Le Débat de Terre d'Infos : Préserver le modèle alimentaire français auprès des jeunes générations

Johanna BALPE, étudiante à AgroParisTech

3 repas par jour et 3 plats par repas : c'est le modèle traditionnel suivi en France et qui intéresse beaucoup l'étranger. Mais ce modèle n'est pas sans contraintes, d'où sa récente déprise. Comment ce patrimoine évolue-t-il auprès des jeunes générations? Comment le préserver dans un contexte où les habitudes alimentaires changent faute de temps et de moyens?

Selon Pascale Hebel, directrice du département consommation du Credoc, il y a en France très peu de variabilité dans le nombre et l'horaire de prise de nourriture. Ainsi, à 12h30, 60% des français sont à table, dans un objectif de partage et de convivialité. Autre caractéristique : le déjeuner pèse autant en apport calorique que le dîner, même si son contenu tend à évoluer (entrée + plat ou plat + dessert se substituent aux 3 plats traditionnels avec très peu de grignotage entre les repas). Finalement, le repas français est caractérisé par sa grande diversité, ce qui nous préserve de dangers nutritionnels : on n'imaginerait pas faire plusieurs fois le même plat de suite, et toute la famille mange la même chose.

Cette importance du lien social dans le repas traditionnel français fut prit en compte au moment du classement au patrimoine de l'UNESCO, d'après Gérard Cagna, chef cuisinier ayant participé à son inscription. C'est un moment de partage où nous parlons gastronomie, une passion française. Il s'agit d'ailleurs d'un réel lien culturel et d'intégration dans un territoire qui se transmet. Pourtant, la durée moyenne des repas est en forte réduction : nous ne consacrons plus, en moyenne, que 28 minutes à notre déjeuner.


Un régime diversifié

Notre modèle alimentaire est donc en pleine évolution : les gens travaillent donc préfèrent des aliments plus pratiques à cuisiner et peu coûteux. La consommation de produits frais, notamment de viande rouge, et de vin diminue. Nous mangeons également plus sucré ce qui, selon Antoine Demailly de l'association « Les Sens du goût » fait partie de l'identité humaine: cela permet au bébé de chercher le lait maternel, et à l'adulte des aliments nutritifs. La consommation de glucides est également en hausse. Mais globalement, cela reste un régime diversifié, avec un bon apport en minéraux et vitamines.

Les habitudes alimentaires se créent très tôt, c'est pourquoi il est difficile de faire consommer plus de produits frais aux jeunes s'ils ne l'ont pas fait dans leur petite enfance. Certains outils sont en cours de développement pour sensibiliser les « petits » à l'importance d'une alimentation équilibrée. Corinne Tellier, chef du pôle promotion et diversification à la Chambre d'agriculture du Nord Pas de Calais, a ainsi développé des 7 familles et Cdroms de jeux. Mr Cagna travaille également sur les campus et en restauration collective et constate chez les jeunes une “vraie envie de goûter et découvrir”.


Le plus faible taux d'obésité en Europe

Si l'obésité est actuellement toujours en hausse, la France a le plus faible taux d'obésité en Europe (14,5% contre 50% aux États Unis), en réduction chez les enfants depuis les campagnes du PNNS. L'éducation est donc un investissement porteur, et “la nourriture un sujet transversal permettant d'apprendre beaucoup, dans toutes les matières”. L'éducation Nationale a donc mis en place la semaine du goût et envisage une formation des enseignants en nutrition. La notion d'équilibre alimentaire est également au programme de cycles 2 et 3. De nombreuses initiatives existent donc à l'heure actuelle. On déplore cependant leur manque de suivi. Pour changer réellement les comportements futurs, il convient de multiplier les interventions auprès des plus jeunes.

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