Le Débat de Terre d'Infos : PAC 2013 : Quelle agriculture en Europe demain ?

Johanna BALPE, étudiante à AgroParisTech

Comment réorganiser la PAC actuelle pour nourrir 6 milliards d'individus en produisant plus et mieux tout en respectant l'environnement, la sécurité alimentaire et les territoires, d'ici 2050 ?

L'agriculture en France est une richesse économique qui représente des millions d'emplois, un élément stratégique d'équilibre des territoires, et « un secteur présentant une garantie de qualité, dont une grande partie de la population vit », selon Jean-Michel Schaeffer, président du syndicat des jeunes agriculteurs.

La PAC profite donc à la sécurité de l'emploi ainsi qu'au développement économique. Mais l'un des enjeux actuels de la PAC est d'assurer la sécurité alimentaire. Le ministre de l'agriculture a déclaré hier que pour ce faire, l'agriculture européenne devait agir au niveau mondial. « Dès lors qu'il y aura une population de 6 milliards d'individus à nourrir, l'Europe doit devenir l'un des grands continents nourriciers de la Terre de demain. Par ailleurs, garder une PAC forte, c'est garder une Europe forte».

Il convient tout de même de se demander si la production alimentaire actuelle est suffisante pour les pays européens. Selon Guy Vasseur, président de l'APCA, la sécurité alimentaire n'est pas assurée aujourd'hui. Mais comment produire plus et mieux avec une surface agricole qui diminue de par la pression du foncier et avec des agriculteurs qui ne gagnent pas suffisamment leur vie? Beaucoup d'agriculteurs ont adapté leurs itinéraires techniques. Malgré tout, selon Bernard Lannes, président de la Coordination Rurale, « Il manque à peu près la SAU de la France à l'Europe pour le devenir autosuffisante. Il est donc ambitieux de parler de vocation exportatrice alors que nous sommes nous-mêmes importateurs».

En effet, l'Europe ne sera jamais autosuffisante sur certains produits, d'où l'importance de l'intégration au marché international et de la compétitivité. Mais les agriculteurs veulent aussi de la stabilité.

Innover en matière environnementale

La mise en place de quotas de production pour réguler les marchés et les prix est-ce réellement la bonne solution ? L'Europe à 27 rassemble des pays aux réalités très différentes. Les outils employés doivent donc être flexibles et les pays prêts à s'adapter. Imposer des quotas à la France seule n'a pas beaucoup de sens sans démarche de régulation globale.

L'agriculture doit par ailleurs être capable d'innover en matière environnementale. Selon le ministère, « c'est en étant capables de mouvement et de modernité que l'on défend notre agriculture et nos idées ». Un investissement supérieur dans la recherche, « domaine où la France est aujourd'hui plus spectatrice qu'actrice » selon l'APCA, est donc primordial. Le gouvernement souhaite en effet « que par ce verdissement, la PAC ne soit plus la politique des agriculteurs mais celle de tous les citoyens ». Il faudra cependant songer à une simplification des mesures. Selon Mr Lannes, « De nouvelles lois sont créées sur les anciennes, et cela devient ingérable.». La FNSEA et l'APCA s'inscrivent également dans cette démarche durable, « tant qu'elle emploie une approche incitative et non punitive et que les mesures prises sont appliquées de manière homogène à l'ensemble de l'Europe. »

La sécurité alimentaire en Europe dépend des aides de la PAC. Mais quelle direction celle-ci va-t-elle emprunter ? Celle des grosses exploitations de monocultures à l'américaine ou d'un maintien de la diversité, l'environnement et le soutien de l'agriculture dans des zones difficiles ?

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