Les élus se forment aux problématiques de l'eau

Sandrine Bossière

Les élus se forment aux problématiques de l'eau
Jean-Marie Delamare, maire de Fourneville (Calvados), a souhaité se former aux problématiques de l'eau pour être mieux armé face aux délégataires et aux décisions d'investissements qu'il doit prendre. - © SB

Une nouvelle classe d'eau vient de débuter le 29 avril dernier dans la Manche à destination des élus, organisée par le CDFA. Dans le Calvados, les maires ou président de syndicat d'eau ont pris l'habitude de se former. Rencontre avec Jean-Marie Delamare, maire de Fourneville (14).

Cinq jours de formation sont proposés par le CDFA (Comité départemental de formation agricole et rurale) agréé par le ministère de l'Intérieur pour dispenser de la formation aux élus des collectivités territoriales. Au cours de cette session, avec le concours de l'Agence de l'eau, et de divers intervenants, les élus abordent les problématiques liées à l'eau. L'aspect réglementaire, le cadre institutionnel, les responsabilités, le mode de gestion de l'eau potable, l'urbanisation, l'assainissement, ou encore les risques de submersion marine... sont autant de sujets évoqués au cours de cette formation, jugée “intéressante” par Jean-Marie Delamare, maire de Fourneville et président du Syndicat intercommunal de production et distribution d'eau potable des sources de Cresseveuille.
Prendre le temps de se former 
Depuis mars 2014, il est à la tête de ce syndicat qui gère plus de 6 600 abonnés dont ceux de la ville de Honfleur. S'il s'est toujours intéressé au sujet de l'eau, ses nouvelles responsabilités l'ont conduit à se former davantage pour pouvoir échanger d'égal à égal avec les partenaires et société délégataire. L'aspect technique, financier et administratif n'est pas toujours simple à comprendre pour l'usager. “Il a toujours l'impression que le prix de l'eau est cher. A juste titre ou pas. Mais c'est vrai qu'il faut parfois être comptable pour comprendre la facture et trouver le prix du m3” reconnaît l'élu.

Il ne suffit pas de se contenter d'ouvrir le robinet pour avoir de l'eau, il faut comprendre toute la chaîne de production et de distribution pour mieux communiquer. “Il faut passer par la formation” assure l'élu. “C'est le meilleur moyen pour rencontrer tous les organismes qui gravitent autour du domaine de l'eau. Et ils sont nombreux” poursuit-il.

Monter en compétences
Au cours de ces cinq jours de formation qui allient toujours théorie et visite de terrain, Jean-Marie Delamare en ressort enrichi. “Nous avons évoqué tout ce qui concerne la politique de l'eau, l'aspect environnemental, les périmètres, le bassin de captage. Mais aussi le fleuve, les barrages, les conséquences sur la circulation des poissons, les cours d'eau... Ce sont des sujets passionnants” assure l'élu. Ce dernier est convaincu qu'il faut “monter en compétences pour pouvoir comprendre, discuter, argumenter avec les délégataires”. Des compétences pour les agents administratifs ou techniques mais aussi pour les élus. “Il ne faut pas qu'on soit à la traîne. Il faut être capable de savoir ce qu'on peut demander, ce qu'on peut négocier, ou imposer”. Et au niveau de son Syndicat, la renégociation viendra assez rapidement puisque les contrats arrivent à échéance en 2018.

Intéresser les élus
La formation permet d'acquérir de nouvelles notions. Jean-Marie Delamare en est convaincu. Pour lui, “c'est une occasion d'impliquer de nouveaux élus. Si on ne les intéresse pas en leur transmettant les informations, en communiquant, nous aurons des difficultés à constituer les conseils municipaux. Nous sommes des courroies de transmission” insiste-t-il. Et ce n'est pas le coût de la formation qui impute les finances. “Nous avons tous un budget à gérer. Mais à 150 euros les cinq jours, c'est réalisable” note le maire. Auparavant, souvent les agriculteurs siégeaient dans les syndicats d'eau. “Ils étaient bien représentés. Aujourd'hui, ils sont moins nombreux” constate-t-il. Pour autant, l'eau est un sujet qui doit intéresser tout le monde. “Il n'est pas question de les pointer du doigt. Ce qui était le cas il y a quelques années. Mais aujourd'hui, ils subissent une réglementation drastique. Et si certains pesticides sont retrouvés çà et là, ce n'est pas de leur faute, mais de leurs prédécesseurs”.
 
De la salle au terrain
Chaque journée de formation se termine par une illustration sur le terrain. “Nous sommes allés à Saint-André-sur-Orne voir une passe à poisson. On avait l'impression que dans cette rivière, il ne se passait rien. Ce n'est pas le cas. Il y a bien des poissons. Les installations permettent de calculer le nombre de poissons, leur taille... C'est impressionnant” raconte l'élu. Quant au château d'eau visité, seule la chloration était nécessaire “alors que chez nous, nous des avons des traitements plus importants” vu la situation de la source.
Les échanges avec les intervenants ou entre élus sont toujours riches d'enseignements. “Cela suscite parfois des interrogations. Certes, l'eau est très surveillée par les analyses effectuées. Mais nous ne sommes pas forcément préparés aux gestions de crise, comme les conséquences d'une coupure d'électricité. Là, nous avons eu des réponses, et nous pouvons mieux réagir en fonction de nos installations. C'est rassurant. Quand on connaît les choses, on évite d'aller dans le mur”.

Autre interrogation qui a suscité un débat : faut-il couper l'eau à une personne qui ne paie pas ? Si l'intervenant répondait pas la négative, Jean-Marie Delamare ne partageait pas son point de vue. Aujourd'hui, la question est loin d'être tranchée, le Sénat et l'Assemblée nationale se relançant la balle.

Le sujet de l'eau est vaste. Jean-Marie Delamare prend le dossier à bras le corps parce qu'il ne faut pas s'endormir dessus. Bien au contraire. Et la formation est sans aucun doute un moyen d'acquérir de nouvelles compétences pour négocier.

Source l'Agriculteur Normand

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