Les insectes pour nourrir le monde, pourquoi promouvoir l’entomophagie ?

CA SA

Les insectes pour nourrir le monde, pourquoi promouvoir l’entomophagie ?

Pour les pays occidentaux, la nutrition animale constituera ainsi très probablement dans un premier temps le principal axe d’introduction et d’exploitation des insectes dans la chaîne alimentaire.

L’entomophagie, c’est à dire la consommation humaine d’insectes apparaît répandue dans certaines cultures traditionnelles de régions d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, mais peu de statistiques mondiales existent sur les quantités d’insectes consommées annuellement. 

D’après les recherches menées conjointement par la FAO et l’université de Wageningen aux Pays-Bas, plus de 1900 espèces d’insectes répertoriées sont consommées par près de deux milliards d’individus dans le monde, principalement à partir de cueillettes faites dans la nature. Les insectes représentent une source essentielle d’aliments riches en protéines, avec un excellent profil nutritionnel. Dans les pays occidentaux, les habitudes culinaires excluaient du régime alimentaire les insectes, dont la consommation, souvent rattachée aux peuples primitifs, relève aujourd’hui de la curiosité. 

En Europe, les expérimentations menées en nutrition animale ouvrent des perspectives de valorisation des insectes élevés à partir de déchets organiques dès à présent en aquaculture et en petfood, et à moyen terme en alimentation des porcs et des volailles. Pour les pays occidentaux, la nutrition animale constituera ainsi très probablement dans un premier temps le principal axe d’introduction et d’exploitation des insectes dans la chaîne alimentaire.

Quand s’intéresser aux insectes devient une nécessité

Les projections des démographes onusiens, qui font aujourd’hui consensus, évaluent à 9,3 milliards en 2050, le nombre d’individus qui devront être nourris. Cela représente 2 milliards de personnes en plus d’ici 30 ans, principalement dans des régions qui consomment déjà des insectes et où la pression de collecte dans le milieu naturel ne cesse d’augmenter du fait de la demande grandissante des zones urbaines et de la dégradation des habitats. Au niveau mondial, l’accroissement de la population attendu, conjugué à une surface agricole vue au mieux stable ou en diminution sous l’effet de l’urbanisation, nécessitera un accroissement de 50 à 70 % de la production agricole pour satisfaire aux besoins alimentaires de l’humanité. 

Selon la FAO, le modèle alimentaire que nous connaissons aujourd’hui où l’élevage du bétail mobilise près de 70 % environ des terres arables et 9 % de l’eau douce et est responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre, n’apparaît pas soutenable à cet horizon. De plus, la surexploitation des ressources halieutiques, la stagnation des rendements agricoles, la compétition pour l’exploitation des ressources hydriques (agriculture, aquaculture) conjugué au réchauffement climatique appellent à rechercher des ressources alimentaires alternatives et des solutions innovantes respectueuses de l’environnement. 

Si la lutte contre le gaspillage alimentaire, représentant près de 30 % de la production, constitue la grande priorité, la FAO recommande depuis 2008 de faire évoluer le modèle alimentaire occidental qui privilégie la viande et les laitages, pour le rendre plus efficient en matière de couverture des besoins protéiniques. La préoccupation tient à ce que ce mode alimentaire ne devienne pas dominant, car il est de plus en plus adopté par des pays en développement. L’organisation onusienne appelle donc les pays occidentaux à se convertir également à d’autres sources de protéines ; le développement de l’entomophagie constitue une possibilité de substitution à la viande et au poisson.

Les insectes présentent de nombreux avantages...

Les experts de la FAO promeuvent depuis une décennie les nombreux atouts des insectes. Sur le plan nutritionnel, les insectes présentent une teneur élevée en protéines (entre 30 et 70 %), en lipides, mais aussi en minéraux, notamment calcium et oligo-élements (fer et zinc). De plus ils se reproduisent rapidement, tout en présentant à la fois une croissance rapide et un taux de conversion alimentaire élevé, en tous points bien supérieurs aux bovins viande qui nécessitent d’ingérer 10 kg de maïs pour produire 1 kg de viande alors que moins de 2 kg d’aliments suffisent par exemple aux criquets.

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Enfin, les insectes ont un impact limité sur l’environnement durant tout leur cycle de vie, avec de faibles émissions de méthane et d’azote et une consommation d’eau limitée. 

Ils contribuent par ailleurs à réduire les déchets en participant aux processus de compostage et de conversion des nutriments. Il est donc possible de valoriser des déchets organiques de composition stable pour produire également des insectes incorporés en alimentation animale.

Pour des risques assez limités 

La composition des insectes varie grandement avec les caractéristiques des aliments qu’eux-mêmes consomment. Aujourd’hui, les autorités sanitaires européennes disposant de peu de données scientifiques sur le risque sanitaire associé, notamment allergénique, adoptent une position très restrictive. En vertu d’un règlement européen sur les nouvelles denrées alimentaires qui ne justifient pas d’un historique de consommation dans la zone avant 1997, la mise sur le marché d’insectes ou de denrées dérivées pour la consommation humaine n’est donc pas autorisée. Seule la Belgique a adopté un dispositif qualifié de tolérance, permettant la mise en marché de 10 insectes, dans l’attente d’une harmonisation du statut des insectes au niveau européen. 

