Le miscanthus, un pari sur l'avenir

Yannick Groult

Le miscanthus, un pari sur l'avenir

En 2010, Benoît Haranger, céréalier à villers-en-arthies, a planté 11 ha de miscanthus. Doutes et espoirs se succèdent à l’heure de la première récolte, en mars 2012.

Du miscanthus à l'écurie

Le miscanthus, un pari sur l'avenir

Le séchage du miscanthus se déroule dans les mêmes installations que la déshydratation de la luzerne. Il est chauffé à 70°c (contre 700°c pour la luzerne) dans un grand tambour. Il est ensuite broyé en une poudre très fine, puis pressé. Les filaments obtenus sont coupés en bouchons, puis refroidis et conditionnés. Les granulés de miscanthus « peuvent absorber jusqu’à quatre fois leur volume d’eau », assure Aurélie Oliviero, de la coopérative UCDV. D’où leur utilisation en litière équine. Répandus dans les box et légèrement arrosés, les granulés gonflent et forment un tapis absorbant et confortable pour les chevaux. A la manière d’une litière pour chat, il suffit ensuite de retirer les parties en contact avec les excréments. L’intérêt pour les gérants d’écurie ? Moins de manutention et de fumier à transporter.

Les joues rougies par le froid, Benoît haranger pénètre dans son champ. Les herbes jaunies de 2m de haut ne le protègent pas du vent glacial de ce début de mars. Aurélie, la technicienne de sa coopérative, le suit. Elle s’arrête, coupe une tige avec son sécateur, l’emballe dans un sac plastique. Les échantillons serviront à déterminer la date de la récolte, autour de la fin du mois. Benoît haranger est inquiet pour cette parcelle de miscanthus qu’il a plantée en avril 2010. il espère un rendement de trois tonnes de matière sèche par ha. Le potentiel de ses terres en promettait pourtant jusqu’à 6. il faut dire que c’est la première fois qu’il cultive cette plante, plutôt peu présente dans les champs français.

Quand sa coopérative lui a proposé, en 2009, de se lancer dans le miscanthus, la culture de cette graminée géante semblait « séduisante ». Elle demande peu de travail, « un seul désherbage par an en rythme de croisière ». pas d’engrais, pas d’insecticide, ni de fongicide. La coopérative se charge de l’implantation (subventionnée à 40%), du transport et de la récolte. Benoît n’avait qu’à préparer le sol (un labour et deux passages de vibroculteur) puis à « laisser pousser ». Bref, la culture idéale pour valoriser ces 11 ha de terres moyennes, éloignées du siège de l’exploitation situé à Villers-en-Arthies (Val-d’Oise). Et qui laissait du temps à l’agriculteur pour cultiver ses 389 ha de céréales, étalés sur 11 communes et deux départements.

L'implantation : déterminante pour cette plante pérenne

Quand Benoît a opté pour le miscanthus, c’était aussi pour « diminuer l’impact environnemental de l’exploitation ». Toutes ses terres sont en non labour depuis trente ans, et même en semis direct (sans aucun travail du sol) pour les 100 ha de terres superficielles. Après avoir rencontré des « problèmes avec le désherbage des graminées », il a décidé de « refaire de l’agronomie ». Le céréalier a donc allongé ses rotations en introduisant de nouvelles cultures comme le lin graine ou la féverole. « Je raisonne toutes mes applications d’intrants », ajoute encore celui qui effectue ses traitements phytos selon la méthode des bas volumes.

Tout changement demande une période d’adaptation. pas encore familiarisé avec la culture de Miscanthus giganteus, Benoît pense l’avoir « un peu assommé » de désherbant. L’implantation mécanique des rhizomes, la partie souterraine pérenne de la plante, peut aussi avoir joué un rôle néfaste. sa parcelle compte 12500 pieds par ha alors que son contrat en promettait 17 500. « Les rhizomes s’emmêlent si on ne les sépare pas manuellement », explique Benoît. Depuis, la coopérative a opté pour une méthode manuelle, plus chère mais plus efficace. Le choix de la raison, vu qu’une culture de miscanthus reste en place 15 à 20 ans.

Une meilleure valorisation par la transformation ?

« Nous nous sommes un peu précipités », résume Benoît. En 2009, les usines coopératives de déshydratation du Vexin (UCDV) proposent à leurs adhérents agriculteurs de se lancer dans le miscanthus. il est destiné à être brûlé dans les chaudières de l’usine. L’UCDV fabrique des aliments pour bétail : luzerne déshydratée et pulpes de betterave surpressées. Ce projet, qui permettra de réduire la consommation de charbon de l’usine, bénéficie des fonds européens pour la restructuration de la filière betteravière. L’UE verse aux agriculteurs 1250€ par ha pour un coût d’implantation de 3 100€. En contrepartie, usine et cultivateur s’engagent pour quinze ans.

En France, la culture commerciale de miscanthus a démarré en 2006, après une dizaine d’années d’expérimentation. Mais « nous ne savons pas grand-chose de cette plante, estime Aurélie Oliviero, responsable des cultures à la coopérative UCDV. Le rendement est dur à estimer. » seule certitude: "l’herbe à éléphant" a besoin d’eau. Mais c’est une fois sèche (17% d’humidité) qu’elle sera récoltée avec une ensileuse à maïs. «Sur les meilleures terres, les rendements peuvent atteindre cinq tonnes la première année, 10 la seconde et 15 à partir de la troisième », précise Aurélie.

De son côté, Benoît craint que sa culture ne soit pas rentable cette année. Le "miscanthu- culteur" espère «une meilleure valorisation » de son produit. Brûlé dans les chaudières, il lui sera payé 75€ la tonne. Transformé en litière pour cheval, il pourra être vendu plus de 300€ la tonne par la coopérative. Ayant trouvé de la biomasse moins chère pour ses chaudières, l’UCDV vient de se lancer sur ce créneau porteur dans cette région riche en écuries. Côté environnemental, c’est sûr, le miscanthus a rempli sa mission. Reste à en tirer le bilan économique avant de transformer l’essai.

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