"Le Débat" : Production, transformation, distribution, le partage de la valeur, dialogue impossible ?

Clarisse Brillouet, étudiante à AgroParisTech

"Le Débat"  : Production, transformation, distribution, le partage de la valeur, dialogue impossible ?

En temps de baisse des prix aux producteurs, le prix du caddie, lui, ne diminue pas. Comment se répartit le prix d'un produit payé entre les différents acteurs d'une filière ?

 On assiste parfois à des mouvements de protestation de la part de producteurs qui voient le prix d'achat de leur production diminuer, sans que les consommateurs, eux, n'en voient la différence dans les rayons. D'après Philippe Chalmin, président de l'Observatoire des Marges et des Prix, cela vient du fait que « le consommateur a du mal à comprendre qu'il y a souvent beaucoup plus de service que de produit agricole lui-même dans le produit qu'il achète. »

Le poids des maillons intermédiaires

Le consommateur paye actuellement 10% moins cher que dans les années 70. Or les producteurs touchent 50% de moins. C'est donc que le travail a été confisqué pour une grande partie au niveau des maillons intermédiaires et de la distribution, s'indigne Daniel Gremillet, président de la Chambre d'Agriculture des Vosges.

 Mais transformateurs et distributeurs rétorquent qu'il font preuve de la plus grande transparence de leurs chiffres à l'égard des experts. Rien n'est caché, tout est disponible au public, se défend Jean-Bernard Bayard, président de FranceAgriMer.

 Pourtant, les consommateurs ont le sentiment de mal connaître les mécanismes qui régissent les prix. Pour Charles Pernin de l'association Consommation Logement et Cadre de Vie, « c'est tout l'enjeu de l'Observatoire » que de renseigner sur la déconnexion entre prix à la production et prix à la transformation.

De la difficulté d'évaluer la part de chacun

L'évaluation de la part du prix de consommation attribuée aux différents maillons de la chaîne de production est extrêmement complexe. Reconstituer le produit à partir de la transformation est très difficile, affirme Jean-Bernard Bayard. Les morceaux du bovin qui va à l'abattoir n'ont pas tous la même valeur. Ou encore, le lait est loin d'être le seul composant d'un yaourt, bien qu'il en soit le principal ; ajoutant qu'il faut également tenir compte du prix de vente de la crème...

 Et chacun tentant de maximiser son profit, la pression sur les prix de production rend certaines filières de moins en moins rentables.

 

Et au bout de la chaîne, les réseaux de distribution

 On dénombre 7 principaux distributeurs en France. Cela donne lieu à une « concurrence féroce » entre eux, livre Claude Risac, directeur des relations extérieures du groupe Casino. Selon lui « le consommateur raisonne avec son billet » et donc en fonction du prix proposé par le distributeur, pas par rapport au prix payé au producteur. C'est alors que Daniel Grémillet met en garde contre ce mécanisme de compression des prix au plus bas. Il peut mener à la délocalisation de la productions de produits dits français en dehors du territoire, et à ce que certains agriculteurs mettent la clef sous la porte.

 Philippe Chalmin rappelle toutefois que nous sommes sur des marchés mondiaux. Le prix touché par le producteur est dépendant du prix mondial. Une partie des prix échappe donc aux filières. Il faudrait donc, comme le suggère Jean-Bernard Bayard, se pencher de manière « totalement dépassionnée » sur les différentes pistes de compétitivité. Alors peut-être, chaque maillon pourrait s'assurer une part viable sur le prix des produits.

 

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