Les marais ont besoin de l’agriculture, l’agriculture a besoin des marais

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Les marais ont besoin de l’agriculture, l’agriculture a besoin des marais
Michel Coudriau, éleveur à Saint-Lumine de Coutais, a conduit les participants de la journée marais (environ 70 personnes) au cœur du marais commun de Saint-Lumine : « Le plus bel endroit du monde », selon lui… © Catherine Perrot

La journée marais de la chambre d’agriculture s’est tenue le 29 juin au bord des marais de Grandlieu, à Saint-Lumine de Coutais.

Ce 29 juin, à Saint-Lumine de Coutais, c’est un chercheur de l’Inra qui ouvre la série des interventions, dans le cadre de la journée marais, organisée par la chambre d’agriculture. Eric Kernéïs est chercheur à Saint-Laurent de la Prée (Charente-Maritime), sur une unité expérimentale qui compte 200 ha de marais, 40 ha cultivés drainés et un troupeau de 120 maraîchines.
Certes, le marais qu’étudie Eric Kernéïs est assez différent de ceux que les agriculteurs de Loire-Atlantique connaissent. Cette portion du marais poitevin fait partie de la catégorie des marais desséchés. Pourtant, les travaux de ce chercheur apportent des éléments objectifs importants pour comprendre le fonctionnement de ce type de milieu.

Des preuves scientifiques

Ainsi, Eric Kernéïs a défini quatre catégories de « milieux de prairies », en fonction de leur durée de submersion dans l’année (moins de 30 jours, 30 à 120 jours, 120 à 270 jours, 270 à 330 jours) avec, chacune, des espèces identifiées et qui évoluent peu. Or, dans une expérimentation récente, il a montré qu’une évolution brutale de ces durées de submersion (qui fait changer ces catégories), « engendre une année complète sans aucune flore ». D’autre part, dans une expérience de mise en défend de pâturage de ces différentes catégories de prairies de marais, il démontre une impressionnante baisse de la diversité des végétaux : sur la partie la plus haute du marais (prairie mésophile) le nombre d’espèces passe de 32 (avec pâturage) à 12 (sans pâturage depuis 3 ans). Sur les autres catégories, la baisse est également sensible.
Ces deux expérimentations prouvent que l’élevage et les pratiques qui y sont associées (dont la régulation des niveaux d’eau) est bénéfique pour la vie du marais. D’autres expériences de ce chercheur ont également montré que le marais était aussi « bénéfique pour l’élevage » ! Il a ainsi fait des études de croissances de génisses charolaises dans les marais, et montré que les meilleurs résultats étaient obtenus lorsque les animaux avaient accès à différentes zones de marais (une partie humide, une partie sèche), « en raison de la complémentarité de production des différentes espèces ». La qualité fourragère est en effet très liée au stade physiologique des espèces végétales, et si les carex (flore des prairies méso-hygrophyles) épient en avril, les agrostis (prairies hygrophiles) épient en juin.

Repères et outils

Sur cette question de la qualité des fourrages, Jean-Luc Gayet, agronome à la chambre d’agriculture, a présenté ses travaux réalisés sur les marais de Loire-Atlantique. Il montre une forte variabilité des milieux (cariçaies, roselières, forêts flottantes, prairies de différents types, végétation aquatique…), entrainant une grande variabilité des espèces dominantes et souligne la difficulté de mesurer la valeur fourragère de ces végétaux (difficultés pour interpréter les analyses en l’absence de références, soucis de reconnaissance quand, par exemple, la fauche a lieu avant épiaison, existence de noms locaux spécifiques à chaque marais…). Le travail se poursuit, en lien avec les chercheurs (notamment les écologues des prairies de l’Inra) et les réseaux d’élevage (collectes de données sur les animaux). « L’objectif est de pouvoir donner des repères, qui constituent des outils pour les agriculteurs. »
Il est en effet indispensable de donner des outils, mais aussi des moyens aux éleveurs, pour qu’ils continuent de vivre et de travailler avec le marais. Leur nombre a considérablement diminué ces dernières années, et certains secteurs sont déjà en voie d’être délaissés. Claude Naud, conseiller général du canton de Legé et vice-président du conseil général délégué aux ressources et aux milieux naturels, a redit lors de cette journée tout sa détermination à maintenir des activités humaines sur le marais. « Les marais sont très importants pour nous. D’ailleurs, nous venons d’acquérir 2 800 ha sur l’estuaire de la Loire, ce qui porte à 7 000 le nombre d’hectares que nous gérons directement. Et nous interviendrons, auprès des agriculteurs ou de leurs représentants, chambre d’agriculture, GDS, associations syndicales, pour aider collectivement les éleveurs. Nous n’allons pas baisser la garde ! »
Catherine Perrot

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