Le secteur français des viandes porte plainte contre l'Allemagne

Le secteur français des viandes dépose plainte contre l'Allemagne pour distorsions de concurrence liées à une main d'oeuvre à très bas salaire.

Le Collectif contre le dumping social en Europe, qui regroupe le secteur français des viandes, a annoncé la semaine dernière qu'il avait déposé, courant janvier, une plainte en manquement d'État contre l'Allemagne auprès de la Direction générale Emploi de la Commission européenne qui vient de l'enregistrer. Motif invoqué : les distorsions de concurrence qu'il subit, liées à l'emploi d'une main d'oeuvre à très bas salaire par les abattoirs allemands, originaire à 80 % d'Europe de l'Est. Lancé au Space de Rennes en septembre, ce Collectif est composé notamment des industries des viandes (Sniv-SNCP), de l'Union des groupements de producteurs de viande de Bretagne (UGPVB), du Comité régional porcin de Bretagne (CRP), de la Fédération nationale porcine (FNP), de Coop de France ou encore des interprofessions porcine (Inaporc) et des viandes (Interbev). Il demande solennellement à rencontrer le Premier ministre. “Nous sommes Européens, nous sommes pour la concurrence, mais nous disons que l'Allemagne ne respecte pas les règles du jeu en matière de compétition intérieure dans l'Union”, a expliqué le 2 février au siège parisien du Sniv-SNCP son directeur général, Pierre Halliez, également président du Collectif.

“Détournement de loi”

“Ces distorsions menacent des dizaines de milliers d'emplois dans notre secteur à l'amont comme à l'aval”, a-t-il poursuivi. Cet écart de compétitivité entre les deux pays touche en effet les éleveurs. Les industriels avouent qu'ils ont “fait pression sur les prix payés aux producteurs”, affectant directement les trésoreries des élevages. Juridiquement, le Collectif dénonce “un détournement de la loi allemande et communautaire” de la part du secteur allemand des viandes, “avec la connivence des autorités allemandes qui n'exercent pas de surveillance”. Selon lui, il “déguise” ses salariés polonais ou roumains en travailleurs “détachés”. Ces derniers sont normalement employés par une entreprise de prestation de service originaire de leur pays et ne disposent donc pas du traitement salarial allemand. Or cette main-d'oeuvre étrangère est en fait encadrée par du personnel allemand et constitue ainsi une main-d'oeuvre intérimaire “qui doit être rémunérée comme des travailleurs permanents allemands, conformément à deux directives communautaires sur le travail temporaire et les travailleurs détachés”, explique le Collectif. C'est l'absence de réponse de la part des pouvoirs publics français ou allemands qui a précipité la phase judiciaire. “Cette distorsion est estimée à 5 euros par porc produit et elle doit être nivelée par le haut”, estime Michel Bloc'h qui préside l'UGPVB. Elle intervient de plus à un moment où le secteur français des viandes connaît une situation économique difficile. Il ne bénéficie pas pour l'instant du soutien politique de la France sur cette plainte. La préservation de l'axe franco-allemand en cette année décisive pour la réforme de la Pac pourrait bien l'expliquer.

 

Perte de marchés

Le directeur général du groupe coopératif porcin Cooperl Arc Atlantique, Emmanuel Commault, explique également que dans le secteur industriel français “le coût du travail est trois fois plus cher qu'outre-Rhin”. Résultat, l'Allemagne investit davantage dans ses abattoirs et peut payer les porcs plus chers aux producteurs et accroît surtout ses exportations de viandes porcines fraîches vers la France, un phénomène nouveau.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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Source L'Union du Cantal

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