Les marchés mondiaux : en 2016 (1ère partie)

Crédit Agricole – Service Expertise

Les marchés mondiaux : en 2016 (1ère partie)

En 2016, les prix moyens des principales matières premières échangées dans le monde et faisant l’objet de cotations de référence ont diminué de 10 % en dollars courants.

Les marchés mondiaux : en 2016 (1ère partie)

Si l’on exclut le pétrole et les métaux précieux, ce recul n’est plus que de 4 %. Le mouvement de baisse globale marquant une rupture forte avec les années du haut du cycle (2006/2014) s’est donc poursuivi, mais le profil de l’année a été surprenant à bien des égards. Après avoir touché un point bas en début d’année, la plupart des marchés - à l’exception notable des céréales - ont fortement rebondi au deuxième semestre de manière quelque peu inattendue. Ce rebond doit toutefois être relativisé : fin 2016, les indicateurs CyclOpe(1) se trouvaient à peu près à la moitié de la valeur qui était encore la leur vers 2011-2013. De ce point de vue, il est clair que le choc que les marchés ont connu de 2006 à 2014 est bien terminé. Les marchés de matières premières se trouvent dans une nouvelle partie de leur cycle traditionnel : une longue période de prix plutôt déprimés, mais dont le quotidien est émaillé de surprises et de rebondissements à l’image en 2016 d’abord du sucre, puis du charbon, du beurre ou du zinc. Ils sont aussi beaucoup plus sensibles à des paramètres extérieurs comme le change, le comportement des investisseurs et bien sûr la géopolitique et le climat.

Des marchés au plus bas début 2016 et puis un rebond

2016

C’est début février que les marchés mondiaux ont atteint leurs points les plus bas, à peu près identiques à ce qu’ils avaient touché au plus bas de la « crise de 2008 » en janvier 2009. Le pétrole, tant pour le Brent que pour le WTI passa quelques jours au-dessous des 30 $ le baril alors qu’aucune perspective d’accord ne marquait les réunions de l’OPEP. L’or se rapprochait dangereusement des 1000 $ l’once. À moins de 4 500 $ la tonne, le cuivre avait perdu plus de la moitié de sa valeur depuis 2011 et la situation n’était pas bien meilleure pour les autres métaux non-ferreux ni pour le minerai de fer.

La plupart des produits agricoles étaient en chute sous l’impact d’excellentes récoltes à quelques exceptions comme le sucre et le cacao, dans une moindre mesure le coton et le café. La chute la plus spectaculaire était celle du fret maritime : en février, l’indice du fret « sec », celui des minerais et des grains se trouvait en dessous de 300, un niveau inférieur de 97 % aux records enregistrés en mai 2008 et moins de la moitié des taux déjà très bas de la fin 2008 ou du début de 2015. À ces prix-là, aucun navire ne pouvait espérer quelque rentabilité que ce soit.

. Les raisons de ce marasme étaient multiples : d’excellentes récoltes avons-nous dit et pratiquement aucun impact d’El Niño ni de la Niña qui devait lui succéder sauf en ce qui concerne l’huile de palme en Asie du Sud Est ; des producteurs bien souvent dans des situations délicates et contraints de produire « à tout prix ». Du côté de la demande, un ralentissement manifeste de la Chine, au moins pour les grandes productions industrielles, le gouvernement mettant de plus en plus en avant la protection de l’environnement. Enfin, un dollar fort alors que, malgré la campagne électorale qui battait son plein aux États-Unis, on attendait - déjà - une hausse des taux américains. Dans ces conditions, les volumes investis dans les fonds de commodités s’affichaient en chute libre. Certains prévisionnistes en rajoutaient d’ailleurs dans le pessimisme : Goldman Sachs parlait de 20 $ le baril de WTI, de moins de 4 000 $ la tonne pour le cuivre. Les perspectives d’investissement étaient partout révisées à la baisse et les grands groupes miniers envisageaient de se séparer de leurs activités les moins rentables dans le charbon, le fer ou les métaux de base.

Les marchés mondiaux : en 2016 (1ère partie)

À partir du début du printemps, on enregistra un léger rebond sur des marchés affectés peu à peu par des baisses de production (pétrole de schiste aux États-Unis) ou des fermetures de capacité (certains métaux non-ferreux comme le zinc). La plus forte hausse fut alors celle du sucre profitant d’un déficit massif de la production mondiale.

croissance en 2017

La situation changea de manière assez radicale à l’automne. Il y eut d’abord la crise charbonnière, pour le charbon à coke à partir de juillet, pour le charbon vapeur en septembre. Celle-ci fut provoquée par la baisse de la production chinoise alors même que les besoins ne diminuaient pas. Rapidement, la spéculation affola les marchés dérivés chinois entraînant le fer et l’acier. En septembre, ce furent les premières rumeurs d’un accord de l’OPEP (concrétisé à la fin novembre) qui permit au baril de Brent de revenir au-dessus de 50 $ le baril. Pour les métaux non-ferreux, outre la résilience de la demande chinoise, d’autres événements ont joué comme pour le nickel la décision du nouveau président philippin de fermer des mines, exportatrices de minerai vers la Chine, pour des raisons environnementales ; pour l’étain ce fut le probable épuisement à court terme des mines du Myanmar qui approvisionnent la Chine ; pour le zinc, c’est la stratégie mise en place par le premier producteur mondial, Glencore, de geler des capacités… Le cuivre offre par contre le cas original d’une forte hausse sans véritable causalité fondamentale : durant la semaine des élections américaines, le prix du cuivre s’est apprécié de plus de 1 000 $ la tonne. Ce « Trump rally » qui ne doit rien au président élu illustre surtout la nervosité des marchés ainsi que l’émergence des marchés chinois dont les cotations en yuans deviennent de plus en plus directives. En fin d’année, on enregistrait un léger repli alors que se dégonflaient certaines bulles. 

Remarquons cependant que le rebond de l’automne 2016 n’a pas été général. Il a, avant tout, affecté les marchés pour lesquels il y a eu des réductions de production annoncées ou réalisées : pétrole, charbon (en Chine), nickel, produits laitiers… Plus largement, il a affecté les marchés liés à la production industrielle dans une perspective de relance annoncée tant par Xi Jin Ping que par Donald Trump. C’est particulièrement le cas pour l’industrie automobile et donc pour des produits allant du fer au caoutchouc.

La Chine n’est de toute manière jamais bien loin. Si sa politique charbonnière a été déterminante, il en a été tout autant de ses politiques agricoles qui ont pesé en négatif sur les marchés céréaliers, mais de manière positive sur le soja bien sûr, mais aussi pour les produits animaux : ainsi la décapitalisation du cheptel porcin chinois a provoqué un doublement des importations qui a profité au marché européen du porc jusque-là fort déprimé.

Mais de manière générale, la conjoncture agricole a eu en 2016 sa propre histoire marquée par des récoltes abondantes et une chute générale des prix céréaliers, par le grand retour des politiques agricoles de l’Europe à la Chine, des États-Unis à l’Argentine.

Enfin, il y a eu en cette année 2016 maintes exceptions aux tendances générales décrites ci-dessus : effondrement des prix du gaz naturel liquéfié en Asie, des taux de fret pour les conteneurs, flambée par contre du jus d’orange à la suite d’une sécheresse au Brésil et d’une maladie en Floride. Une année à bien des égards passionnante !

Source : PRISME - Agriculture et Agroalimentaire, une affaire d'experts - n° 16 - Février 2017 - Voir tout le dossier : ici

Voir aussi :  Les marchés mondiaux perspectives 2017 (2ème partie)

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