Les élevages porcins se battent pour leur survie

Catherine Perrot

Joël Limouzin, président de la FRSEA des Pays de la Loire, s’insurge contre l’attitude de certaines administrations vis-à-vis des dossiers déposés par les éleveurs porcins.
Joël Limouzin, président de la FRSEA des Pays de la Loire, s’insurge contre l’attitude de certaines administrations vis-à-vis des dossiers déposés par les éleveurs porcins.

Le 3 novembre dernier, le comité régional porcin des Pays de la Loire a invité plusieurs représentants de l’État dans une exploitation porcine pour leur faire part de la situation critique que vit la filière porcine régionale.

La crise : voilà un mot que les frères Rupaud, éleveurs de porcs à Ligné, ne connaissent que trop. Même si les cours de la viande de porc se raffermissent depuis quelques semaines, quelque quatre années de déficit ont laissé des trous dans la trésorerie et ont rudement éprouvé leur moral.
Difficile, dans ces conditions, de se pencher sur de nouveaux projets, de nouveaux investissements et de souscrire encore des crédits. Pas sûr d’ailleurs, que le banquier accepte de les suivre ! Et pourtant, les frères Rupaud, comme tous les éleveurs de porcs, sont sommés de mettre leur élevage aux normes européennes « bien-être » pour le logement de leurs truies gestantes, d’ici au 1er janvier 2013.
De plus, s’ils parviennent à engager les travaux, les deux associés risquent de devoir réaménager leurs installations, réorganiser leur façon de travailler, construire de nouveaux bâtiments… Le spectre de l’enquête publique, liée à la réglementation sur les installations classées, se profile alors. Mais les frères Rupaud ont déjà donné : ils n’ont pas envie de revivre cette épreuve !

Parmi tant d’autres

Parmi tant d’autres
Les frères Rupaud sont loin d’être une exception : ils sont même représentatifs de la majorité des élevages porcins de la région(1). C’est pourquoi, le 3 novembre dernier, le comité régional porcin des Pays de la Loire a invité plusieurs représentants de l’État dans cette exploitation, pour leur faire part de la situation critique que vit la filière porcine régionale.
La conseillère agricole du Premier ministre, Caroline Le Poultier, le préfet de région, Jean Daubigny, le Draaf, Vincent Favrichon, ainsi que les deux directeurs départementaux, des territoires et de la mer, et de la sécurité des populations, Marc Jacquet et Hervé Knockaert, se sont rendus à leur invitation.
Éleveurs, techniciens et responsables agricoles ont pris la parole pour leur redire dans quelle situation critique se trouve aujourd’hui la filière porcine. La situation financière des élevages de la région a notamment été présentée par le CER France : en 2010, un élevage porcin sur deux ne faisait pas face à son prix de revient. Et on estime aujourd’hui que 27 % des élevages sont en situation « fragile » et même 10 % sont « proches du dépôt de bilan ».
Pourtant, les responsables du comité régional porcin, leur président Jacques Lemaitre en tête, continuent de croire que la production porcine peut avoir un avenir, compte tenu de son importance économique et alimentaire. Plus généralement, pour celui qui est aussi le président de la chambre d’agriculture de Loire-Atlantique, l’alimentation, vu son importance stratégique dans un monde à 7 milliards d’individus, mériterait, au moins autant que l’environnement, qu’on lui consacre un « Grenelle ».
Le message aura au moins été entendu. Caroline Le Poultier a notamment redit que le Gouvernement se situait dans la même logique de vouloir garder une production agricole et alimentaire forte en France. Elle a rappelé l’existence d’outils d’aides à la modernisation des élevages porcins et l’instauration d’un décret en janvier dernier apportant quelques facilités aux procédures de regroupement d’exploitations. Mais elle a réaffirmé que la date du 1er janvier 2013 pour la mise aux normes bien-être des truies ne pourrait pas être repoussée.

(1) En Pays de la Loire, on estime que seulement 47 % des élevages sont aux normes « bien-être » en 2011.

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