sans doute autre que l’agroécologie, est probablement la plus indiquée.

 

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le dossier prisme n° 15 - Novembre 2015  ici

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Commentaires 9

robert scea sud autan1 "ECUME173"

le saumon bio est contaminé par l obligation de le nourrir à 60% de poissons issus de nos mers polluées au lieu de tirer sur le bio arrêtons de polluer nos mers ça serrait plus intelligent

marin347

je suis en conventionnel en raisonnée et vous êtes pas quitte d en baver en bio je suis dans une coop et l année derniere une plateforme de grande surface a proposer de nous prendre des carotte faites en conventionnel pour les passer en bio puisque les résultats d analyse étaient bon cherchez l erreur je précise que l ont a refuser et j ai appris dernièrement ses ce que font les italiens ils produisent conventionnel et si les analyses ne détecte pas de pesticide ils sont vendue en bio

acuid

@dom49 pour 80% du nord de la loire la production est effectivement cataclysmique 2 collegues ont 0 pommes pas une , en raisin c'est catastrophique peu de secteur ont reussit a se preserver du mildiou , chez moi 0 fevroles 0 lentilles 6 qx en seigle , 20 en maïs , chez des collegues le blé de 500kg /ha ( oui j ai un collegue qui a recolté sa 1ere parcelle de beaux epis mais rien dedans ) moyenne entre 5 et 15qx, en proteagnieux les moyennes sont catastrophiques a tel point qu'il n y a quaisment pas de semences, , donc montrons un tableau realiste tu l ignores sans doute dans le 49 tant mieux pour toi , mais pour le nord loire si tous les paysans etaient bio on serait en famine

acuid

adom49
tres bien je n'utilise aucun pesticide bio , mais je n'ai pas de merite je suis en grande culture par contre en vigne en patate en maraichage en arbo ce n'est pas la meme histoire , mes chiffres sont justes sur la consommation de cuivre , de plus la Hollande a interdit la bouillie cuivrée a ses agriculteurs bio et conventionnel car trop dangereux, voyant le marasme en bio il a été reautorisé mais pas en conventionnel

le goulot

dom 49 bravo pour ton registre phyto,par contre pour l'isf tu ne dois pas bien connaitre les régles ou ne pas le payer,ce n'est pas grave mais reste dans ton domaine.
Dans mon secteur de production en bio l'année a été très difficile au niveau agronomique avec des résultats économiques très mauvais.Je n'abandonne pas mais nous nous sommes trouvés démunis face aux aléas climatiques.J'espère des cieux plus cléments pour la prochaine campagne.Aujourd'hui on nous explique que le saumon bio est plus pollué que le non bio,mon dieu que tout est compliqué

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