"Le Débat" - les conflits d'usage de l'eau : quelles solidarités peut-on mettre en place ?

Clarisse Brillouet, étudiante à AgroParisTech

"Le Débat"  - les conflits d'usage de l'eau : quelles solidarités peut-on mettre en place ?

Cette année, la France accueille le 6e forum mondial de l'eau à Marseille. Le changement climatique modifie la répartition spatio-temporelle des précipitation à l'échelle du globe et à l'échelle locale. Autant d'indices qui mettent la problématique de l'eau au cœur des préoccupations actuelles.

La ressource en eau n'est pas gérée de façon optimale sur toute la France. Les prélèvements sont en effet supérieurs au taux de renouvellement sur 20% du territoire, annonce Odile Gauthier, directrice de l'eau et de la biodiversité au ministère de l'écologie

 « L'eau tombe différemment dans notre pays aujourd'hui », affirme Joseph Ménard, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine. C'est d'ailleurs davantage un changement dans la répartition des pluies sur l'année que sur le bilan pluviométrique, fait remarquer Jean-François Donzier, directeur général de l'Office National de l'Eau. Nous sommes par exemple confrontés à de sévères sécheresses estivales en zone méditerranéennes. Il va falloir faire face à l'adaptation à un nouveau cycle hydrologique.

Quid de l'irrigation

  Irriguer c'est sécuriser, diront certains. C'est la garantie d'assurer un rendement minimum, malgré les potentiels aléas climatiques. Christian Pees, président du groupe Euralis, signale que l'irrigation sur le maïs peut aller jusqu'à doubler le rendement.

 Sauf que l'irrigation en France ne concerne que 6% des terres agricoles et 9% des paysans, et est souvent inégale dans sa répartition entre les types d'exploitations et dans son efficacité d'utilisation. En Aquitaine, seuls 3% des fermes utilisent 40% de l'eau d'irrigation, et l'eau n'est parfois valorisée qu'à hauteur d'un euro le mètre cube d'eau. De plus, on n'a pas les moyens d'irriguer toute la surface agricole, déclare Jacques Pasquier, secrétaire national de la confédération paysanne. La solution n'est donc pas de tout irriguer mais peut-être plutôt d'irriguer au bon moment, et au regard des ressources disponibles.

Diminuer les prélèvements

L'évaluation des volumes prélevables, propres à chaque bassin, puis leur répartition aux différents utilisateurs sont une première étape. Odile Gauthier précise que l'objectif est de passer d'une situation de crise chaque année à une seule crise tous les 5 ans.

 Améliorer l'efficience de l'eau est également une solution. Cela se traduit par le choix d'espèces et  même de variétés les plus adaptées à l'environnement de l'exploitation. L'agriculteur peut alors jouer sur la génétique mais aussi sur les rotations à inscrire dans son itinéraire de culture. Ainsi il pourra choisir son assolement en fonction des quantités d'eau prélevables, explique Odile Gauthier.

 Pour les régions les plus sèches, des transferts d'eau sont réalisables, envisage Jean-François Donzier. Les retenues d'eau en vue d'irriguer sont également une option. Tous s'accordent à dire que l'opinion a tendance à stigmatiser les retenues d'eau, ce qui freine les démarches, alors qu'elles s'avèrent parfois nécessaire à l'agriculture locale.

 Afin d'optimiser l'utilisation de l'eau en agriculture, il faudra donc jouer sur des indices et sur des pratiques agronomiques pour préserver la ressource et pallier aux évolutions du climat.

 

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