Le moteur de la croissance cantalienne

Propos recueillis par P. OLIVIERI

À la veille de la session de la chambre d’agriculture du Cantal, son président, Louis-François Fontant, livre sa vision de réelles perspectives pour l’élevage cantalien.

L’actualité agricole de cet été 2012 a été plutôt calme par rapport aux années précédentes. Pas de sécheresse, pas d’épizootie. La rentrée s’annonce-t-elle sous les mêmes auspices ? Louis-François Fontant, président de la Chambre d’agriculture : “Le contexte économique du moment démontre avant tout la nécessité d’une production agricole et donc de producteurs qui exercent leur métier avec un sentiment de durabilité de leur profession. La conjoncture en viande bovine apporte la preuve aujourd’hui de ce qu’on dit depuis quelques temps déjà  : à savoir qu’on manquera vite de produits dans les productions d’élevage parce que la part de l’élevage ne fait que reculer dans l’agriculture française. D’ailleurs, si la conjoncture se dégradait en viande bovine, on assisterait à un effondrement rapide de l’élevage. Les producteurs de lait sont quant à eux légitimement inquiets sur l’évolution du prix du lait dans les prochains mois mais tout démontre que rapidement, on va aussi manquer de lait. Fatalement, les cours des produits laitiers vont repartir à la hausse”.
La conjoncture, c’est aussi pour l’élevage des prix des intrants qui ont explosé depuis 2011... L.-F. F. : “Que le prix des céréales soit élevé n’a rien d’anormal. Il ne peut y avoir des prix agricoles élevés avec des prix des céréales faibles. Le prix des céréales a toujours été  le premier à évoluer. Donc il faut que l’accroissement des coûts de production que cela induit pour les éleveurs soit compensé par l’évolution de leur prix de vente. C’est d’ailleurs tout le travail de la contractualisation”.

Louis-François Fontant : “Le Cantal ne doit pas avoir peur de vouloir augmenter sa production.”

La solidarité via “les soutiens de la Pac”

L’idée avancée par Stéphane Le Foll et Orama d’une contractualisation cette fois entre céréaliers et éleveurs vous semble-t-elle pertinente ? L.-F. F. : “Il est tout à fait illusoire de vouloir bloquer le prix que ce soit de l’essence ou des céréales. Il ne peut y avoir plusieurs marchés des céréales : un pour les éleveurs, un pour les exportations, un autre pour les boulangers... On va nous dire bientôt qu’il faut bloquer le prix du blé pour contenir le prix de la baguette. Et puis, la solidarité - ou l’équilibre - entre grandes cultures et élevages, c’est à travers les niveaux de soutiens de la Pac qu’elle doit se faire”. Comment alors pallier l’impact sur les charges opérationnelles des élevages ?
L.-F. F. : “Notre solution, c’est celle qu’on défend depuis des années. Depuis que les outils de régulation de la politique agricole commune ont été cassés, on savait qu’on allait vers une volatilité des prix. La solution pour nous, c’est donc de remettre de vrais outils de régulation, qui permettent par exemple d’acheter et de faire des stocks quand les cours sont bas et de relâcher ces stocks sur le marché quand les prix sont trop élevés. De vrais systèmes de régulation et pas des outils du type marchés à terme qui ne font que participer à une inflation des prix”.
Est-ce réaliste de parler régulation alors que c’est loin d’être la tasse de thé à Bruxelles ? L.-F. F. : “Effectivement, sur la réforme de la Pac pour 2014, nous craignons deux choses :  la poursuite du démantèlement des outils de régulation du marché, mais aussi une baisse du budget. Il faudra sans doute une crise grave de l’alimentation pour que les politiques veuillent bien réintroduire des outils de régulation suffisamment puissants”.

Une “perspective de développement économique”

Lors de son discours de rentrée le 31 août axé sur la situation économique, François Hollande a mis l’agriculture en exergue comme un secteur au potentiel de croissance et d’emploi. Vous partagez, j’imagine ? L.-F. F. : “L’agriculture, c’est vraiment la perspective de développement économique, d’emploi et de croissance pour notre département. Le Cantal ne doit pas avoir peur de vouloir augmenter sa production. L’agriculture dite durable, dans le Cantal ça passe aussi par le développement de la production. Des marchés nous sont ouverts, il faudra bien trouver des producteurs de viande bovine et de lait pour les approvisionner.  Bien sûr, tout en gardant des pratiques compatibles avec le maintien de notre environnement et de paysages préservés, mais cette politique ne doit pas être une entrave au développement de la production. Tout ce qu’on entend sur l’agriculture ces derniers temps est très empreint d’un meilleur respect de l’environnement. On n’est pas contre, mais la nécessité pour nous c’est vraiment de continuer à accroître notre production. Le Cantal souffre plus de sous-production que de sur-production. L’agriculture, c’est aussi un potentiel d’emplois dans le département à travers l’installation de jeunes agriculteurs qui se poursuit à un rythme soutenu, et via les structures collectives salariées qui se développent pour répondre à une problématique d’organisation du travail sur des exploitations plus importantes”.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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