Les hommes changent, les idées et la détermination restent intactes

Sophie Chatenet-Giraud

À 43 ans, Patrick Bénézit vient d’être élu à la présidence de la FRSEA Massif central avec la ferme intention de s’inscrire dans les pas de son prédécesseur, Jacques Chazalet.

Ils se connaissent depuis… dix, douze ans, ils ne savent plus exactement. Qu’importe le nombre des années. L’essentiel est ailleurs. Dans le présent, dans les projets à mener à bien et dans ceux qui restent à accomplir. Patrick Bénézit et Jacques Chazalet se sont passés le relais, il y a peu, pour présider aux destinées de la FRSEA Massif central. Issus tous les deux d’une famille d’agriculteurs, ils ont goûté au syndicalisme en rejoignant les bancs des Jeunes Agriculteurs, du CCJA à l’époque. Jacques du côté de Celles-sur-Durolle (63) où le jeune homme venu de la Drôme a profondément adhéré aux idées de l’un de ses voisins, un certain Michel Debatisse. Patrick a lui été bercé par le discours du Cantalien Michel Teyssedou, quand il a rejoint le CCJA de son canton de Pierrefort avant de devenir secrétaire général du CDJA du Cantal dans les années 1990. “On est forcément marqué par des gens”, confient les deux agriculteurs. Marqué par des gens et par cette idée que le syndicalisme permet d’obtenir des résultats “en prenant les attentes du terrain, dans la diversité des productions et des territoires, en les fédérant et en les portant au niveau du centre de décision”.  C’est nourris de cette conviction que les deux hommes ont porté, avec d’autres, le combat du bilan de santé de la Pac en 2009, puis celui de la réforme de la Pac 2014-2020. Jacques Chazalet, à la tête de la FRSEA Massif central, et Patrick Bénézit, en tant que chef de file du Berceau des races à viande(1). C’est forte d’une union et d’un projet partagé par l’ensemble des présidents des Chambres d’agriculture, des FDSEA-UDSEA et JA du Massif central (Copamac-Sidam), que la grande région a su faire entendre sa voix.

“Minoritaires chez les majoritaires”

“On a bâti un lobbying Massif central, et si je reprends les affaires c’est pour que ce lobbying puisse continuer demain”, insiste Patrick Bénézit. En militant pour une forte revalorisation des indemnités compensatoires de handicaps naturels (ICHN), dont va bénéficier dès cette année l’ensemble du Massif central, et pour un renforcement des soutiens en faveur des productions fragiles, la région s’est quelques fois heurtée à des réticences. “Même si nous avons parfois été considérés comme les enfants turbulents de la FNSEA, nous estimons qu’il est normal que le débat ait lieu”, insiste Jacques Chazalet. Si, sur un nombre important de sujets, les lignes se rejoignent - le combat sur les prix des produits, la bagarre contre les contraintes administratives… - sur d’autres, les positions divergent parfois.  Mais pour Jacques Chazalet, ce n’est pas une raison pour claquer la porte : “Il vaut mieux être minoritaires chez les majoritaires que majoritaires chez les minoritaires.” Question de stratégie et d’unité syndicales qui ne peuvent faire l’économie de confrontations d’idées. “Être à l’intérieur de la FNSEA c’est essentiel, mais ce n’est pas incompatible avec la volonté de faire valoir ses spécificités aussi à l’extérieur”, résume Patrick Bénézit. Pour autant, n’allez pas croire que le Massif joue double jeu. Résolument, il veut jouer coup double, pour donner aux agriculteurs de ce territoire les mêmes chances de réussite que leurs collègues d’autres régions, qui n’ont pas à composer avec les pentes, l’éloignement, la dispersion… Chacun doit avancer avec ses spécificités.

Patrick Bénézit succède en outre à Jacques Chazalet au bureau de la FNSEA.

Le défi des coûts de production

“Le Massif central, c’est avant tout des agriculteurs en zones défavorisées. Il paraît naturel que les politiques publiques contribuent encore demain à gommer les handicaps de ces zones pour que tout le monde partent sur un pied d’égalité au niveau de la compétitivité”, défend Patrick Bénézit, qui voit dans le choix de l’Europe de revaloriser les ICHN(2) tout sauf le fruit du hasard.  Dès l’automne, il compte travailler avec les départements du Massif central et même au-delà, à l’élaboration d’une feuille de route pour la prochaine Pac. “Tout en continuant à faire évoluer les choses positivement sur les ICHN et le couplage, nous devrons réfléchir  à une Pac qui prenne mieux en compte les coûts de production.”

“L’Europe”

Saisir les opportunités sans dogmatisme, “car par nature l’économie fonctionne comme cela”,  voilà pour le second objectif. Sur le développement de l’exportation, de l’engraissement, des AOC, des produits de qualité… Le Massif central peut tirer son épingle du jeu, à condition de bénéficier “d’accompagnements publics bien gérés qui auront forcément un effet de levier”. Sur les énergies renouvelables, là aussi, les agriculteurs peuvent être forces de production, si tant est que les politiques publiques deviennent plus incitatives qu’elles ne le sont aujourd’hui.  Pour ce qui est de l’énergie nécessaire à mettre en musique le projet agricole du Massif central, Patrick Bénézit a confiance en ses troupes : “Nos agriculteurs ont toute leur place à prendre dans l’économie européenne. L’Europe est un petit territoire qui a besoin de toutes ces zones pour produire. Que chacun en soit bien convaincu.”
(1) Coordinateur du Berceau des races à viande depuis 2004, Patrick Bénézit est entré à la Fédération nationale bovine (FNB) en 1999. Il en est son vice-président depuis trois ans. (2) Indemnité compensatoire de handicaps naturels.
Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.
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