Les femmes de plus en plus nombreuses en agriculture mais...

Les femmes de plus en plus nombreuses en agriculture mais...
Les femmes s'installent principalement en maraîchage, horticulture, viticulture et en production ovins-caprins..

L’agriculture, traditionnellement considérée comme un métier d’homme, est-elle en train de se féminiser ? A l’occasion de la Journée de la femme, le Centre d’études et de prospectives du ministère de l’Agriculture essaye de répondre à cette question.

Un premier constat s’impose : il y a de plus en plus de femmes à la tête des exploitations agricoles. La part de femmes chefs d’exploitation ou coexploitantes est en effet passée de 8 % en 1970 à 27 % en 2010. Toutefois, dans cette catégorie, les femmes sont beaucoup plus fréquemment coexploitantes que chefs d’exploitation. Par ailleurs, les femmes représentent la moitié de l’aide familiale, ainsi qu’un quart des salariés permanents (contre 10 % en 1970).

Des chiffres qui  traduisent d’abord une évolution des statuts qui rend le travail féminin aujourd’hui plus « visible ».  C’est la création, en 1985, des Exploitations agricoles à responsabilité limitée (EARL) autorisant, contrairement aux GAEC, les époux à être les seuls associés, qui a été déterminante. Le statut de « conjoint collaborateur » (1999) a permis également une reconnaissance professionnelle du travail des femmes et une amélioration de leur protection sociale. Ce statut, accessible depuis 2005 sans autorisation préalable du chef d’exploitation et étendu aux personnes pacsées, a permis de réduire le nombre de conjointes travaillant sur l’exploitation sans statut.

60% des femmes ont plus de 50 ans

Parmi les femmes qui sont à la tête d’exploitations agricoles, beaucoup ont en réalité succédé à leur mari au moment du départ à la retraite de celui-ci. Ceci explique que près de 60 % des femmes chefs d’exploitation et coexploitantes aient plus de 50 ans, et que l’âge moyen des exploitants soit plus élevé (53,2) que chez les hommes (49,2).

La grande majorité des agricultrices accède encore au métier par le mariage : parmi les femmes installées en 2006 ou 2007, 82 % étaient des conjointes du précédent chef de l’exploitation et 13 % en étaient des parentes.

24 % des installations des moins de 40 ans sont des femmes

En 2010, 945 exploitantes de moins de 40 ans se sont installées, ce qui représente 24 % des installations des moins de 40 ans. Parmi elles, seulement 28 % ont bénéficié de la DJA, alors que c’était le cas de 39 % des hommes installés du même âge. Ceci s’explique en partie par le fait que ces femmes s’installent sur des surfaces plus petites que les hommes : 36 ha en moyenne contre 62 ha, or l’obtention de la DJA est conditionnée à une surface minimale du projet d’installation. Elles ont également moins souvent suivi une formation agricole, même si elles sont beaucoup plus diplômées du supérieur que leurs homologues masculins.

L’étude  note une «féminisation» plus élevée dans les exploitations avec ovins, caprins et autres herbivores ainsi que dans celles spécialisées en maraîchage et horticulture et en viticulture.

Des inégalités persistent

« Toutefois, l’accès des femmes au secteur agricole n’est pas aisé, et elles rencontrent encore davantage d’obstacles que les hommes, notamment pour s’installer », conclut l’étude ». Les principales inégalités se retrouvent lors de l’installation dans l’accès au foncier, ainsi qu’aux capitaux nécessaires.

Les différents mécanismes d’accès aux moyens de production restent en effet  défavorables aux femmes qui possèdent moins de biens fonciers en propre. Le marché du foncier reste plus accessible aux hommes et la préférence des propriétaires fonciers et des cédants va vers des acquéreurs masculins.

L’accès aux prêts bancaires n’est pas non plus chose aisée pour les femmes, d’autant qu’elles manquent de ressources propres.  « L’effort à fournir pour convaincre les banquiers est important car ces derniers émettent souvent des réserves sur la viabilité et la pérennité des projets d’installation ».  Autre conclusion de cette étude : la plupart du temps, les femmes, quand elles ne sont pas les épouses des agriculteurs, sont assez mal accueillies dans les métiers de l’agriculture.

Et à l’avenir ?

Il existe peu de travaux de prévisions sur le nombre ou la part des femmes dans l’agriculture. Si François Lefebvre du CNASEA anticipe une part des femmes qui atteindrait un tiers des chefs d’exploitation à l’horizon 2020, la mutualité sociale agricole (MSA) prévoit au contraire une part stable ou en baisse, du fait de la diminution des transferts entre époux au moment des départs à la retraite.

De plus, certaines tendances lourdes de l’évolution de l’agriculture française ne sont pas favorables aux femmes : la tendance à l’agrandissement des structures de production leur rend plus difficile l’accès au foncier. De même, la mécanisation croissante exige des niveaux d’investissements de plus en plus élevés, alors que les femmes disposent de moins de capitaux et peuvent moins facilement en emprunter.

Le projet de réforme de la Politique agricole commune d’après 2013, instaurant un paiement progressivement harmonisé à l’hectare, pénaliserait également les exploitantes installées majoritairement sur des surfaces plus petites que les hommes.

En revanche, les mesures en faveur des circuits courts, de la diversification, du tourisme rural, pourraient profiter aux femmes.

Source Etude "Les femmes dans le monde agricole", ministère de l'Agriculture.

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