Le soleil : Pour construire des bâtiments

Arnaud Carpon

Le soleil : Pour construire des bâtiments

Vincent Lecuret fait partie des 140 associés d'Agri-Solaire 21, un projet collectif visant à financer la construction d'une centaine de bâtiments, grâce à l'installation et l'exploitation de panneaux photovoltaïques.

C'est un constat de longue date dans le département. Les éleveurs manquent de capacité de stockage pour le fourrage. Les producteurs de grandes cultures ont le même problème pour abriter leurs matériels et stocker leurs grains.» Lui-même céréalier sur la commune de Lux (Côte-d'Or), Vincent Lecuret doit faire avec les moyens du bord. Compte tenu de la conjoncture actuelle et de la trésorerie très tendue, difficile de trouver le financement pour construire un nouveau bâtiment. Vice-président des JA de Côte-d'Or et des JA de Bourticipe au printemps 2009 à une réflexion conduite par la Chambre d'agriculture du département, afin de proposer aux agriculteurs des moyens de construire des bâtiments à moindre coût. « Nous nous sommes alors intéressés à la couverture en panneaux photovoltaïques et à l'utilisation de l'énergie solaire comme source de financement.»

20 % à la charge des agriculteurs

Au cours de la réflexion, Sylvain Anus, un autre JA, entend parler d'un projet similaire déjà en cours dans la Vienne. « Nous avons contacté les responsables de ce projet pour avoir plus de détails», explique Vincent. La Chambre d'agriculture réalise alors une première étude sur l'ensoleillement du département et la rentabilité potentielle. Une première réunion d'information est organisée en juin 2009 pour expliquer le projet : financer la construction de bâtiments agricoles grâce à la revente de l'énergie captée par des panneaux photovoltaïques. « Une centaine de personnes s'est montrée intéressée par le projet, aussi bien pour installer des panneaux photovoltaïques sur des structures existantes que pour financer de nouveaux bâtiments.

Cela allait au-delà de nos espérances. » Mais déjà, une contrainte s'invite au projet. « Dès le début de l'été, on nous a informés de la volonté du ministère de l'Ecologie de réviser à la baisse le tarif de rachat de l'électricité.» La baisse de tarif évoquée pénaliserait grandement la rentabilité du projet. Un mois après la première réunion, une seconde est organisée pour présenter plus précisément le projet. En concertation avec les porteurs du projet de la Vienne, Vincent et ses nombreux collègues impliqués font le choix de créer une société par action simplifiée (SAS). « Pour rejoindre la structure, chaque agriculteur doit faire un apport de 500 €. Que ce soit pour installer des panneaux sur un bâtiment existant ou pour en édifier un nouveau, chaque agriculteur devra prendre en charge le financement de 20 % de l'investissement total. La société financera par emprunts les 80 % restants, a-t-il expliqué aux intéressés. Les recettes dégagées par la revente de l'électricité à EDF couvriront les annuités d'emprunts, les charges d'entretien et les loyers reversés aux agriculteurs, au prorata de leur surface de panneaux photovoltaïques. » Au 1er septembre 2009, 140 agriculteurs s'engagent définitivement dans la société.

Economies d'échelle

Les agriculteurs associés ont constitué un conseil d'administration de 16 membres. Très impliqué dans la phase préparatoire au projet, Vincent prend la présidence de la structure. «Nous avons alors mis en place des groupes de travail.» Un premier groupe a étudié la partie «panneaux» du projet. Etude de l'inclinaison optimale des bâtiments à construire, définition de critères d'orientation pour les bâtiments existants… Toutes les données sont passées en revue avant de lancer un appel d'offres pour la fourniture des panneaux. «Sur les sept constructeurs sollicités, nous en avons gardé un seul, précise Vincent. En passant commande d'un grand nombre de panneaux, nous souhaitons obtenir le meilleur prix.»

En parallèle, un second groupe a étudié les structures de bâtiments qui s'adapteraient le mieux à la récupération de l'énergie solaire. Face aux demandes nombreuses des associés, le groupe s'est focalisé sur un seul objectif : sélectionner des plans de bâtiments à la fois adaptés à l'activité agricole et offrant une grande surface recouvrable par des panneaux photovoltaïques. Pour satisfaire au plus grand nombre, six types de bâtiments sont finalement sélectionnés, de la structure monopente au plan double bipente avec des travées de 5 à 7,5 m. «Nous avons alors lancé un appel d'offres auprès d'une douzaine de constructeurs de bâtiments. Sept d'entre eux nous ont répondu. »

Les associés se sont bien gardé d'en choisir un ou plusieurs de manière définitive. Craignant une hausse significative de l'acier, tous les constructeurs en question garantissent leurs prix pendant deux mois dans le meilleur des cas, voire moins longtemps. «Nous ne pouvons pas nous permettre de nous engager vers un constructeur sans savoir quel sera le coût du bâtiment au moment où nous demanderons sa construction», insiste Vincent. C'est pourquoi tous les six mois, la société remettra les constructeurs en concurrence.

Deux ans pour construire 160 bâtiments

Pour éviter d'avoir à traiter de trop petits projets de construction, la société s'est fixée une surface minimale : les bâtiments existants sur lesquels les sociétaires souhaitent installer des panneaux doivent offrir au moins 300 m² de surface recouvrable orientée au Sud. Quant aux bâtiments neufs, 500m² de panneaux devront pouvoir être installés. «Evidemment, les agriculteurs doivent être propriétaires du terrain dans le cas d'une construction neuve, ou du bâtiment dans le cas d'une adaptation.» En moins de deux mois, 160 dossiers de permis de construire sont réalisés pour les sociétaires.

«Ce fut une course contre la montre, se souvient Vincent. Pour les bâtiments existants, une déclaration de travaux à la mairie a suffi. Nous nous sommes chargés de la demande d'obligation d'achat auprès d'EDF et de la demande de raccordement auprès d'ERDF.» Pour la construction de bâtiments neufs, il fallait obtenir le récépissé de dépôt de permis de construire avant le 31 décembre 2009. «Nous avons réussi à tenir ce délai, sans quoi notre projet, avec la baisse des tarifs de rachat de l'électricité, n'aurait pu être poursuivi.» Après cette première étape, Vincent et les associés de la SAS Agri-Solaire 21 doivent encore courir après le temps et entamer la partie la plus dure du projet : négocier avec les banques. A titre individuel, chaque sociétaire doit financer 20 % de son investissement. La société, quant à elle, doit emprunter les 80 % restants, soit 72 M€. «Il faut faire vite. Selon l'ancienne réglementation sur l'énergie photovoltaïque, tous les bâtiments devront être construits dans les trois ans de l'obtention de l'obligation de rachat par EDF.» Une fois le financement trouvé, les associés se donnent 24 mois pour construire les 160 bâtiments que compte le projet.

 

- Les agriculteurs se dégagent de tous les aspects administratifs,

- Ils ne financent directement que 20 % de leur investissement total,

- Outre les futurs dividendes que la société pourra reverser d'ici cinq ans, les sociétaires perçoivent un loyer annuel au prorata de leur surface en panneaux photovoltaïques,

- Ils bénéficient, via la société, de coûts mutualisés de raccordement au réseau EDF et d'économies d'échelle quant au coût de la construction.

- Les sociétaires s'engagent pour une période minimale de vingt ans correspondant à la durée garantie de rachat de l'électricité par EDF.

 

Source Ja Mag

Publié par Arnaud Carpon

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