Le cas d'école HQE : Dans le Cher, les équipements du nouveau lycée agricole du Subdray labellisé

Arnaud Carpon

Dans le Cher, les équipements du nouveau lycée agricole du Subdray, labellisé Haute qualité environnementale (HQE), en font un véritable ambassadeur français du développement durable, pour orienter dans cette voie les jeunes agriculteurs de demain.

Les aménagements extérieurs ne sont pas encore terminés que des centaines d'élèves et professeurs arpentent quotidiennement les allées fraîchement bitumées de leur nouvel établissement. A la sortie du village du Subdray, en périphérie de Bourges, c'est un lycée pas tout à fait comme les autres qui a ouvert ses portes en septembre 2009. De par ses équipements et sa conception, l'établissement agricole est 100 % haute qualité environnementale (HQE) et constitue un véritable laboratoire de développement durable pour les futurs candidats à l'installation.

Energies renouvelables et retraitement des eaux

Vu de l'extérieur, le béton se fait plutôt discret. Le bois, en revanche, est omniprésent. Il constitue même le matériau principal dans la construction des nombreux bâtiments de l'établissement. Traité mais non teinté, il virera naturellement au gris au fil des saisons. Dans les faux-plafonds, le bois est également présent sous forme de panneaux de fibre, remplaçant les traditionnels panneaux de plâtre. Et lorsqu'il ne sert pas de bardage pour les bâtiments, il est utilisé en tant que combustible : la région Centre, maître d'ouvrage a opté pour une chaufferie bois énergie pour les besoins calorifiques de la structure. Le plus intéressant se trouve probablement sur le toit. Des capteurs thermiques y sont placés pour chauffer l'eau. Entre les différents halls desservant les salles de classes, une longue allée a été entièrement recouverte de panneaux photovoltaïques fournissant une bonne partie de l'électricité nécessaire. Des toitures ont été végétalisées pour améliorer l'isolation des bâtiments. En marge des salles de classe et de l'internat, six logements de fonction bénéficient des mêmes qualités environnementales. Orientés plein sud, ils sont notamment équipés de vastes panneaux solaires installés sur les toits pour le chauffage de l'eau. Le tout vise à réduire au maximum la consommation d'énergie de l'établissement.

« Outre les équipements écolos dernier cri installés, la région a accordé beaucoup d'importance au retraitement des eaux usées », souligne Sylvestre Cavagné, le proviseur du lycée. A une centaine de mètres des bâtiments, un grand bassin planté de roseaux et autres plantes consommatrices en eau est en cours d'achèvement. Relié à tous les bâtiments par des canalisations, il recevra l'ensemble des eaux usées et agira en véritable station d'épuration. Les eaux pluviales sont également récupérées dans un réservoir creusé derrière le terrain de sports. Outre l'arrosage de l'équipement sportif et des aménagements paysagers, ces eaux viendront alimenter le bassin filtrant en période de vacances scolaires, quand l'activité du lycée sera réduite et la quantité d'eaux usées insuffisante à l'alimentation de ce dernier. « Sans cette récupération des eaux pluviales, les jardins filtrants se dessècheraient à chaque période de vacances », ajoute le proviseur.

 

Une bonne base de travail…

Deux jeunes agriculteurs du Cher venus assister à l'inauguration du lycée, le 2 octobre 2009, ont visité l'établissement avec intérêt. «L'ancien lycée, qui se trouvait dans le centre de Bourges, était plutôt vieillissant, précise Julien Daudin, administrateur JA 18. Sur l'exploitation agricole rattachée, la pression foncière était trop forte. » « Ce projet de lycée datait de plus de dix ans, continue David Dorme, vice président des JA 18 en charge de l'installation. Mais cela valait le coup d'attendre. Sans compter la sensibilisation des élèves au développement durable, cette nouvelle structure donnera une bonne image de l'agriculture auprès des jeunes.» Pour le directeur de l'établissement, ces nouveaux locaux constituent «la base d'une démarche de développement durable ». La nouvelle structure comprend, comme l'ancienne, une exploitation agricole orientée en polyculture-élevage, à l'image de l'agriculture du département. Avec une SAU de 180 ha, dont 50 ha de prairies, Julien Broutard, le responsable, accompagné de deux salariés permanents, gère un atelier bovin-viande de 16 mères charolaises et un atelier ovin-viande composé de 60 mères de race romane. Pour lui, il s'agit de montrer ce qui peut se faire de mieux sur une exploitation. Mais pas seulement : «Etre à la pointe de l'innovation en matière de développement durable, c'est bien. Mais il faut garder à l'esprit nos deux objectifs principaux qui sont de gérer durablement l'exploitation et apprendre aux élèves à observer.» Sur les 130 ha de cultures de vente, 95 ha sont soumis à des rotations longues. Ces dernières années, le nombre de cultures présentent sur l'exploitation a été augmenté pour limiter la pression des adventices. Julien Broutard a par ailleurs mis en place des essais phytosanitaires.

… pour faire évoluer les pratiques

«L'exploitation place les élèves dans les mêmes conditions et sous les mêmes contraintes qu'un agriculteur installé, précise-t-il. Ils doivent être productifs, tout simplement, avec des pratiques et une gestion la plus durable possible. » « En revanche, l'exploitation n'a pas vocation, par exemple, à être convertie en production biologique, poursuit Sylvestre Cavagné. Car il ne s'agit pas de privilégier un modèle de production en particulier, mais, au contraire, de laisser aux élèves la possibilité de tester différentes pratiques culturales et d'élevage.» Sensibiliser les jeunes à toutes les pratiques, certes, mais toujours avec le développement durable et la durabilité en ligne de mire. «Si la conversion de l'exploitation en production biologique ne me paraît pas pertinente, la valorisation de la proximité est très intéressante. » Les classes de BTS Analyse et conduite des systèmes d'exploitation travaillent notamment sur des projets «créneaux de commercialisation» avec un module sur les circuits courts en viande bovine. Une ligne d'enseignement qui se transforme en réflexion concernant le fonctionnement du lycée. «La cantine a besoin de 50 poulets par semaine. Nous pourrions proposer une exigence d'approvisionnement de proximité dans le cahier des charges. » Pour chaque projet ou réflexion, le directeur souhaite faire travailler des « éco-délégués » parmi les élèves. Parmi les projets prioritaires de l'établissement : la gestion des déchets. Outre le retraitement naturel des eaux, Sylvestre Cavagné souhaite mettre en place une station de compostage des déchets de la cantine et, par la même occasion, faire travailler les élèves sur ce sujet. «C'est un grand challenge pour un établissement de cette taille», admet-il. Avant de conclure : «Et si, d'abord, nous ne les produisions pas, ces déchets ?» C'est sans nul doute la base du développement durable.

Lycée agricole du Subdray : 4 pôles d'enseignement en 1

 

Source Ja Mag Novembre 2009

Publié par Arnaud Carpon

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