Les chenilles investissent les champs !

Catherine Perrot

Chaque chenille offre 2 m2 de contact avec le sol. Le risque de créer des ornières est donc réduit. Mais le chauffeur doit aussi veiller, dans sa conduite, à faire le moins possible de va-et-vient.
Chaque chenille offre 2 m2 de contact avec le sol. Le risque de créer des ornières est donc réduit. Mais le chauffeur doit aussi veiller, dans sa conduite, à faire le moins possible de va-et-vient.

 L’état actuel de nombreuses terres empêche de récolter les maïs, sans risquer d’abîmer durablement la structure du sol. Du coup, les récoltes avec engins à chenilles se multiplient !

«On est habitués à avoir de la pluie, mais plutôt en fin de saison. Là, il fallait trouver une solution ! » Face au retard pris par les chantiers de récolte (du maïs en particulier), et à l’état des terres détrempées par la pluie, Bertrand Robert, de l’entreprise Soreta de Pannecé, s’est décidé : il y a une quinzaine de jours, il a acheté une paire de chenilles caoutchouc pour sa moissonneuse. Un sacré investissement ! Neuve, une paire de chenilles coûte près de 50 000 euros. « Mais j’ai eu la chance de pouvoir en acheter d’occasion à un agriculteur », confie-t-il.
Tout le monde n’aura pas eu cette opportunité ! En ce moment, de nombreuses entreprises cherchent à s’équiper de chenilles. Et les prix grimpent ! Comme le souligne Freddy Bodin, le délégué régional des Entrepreneurs des territoires des Pays de la Loire, « c’est la loi de l’offre et de la demande ! En ce moment, tout le monde en veut ! Et du coup, il faut désormais les faire venir des USA, car c’est là-bas que se trouvent les stocks ! »
La Cuma de Saint-Philbert de Grandlieu, quant à elle, était déjà équipée de chenilles caoutchouc depuis 2008. Mais face à l’afflux des demandes de ses adhérents, elle vient d’en acheter une deuxième paire ! Elle est donc désormais propriétaire de deux moissonneuses à chenilles, qui d’ailleurs ont travaillé de concert le 24 octobre sur un même chantier. La Cuma de Machecoul réfléchirait quant à elle à remettre en service ses chenilles en fer… mais contrairement aux chenilles en caoutchouc, celles-ci ne peuvent pas rouler sur la route ! Il donc faut un porte-char, ce qui complique un peu plus les chantiers.

Surcoût inévitable

Mais de toute façon, un chantier avec des machines à chenilles « engendre nécessairement un surcoût », prévient Freddy Bodin. Il faut bien sûr rentabiliser l’achat des chenilles, mais également comptabiliser un temps de récolte allongé d’environ 10 %, ainsi qu’une circulation sur la route réduite de 30 % environ (la machine à chenilles ne roule qu’à 23 km/h).
Malgré cela, les demandes affluent. Ainsi, chez Soreta, après une demi-journée de montage, la moissonneuse équipée de chenilles à l’avant, et de roues motrices à l’arrière, a pu entamer ses chantiers de récolte. Parmi les premières parcelles récoltées : un champ de maïs grain, appartenant à l’EARL des sables à Pannecé, une exploitation agricole en productions végétales et veaux de boucherie.
Les agriculteurs disposent de leur propre moissonneuse et avaient commencé à récolter eux-mêmes leur maïs. Mais devant les traces laissées par les roues, ils ont préféré faire appel à une ETA. « On passe des années à préserver la structure de nos sols, et là, en une journée, on pouvait tout ruiner ! », remarque Denis Beauregard, l’un des associés.
Le maïs récolté n’est pas très abondant, « c’est une petite année, on aura dans les 80 quintaux », et est encore assez humide, entre 34 et 36 % ; mais malgré tout, l’agriculteur se montre satisfait du travail réalisé dans sa parcelle : « Il n’y a pas d’ornières, c’est impeccable ! ». Chaque chenille offre en effet 2 m2 de surface de contact avec le sol : la pression sur les terres est donc bien moindre qu’avec des roues ! Denis Beauregard se pose cependant encore une question : sur ces terres récoltées tardivement, il devrait à présent déchaumer et faire un mulch pour passer l’hiver. « Mais ça n’est pas possible pour l’instant ! »
En cette fin octobre pluvieuse, les ETA et Cuma équipés de machines à chenilles, ainsi que ceux qui ont des machines à caissons qui évitent aux remorques de devoir rentrer dans les parcelles travaillent donc « à fond la caisse ». Et vont sans doute faire jouer l’entraide, en travaillant en dehors de leurs périmètres et de leurs clients habituels, « en essayant de regrouper les chantiers » pour optimiser les coûts de déplacement.

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