La communauté scientifique occidentale apparaît vivement sollicitée pour contribuer à l’approfondissement des connaissances scientifiques relatives aux insectes utilisés en nutrition humaine et animale. Les universités de Wageningen aux Pays-Bas et de Gembloux en Belgique ont investi en premier le domaine. En France, cinq laboratoires de l’Inra participent à un projet de quatre ans, doté de près d’1 million d’euros pour imaginer « l’entomo-raffinerie » de demain, combinant élevage de larves d’insectes sélectionnés et leur transformation en aliments protéinés destinés à la nutrition animale.

Des consommateurs intéressés

Aidé en cela par une forte exposition médiatique, le grand public des pays développés et en particulier de l’Union Européenne, dépourvu de pratiques entomophagiques, témoigne d’un intérêt croissant pour le sujet. Si une majorité de la population considère la consommation d’insectes comme rebutante, pour une fraction d’entre elle, leur consommation devient de plus en plus envisageable. 

Selon un récent sondage européen, un cinquième des consommateurs de produits carnés seraient prêts à introduire les insectes dans leurs habitudes alimentaires. Les hommes seraient 2,17 fois plus enclins que les femmes à réaliser cette substitution, les jeunes y étant très favorables. 

Si ces réponses relèvent peut être d’un attrait pour la découverte et par la tentation d’une sorte de défi personnel, elles témoignent d’une évolution des mentalités chez les plus jeunes générations. S’il est possible de manger les insectes crus, grillés, bouillis ou frits, l’incorporation dans le régime alimentaire de produits transformés apparaît la plus prometteuse notamment en substitution partielle de préparations à base de viandes élaborées, très répandues dans les pays nord européens.

Les insectes pour nourrir le monde, pourquoi promouvoir l’entomophagie ?

Quelle valeur économique 

Certaines larves d’insectes constituant des mets très appréciés et recherchés sont commercialisées parfois à des prix élevés bien supérieurs à ceux des produits carnés. Compte tenu de la valeur du commerce d’insectes issus de collecte, les pays asiatiques se sont lancés depuis plusieurs années dans la réalisation d’élevages artisanaux afin d’accompagner la croissance de la demande, mais aucune filière de production à grande échelle n’existe véritablement. 

En Europe, quelques entreprises produisent à une échelle semi-industrielle différents types de mouches (Hermetica illucens, Musca domestica), des criquets et sauterelles (Acheta domesticus), des vers de farine (e.g., Tenebrio molitor) destinés à l’aquaculture et à l’industrie du petfood. 

Ils viennent principalement en substitution de la farine de poisson incorporée dont les prix se sont envolés (environ 2 000 $/t en 2014 vs 484 $/t en 2001), sous l’effet conjugué du boom de l’aquaculture et de la raréfaction de la ressource (surpêche et phénomène El Niño au Pérou).

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Les conditions d’élevage des insectes apparaissent généralement maîtrisées lorsque la nourriture est issue de co-produits céréaliers standards, ce qui n’est pas souvent le cas, lorsqu’il s’agit de valoriser des déchets organiques de composition variable. L’enjeu pour ces entreprises de production est de garantir la qualité et la traçabilité, alors qu’elles se positionnent sur des ingrédients à haute valeur ajoutée pour la nutrition animale. Maintenir les meilleures conditions sanitaires de production nécessite la réalisation de fréquentes
opérations de nettoyage et désinfection des installations, constituant les principales opérations consommatrices de main d’oeuvre avec le conditionnement. Le degré de mécanisation dépend directement de la taille et de la spécialisation des outils, qui apparaissent aujourd’hui plutôt diversifiés. 

En alimentation des porcs et des volailles, les expérimentations ont démontré que l’incorporation d’insectes dans les rations en substitution du tourteau de soja ne dégradait pas les performances techniques. Sur le plan économique, les productions européennes à base d’insectes ne sont pas encore en capacité de concurrencer les sources de protéines végétales importées, destinées à l’alimentation du bétail. Elles doivent pour cela diminuer le prix de collecte du substrat alimentaire en diversifiant les gisements, aujourd’hui disputés par différentes filières de valorisation (méthanisation). 

C’est l’objet du travail d’expérimentation et de recherche conduit par les projets GREENiNSECT, PROteINSECT, Flying Food and WINDFOOD, avant peut-être d’entrevoir des retombées en alimentation humaine, probablement plus lointaines.

La poursuite de la hausse tendancielle des prix des oléagineux, liée à la demande chinoise toujours croissante, constitue le facteur de soutien majeur pour combler le différentiel de compétitivité. Elle permettrait d’engager un cercle vertueux lié aux gains d’échelle industrielle pour asseoir le développement de l’élevage d’insectes. 

Source PRISME- La note de conjoncture Agriculture et Agroalimentaire - Septembre 2014

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Commentaires 2

insecte comestible

C'est sûr qu'il y a matière à faire, on voir déjà des élevages se monter par chez nous. Et quand on voit le nombre d'insectes comestibles ça laisse à réfléchir:
http://www.manger-insecte.fr/insectes-comestibles/

pietin 113

rien ne vaut une bonne bavette saignante estanpillée"VBF"

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