Le soutien de l'agriculteur à ses filières : La somme des intérêts particuliers ne fait pas forcément l'intérêt général

Bénédicte Boissier

Le soutien de l'agriculteur à ses filières : La somme des intérêts particuliers ne fait pas forcément l'intérêt général

Pierre Pagesse Président du groupe Limagrain demande aux agriculteurs du Puy-de-Dôme, de continuer à approvisionner tous les outils locaux de leurs filières. Pour lui la grande instabilité des prix agricoles devrait inciter les agriculteurs à soutenir leurs filières et leurs outils agro industriels, socle de la pérennité de leurs exploitations.

Optimiser l'approvisionnement

Pierre Pagesse commente l'actualité et le comportement de certains agriculteurs face aux DPU, à la PAC… « Nous ne sommes pas là pour jeter la pierre à ceux qui veulent saisir l'occasion de la hausse des cours des céréales pour rétablir une situation mise à mal par des années de prix bas. Mais l'instabilité des prix agricoles, qui aujourd'hui n'épargne plus l'UE (conséquence du démantèlement de la PAC), nous oblige à regarder à moyen-long terme les équilibres de production à respecte, afin d'optimiser l'approvisionnement de nos propres outils ». Pour Pierre Pagesse, « la somme des intérêts particuliers à l'instant T ne fait pas forcément l'intérêt général à moyen terme ».

Des outils indispensables

Le président du groupe Limagrain le souligne haut et fort : « le revenu du paysan passe par une vision globale de l'optimisation de nos outils, qui, si on les supprime, ne pourront être reconstruits. »
Responsable au sein de différentes instances syndicales et professionnelles d'aussi loin qu'il s'en souvienne, Pierre Pagesse comprend la nécessité d'optimiser les revenus et les assolements. Mais il tire fortement la sonnette d'alarme : « La PAC ne jouant plus son rôle de stabilisateur des marchés, l'équilibre des productions peut changer d'une année à l'autre. On court alors le risque de ne pouvoir approvisionner régulièrement nos outils, avec pour conséquence la fermeture d'usines qu'on ne pourrait pas rouvrir lorsque la tendance s'inversera ». Pour Pierre Pagesse, elle peut s'inverser rapidement ! Ce serait une lourde perte pour la génération d'aujourd'hui et celle de demain. « N'oublions pas que nos outils, au delà de la valeur ajoutée, apportent d'abord une sécurité des débouchés. Pour moi, cette sécurité à long terme nécessite de travailler dans le cadre des filières qui ont jusqu'ici assuré nos revenus et permis d'avoir en Limagne une forte densité d'exploitations ».

 

Alimenter les outils

En concertation avec les présidents de Domagri et de Bourdon, il a été décidé de « jouer la complémentarité pour les surfaces ». Il existe en s'organisant, de la place pour tout le monde. Ainsi l'augmentation des surfaces de maïs semences ne doit pas se faire au détriment des surfaces de betteraves de la sucrerie. « Je suis d'abord un responsable agricole conscient que la Limagne a besoin de la valeur ajoutée qu'apporte la sucrerie, qu'il ne faut pas déstabiliser un outil dont la rentabilité – comme tous les outils agroindustriels – dépend d'un approvisionnement régulier. Sinon la production de betteraves partirait de Limagne, et les revenus avec » !

 

Des outils efficaces et stables

« Notre région a des atouts et des handicaps structurels, liés notamment à notre position géographique. Parmi les atouts nous avons ces entreprises qui valorisent la production des paysans que nous sommes. » Le président de Limagrain cite des exemples : la maïserie, qui offre un débouché aux maïs en réduisant les coûts d'acheminement ; ULICE, bâti pour valoriser les céréales via la création de variétés réservées aux adhérents et les filières blé meunier, qui bénéficient de la présence de Jacquet et de la Gerbe d'Or, clients de SMC…. Avec en toile de fond la volonté d'aller le plus loin possible dans l'élaboration du projet dès les prochaines semaines, en concertation avec Domagri et Bourdon.
« Globalement les agriculteurs nous font confiance. Nous avons en effet géré avec une vision à long terme, avec le souci de pérenniser les outils et le revenu des agriculteurs, autant que faire se peut. Nous voulons optimiser l'utilisation de nos outils industriels, et les emplois qui leur sont liés, en offrant des contrats correspondant à une gestion durable des productions de nos adhérents ».

 

Terres agricoles en danger

Pierre Pagesse s'inquiète par ailleurs de la disparition de terres agricoles au nord-est de Clermont-Ferrand. « On fait comme si la bonne terre n'était pas un bien rare, qu'elle était inépuisable. Pourtant si elle perd sa destination agricole c'est une perte irréversible. Nous devrions être plus économes de cet espace. Tout gaspillage se paie un jour. Réduire les surfaces des terres agricoles, c'est handicaper les générations futures. Nous veillerons donc à obtenir dans notre région, un schéma d'aménagement (SCOT) qui respecte le potentiel de l'agriculture. »

Source Chambre d'Agriculture du Puy-de-Dôme

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