Le Débat de Terre d'Infos : Préserver la biodiversité sans freiner le développement économique

Johanna BALPE, étudiante à AgroParisTech

Le Débat de Terre d'Infos : Préserver la biodiversité sans freiner le développement économique

L'intensification de l'agriculture des décennies passées combinée à une urbanisation croissante ont contribué à une diminution de la biodiversité. En 2001, l'Europe s'est fixée pour objectif de stopper cette perte d'ici 2010. 756 espèces sont aujourd'hui menacées en France. Des expériences sont en cours pour geler cette diminution de la biodiversité d'ici 2020 .

Mais pourquoi préserver la biodiversité ? Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, Ministre de l'Ecologie, « ce n'est pas seulement une question de beauté du monde. La biodiversité est indispensable à la survie des espèces, au développement des activités économiques, à la santé, à la nutrition, et à la résilience environnementale. Afin d'évaluer son importance, il est indispensable de chiffrer les services rendus par la biodiversité, de la mesurer».

Certains économistes ont ainsi estimé que la perte de biodiversité diminuera de 7% le PIB mondial d'ici 2030. Des indices ont été développés pour la calculer, et un observatoire de la biodiversité créé. Les agriculteurs sont également en droit de demander un diagnostic biodiversité : des techniciens des Chambres d'agriculture dénombrent les espèces présentes, précisent les mesures à prendre et démarrent un suivi. L'engagement des agriculteurs est total malgré ce contexte contraignant, et des résultats encourageants sont actuellement observés.


Un sujet nouveau pour le monde agricole

Or Joseph Menard, vice-président de la Commission Environnement et biodiversité des Chambres d'agriculture, précise qu'il s'agit d'un domaine nouveau dans le monde agricole. Si l'on avait déjà beaucoup travaillé sur la biodiversité remarquable par les Parcs Nationaux, la conscience de sa présence dans la microflore animale, végétale et dans le monde agricole est très récente. Il faudra faire preuve de consilience pour la préserver sans freiner le développement économique et la production alimentaire.

De nombreux progrès ont également été permis par le GIEC, mais malheureusement, la diversité n'est pas encore au coeur de nos pratiques même si des engagements nationaux ont été mis en place : parcs nationaux, sites Natura2000, réintroduction d'espèces, rotation de cultures, haies, bandes enherbées, couverts végétaux, gestion de l'agrifaune, trames vertes et bleues. Les trames sont des infrastructures naturelles assurant la continuité biologique des écosystèmes pour permettre la migration spécifique.

Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, la biodiversité «ce n'est pas seulement une question de beauté du monde. ... »

Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, la biodiversité «ce n'est pas seulement une question de beauté du monde. ... »

 

30.000 variétés de plantes conservées

Malheureusement, certaines de ces mesures provoquent une sanctuarisation des écosystèmes, or selon Yvon Bec, Président de l'Union Nationale des CPIE, «ils doivent vivre, échanger avec le reste du territoire, donner lieu à des pratiques agricoles intégrées ».

Selon François Burgaud, Directeur des relations extérieures du GNIS, les semenciers sont acteurs fondamentaux du maintien de la biodiversité par « leur travail génétique ». En France, 30 000 variétés de plantes sont actuellement conservées : « on pourra y puiser la variabilité de demain ». Toutes les espèces cultivées actuellement ont été fournies par des semenciers, mais « il faut aujourd'hui aller plus loin dans ce qui est offert aux agriculteurs, et que le marché absorbe ces nouvelles productions ». Leur valorisation économique est malheureusement souvent difficile. Il faudra donc trouver des financements supplémentaires pour pérenniser ces engagements. Selon Mr Bec, « ceux qui doivent payer pour préserver la biodiversité sont ceux qui en bénéficient, c'est-à-dire la société toute entière ».

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