Les Clés pour Comprendre : le stress chez les agriculteurs

YASSINE Kévin, élève ingénieur de l’AgroParisTech en 1ère année

 Les Clés pour Comprendre : le stress chez les agriculteurs

Le stress en agriculture est un phénomène de plus en plus préoccupant. Certaines pressions associées aux nouvelles normes environnementales et économiques peuvent conduire à l'isolement et l'insécurité économique de l'agriculteur. Explications de François-Régis LENOIR, agriculteur en Champagne Ardenne et docteur en psychologie social.

Qu'avez-vous tiré des études que vous avez réalisées sur ce sujet ?

Depuis que j'ai axé mes études sur ce phénomène en 2002, j'ai observé que celui-ci est lié à trois principaux facteurs : l'économie et la dégradation de certaines filières en difficulté, le socio- relationnel et le problème du célibat et de l'isolement, et le trans-générationnel et le "poids des générations".

Quelles tranches d’âge sont les plus susceptibles au stress en agriculture ?

Il y a deux tranches d'âge concernées : une de 45 à 55 ans, dans laquelle les agriculteurs ont du mal à prendre le train des changements, et une de 25 à 30 ans, ou l'on voit des agriculteurs qui reprennent l'exploitation familiale de manière systématique et qui se retrouvent sous pression après quelques années.

Y a-t-il des productions et des filières particulièrement stressantes ?

Non, le métier est en lui-même stressant, il y a peu de temps de récupération et c'est un travail qui peut s'avérer pénible. De plus, on observe une dépendance au travail des agriculteurs, qui peut mener à une réelle obsession.

Avez-vous des données à communiquer sur ce phénomène ?

Je n'ai pas de chiffres exacts mais il a été remarqué dans une étude récente que plus de 20% des éleveurs sont sujets à un stress très élevé. Cela se traduit par des difficultés au quotidien et des pensées suicidaires parfois.

Y a-t-il des zones géographiques plus touchées que d’autres ?

Depuis l'Ouest du Nord-Pas-de-Calais jusqu'à Bordeaux on dénombre plus de suicides que dans d'autres zones, mais en fait ce n'est pas vraiment lié à la géographie du milieu mais plus aux aspects sociaux inhérents au lieu. Par exemple, dans certaines régions la solidarité paysanne sera plus développée et il y aura moins de suicides.

Il faut savoir que dans de nombreux cas le facteur principal de suicide est une mauvaise entente avec le voisinage, qui, rappelons-le, peut se résumer à une seule personne pour un agriculteur.

Les réformes de la PAC sont-elles des sources supplémentaires de stress ?

Oui mais pas à cause de la réforme en elle-même, plus à cause du manque de visibilité à long terme.

L'Etat doit-il mettre en place une politique plus ambitieuse pour les agriculteurs ?

Premièrement il y aurait de nombreux travaux à réaliser du point de vue de la formation des agriculteurs, de leur appréhension des difficultés. Ensuite, on observe que les espaces agricoles associés à des valorisations type AOC s'en sortent beaucoup mieux que les autres. Il y aurait tout un travail de valorisation du travail de l'agriculteur à faire.

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Commentaires 1

tournesol

le stress inhérent à la profession agricole, (mais aussi à d'autres professions) peut franchir un seuil innacceptable quand viennent se rajouter des problématiques de création de nouvelles infrastructures (routières chez nous) où les tracés ignorent totalement les enjeux agricoles et entrainent en plus, aujourd'hui des surenchères de compensation dites écologiques qui amputent encore le potentiel agricole de la région (près de VICHY c'est 15 ans de développement agricole perturbé, sans compter les pertes de valeur des biens privés de ces mêmes agriculteurs. vivement le classement des agriculteurs comme "espèce protégèe")

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