Le Débat de Terre d'Infos : D'où vient et où va la PAC ?

Clarisse Brillouet, étudiante à AgroParisTech

Le Débat de Terre d'Infos : D'où vient et où va la PAC ?

A l'aube de la réforme de la Politique Agricole Commune prévue pour 2013, une démarche de remise en question s'opère.

La PAC représente aujourd'hui 40% du budget européen, soit 60 milliards d'euros. Ce sont 12 000 exploitants qui dépendent de son existence et de sa pérennité.

 Alors qu'hier la PAC avait avant tout des objectifs de production, s'ajoutent aujourd'hui des considérations environnementales et des préoccupations de régulation des marchés. D'après Stéphane Le Foll, député européen, « la PAC a permis de maintenir une diversité des productions agricoles à l'échelle européenne, et c'est là l'enjeu ».

Maintenir un budget important

Dans le contexte actuel de crise, les agriculteurs craignent de voir diminuer les aides. Mais la Commission européenne compte bien garder le cap. Selon Dacian Ciolos, commissaire européen à l'agriculture,  « surtout dans ce contexte économique difficile, on ne peut pas se permettre d'épuiser les ressources [...] et d'affaiblir nos capacités de production ». Le commissaire fait remarquer que de nombreuses dépenses ont été réduites car mises en commun entre les différents membres de l'UE.

Quant à l'éventualité de repousser la réforme à 2014, elle tient à la difficulté de la décision du budget. Mais le problème devrait pouvoir être résolu pour 2013, prévoit le commissaire. Guy Vasseur, président de l'assemblée permanente des chambres d'agriculture, quant à lui met en garde ; il faut rester ambitieux tant que rien n'est fixé.

Remise en cause du mode d'attribution des aides

L'objectif est de renforcer le pouvoir des producteurs afin qu'ils disposent d'une meilleur force de négociation sur les marchés. De même qu'il est prévu que la PAC y intervienne en cas de chute brutale de revenu.

 Tous s'accordent à dire que le mode d'attribution des aides à l'hectare ne convient plus aux réalités actuelles. Dacian Ciolos parle de maintenir des aides directes mais plus équitables entre les différents États membres. Cela signifie tenir compte du pouvoir d'achat et des conditions de production dans chaque pays, précise Guy Vasseur.

Vers de nouvelles pratiques agricoles

« Le temps des modèles uniques est révolu » déclare Dacian Ciolos. Les membres de l'UE doivent avoir des objectifs communs et préserver les ressources naturelles, et aucun modèle d'agriculture unique ne peut y répondre. La politique agricole ira donc dans le sens de la diversité des pratiques, notamment en laissant une certaine autonomie décisionnelle aux États membres.

À propos du reverdissement de la PAC qui prévoit 30% des aides directes pour des mesures environnementales, visant à inciter des considérations écologiques, les avis divergent. Il est en effet prévu 7% de focus écologique, autrement-dit de zone enherbée ou arborée dans les exploitations. Certains comme Guy Vasseur parlent de « 7% de gêne obligatoire » dans certains cas. Dacian Ciolos précise qu'il ne faut pas prendre cette mesure comme une mise en jachère mais plutôt comme l'occasion de laisser une place aux arbres et bandes enherbées.

 « On prend la question environnementale par des biais extrêmement précis et techniques.  Or on doit fonctionner par des dynamiques », met en garde Stéphane Le Foll.

L'avenir de notre agriculture repose sur le maintien d'un budget important, une régulation et une solidarité des états membres. Le recul sur cette réforme sera le meilleur juge.

Lire aussi : 

Le débat de Terre d'Infos : « On n'est plus paysan de père en fils »

 

Sur le même sujet

Articles publiés par ce partenaire

Commentaires 0

Pour réagir à cet article, merci de vous identifier