Le Débat de Terre d'Infos : Ecophyto2018, comment réduire l'utilisation des produits phytosanitaires ?

Johanna BALPE, étudiante à AgroParisTech

Le Débat de Terre d'Infos : Ecophyto2018, comment réduire l'utilisation des produits phytosanitaires ?

Le plan Ecophyto2018, mis en place suite au Grenelle de l'environnement, prévoit une baisse de l'utilisation de produits phytosanitaires de 50% d'ici 2018. Cet objectif a pour vocation majeure la diminution des impacts négatifs de ces produits sur la santé publique et l'environnement.

Une telle réduction implique un changement radical de modèle d'agriculture. Comment mettre cela en place sur le terrain ? Selon Didier Marteau, président de la chambre d'agriculture de l'Aube, «souvent les agriculteurs sont déjà dans une démarche de test. Ce sont les premiers à souhaiter la diminution de l'usage de ces produits car ils sont les premiers exposés».

1.000 fermes tests

Le Bulletin de Santé du végétal, publié pour les agriculteurs et conseillers agricoles, renseigne sur les potentialités d'attaque par certains ravageurs ou maladies dans leur région. Ils peuvent alors cibler leurs traitements. Ce bulletin est établi par l'Institut Technique et les Chambres d'Agriculture : 8.000 techniciens inspectent dans le détail 3.000 parcelles par semaine, et définissent un « seuil de nuisibilité, et d'acceptation du risque ».

Autre action phare de ce plan est la mise en place de 1000 fermes tests. Elles servent de démonstration pour faire comprendre aux agriculteurs qu'il est possible de fonctionner ainsi et de faire du bénéfice. La formation Certiphyto (45.000 agriculteurs formés en 6 mois) sensibilise les usagers à un emploi raisonné des produits phytosanitaires.

Mais comment évaluer l'évolution des pratiques ? « Des indicateurs d'usage et d'impact des produits phytosanitaires ont été élaborés », explique Emmanuelle Soubeyran du ministère de l'Alimentation de l'Agriculture et de la Pêche, qui précise que « 65 millions de doses de produits phytosanitaires ont été utilisées en 2009 ». Mais Mr Marteau incite à la prudence « Il faut faire attention aux statistiques annuels qui dépendent du climat, de la prolifération de certains ravageurs ».


Une diminution de 25-30% sans baisse de production

Selon Hervé Guyomard, directeur scientifique à l'INRA, il serait possible de diminuer de 25-30% l'utilisation actuelle de produits phytosanitaires sans baisse de production. Mais pour atteindre les 50% espérés, la recherche doit développer des modèles raisonnant une exploitation comme un système (avec un ensemble d'entrées et de sorties), intégré dans son environnement, et faire des prévisions. Actuellement, une cinquantaine de molécules ne sont plus homologuées et il n'existe pas de parade à certains ravageurs. Il faut donc trouver des alternatives (auxiliaires, pièges sexuels, espèces résistantes), des molécules activatrices de croissance et de résistances, alterner des cultures, le labour/non labour, et assurer un bon équilibre microbien du sol.

Un bilan est effectué tous les 3 mois au niveau régional et national et tous les mois à l'APCA, pour une bonne « territorialisation du plan ». La difficulté dans les années à venir sera de maintenir la dynamique de groupe face au risque, à la lenteur des résultats, et de rester compétitifs sur le marché par l'évolution des cahiers des charges.

Finalement, l'agriculteur est au centre de la décision. Le plan Ecophyto2018 vise donc à lui apporter des réponses pour aller de l'avant, en se souvenant que 2018 est à la fois proche et lointain. Une des grandes forces de ce projet est donc la large palette de participants, inscrits dans une démarche de concertation qui semble aller dans le bon sens.

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