Les marchés mondiaux : perspectives 2017 (2ème partie)

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Les marchés mondiaux :  perspectives 2017  (2ème partie)

Notre scénario macro-économique pour 2017 ne brille pas par son originalité, mais dépend quand même de deux « jokers » dont l’un au moins est imprévisible : Donald Trump et Xi Jin Ping. Donald.

Les marchés mondiaux :  perspectives 2017  (2ème partie)

Trump a été élu sur un « programme » de relance de l’économie par de grands travaux d’infrastructure : en situation de plein emploi, alors que les salaires augmentent et que les barrières à l’immigration risquent d’augmenter, que le déficit budgétaire dépasse les 5 %, il n’est pas certain que ce soit là de première nécessité pour les États-Unis. Mais ce sont là des promesses - toute comme en matière fiscale - que Donald Trump est capable de tenir envers et contre tout alors que se multiplieront les conflits commerciaux en particulier avec la Chine (acier, aluminium, agriculture). Quoiqu’il soit difficile de mesurer cet « effet Trump », une croissance américaine de l’ordre de 2,5 % paraît tout à fait plausible.

Paradoxalement, la stratégie de Xi Jin Ping est beaucoup plus prévisible en 2017. À l’automne se tiendra le Congrès du PCC qui lui donnera un deuxième et théoriquement dernier mandat de cinq ans à la tête de la Chine. Si cela est acquis, ce qui ne l’est pas c’est la composition du Bureau du Comité central, les « sept » sages qui gouvernent la Chine, qui fait toujours l’objet de subtils équilibres entre tendances et factions. Il est essentiel pour Xi Jin Ping, malgré sa popularité et le culte de la personnalité qui commence à l’entourer, d’aborder ce moment avec une économie chinoise tournant à plein. Les objectifs de croissance (6,7 % pour 2016-2017) seront donc satisfaits à la décimale près quitte à fermer les yeux sur les créances douteuses de l’appareil bancaire et à limiter les fermetures de capacités industrielles excédentaires et polluantes. Concrètement, cela veut dire (comme l’ont d’ailleurs montré les chiffres de décembre 2016) que la Chine continuera à voir ses importations progresser qu’il s’agisse de pétrole ou de soja, de poudre de lait ou de minerais de fer ou de nickel, que les problématiques chinoises de politiques énergétiques, environnementales et agricoles seront déterminantes pour l’évolution des marchés, sans même parler de l’influence des marchés dérivés chinois.

graphique 2017
Les marchés mondiaux :  perspectives 2017  (2ème partie)

Dans le reste du monde, la seule interrogation est l’Inde et l’impact du programme de démonétisation lancé par le président Modi, moins d’ailleurs en termes de croissance que pour les marchés des métaux précieux.

Au total, la croissance économique mondiale devrait facilement dépasser les 3 % avec bien sûr nombre de risques géopolitiques de l’Asie Centrale à l’Afrique.

Du côté de l’offre, l’une des inconnues majeures concerne le pétrole : tous confondus, membres de l’OPEP et NOPEP se sont engagés à couper 1,8 million de barils/jour pour certains (l’OPEP) dès les 1er janvier, pour les autres dans le courant du premier semestre. Ces engagements seront-ils respectés et à quel niveau ? Que va-t-il se passer en Libye, au Nigeria, au Kurdistan irakien et même en Iran ? Il paraît clair que le marché au-dessus de 55 $ le baril a déjà largement « payé » ces coupures qui ne font après tout que revenir aux productions du début de 2016. Pour le reste des marchés de l’énergie, les excédents continuent à peser sur le marché du GNL et l’augmentation de la production chinoise de charbon devrait se faire sentir à partir du printemps 2017.

Les marchés mondiaux :  perspectives 2017  (2ème partie)

Car la conséquence paradoxale du rebond de l’automne 2016 est qu’il a contribué à raffermir les projets de nombre de producteurs qu’il s’agisse des mineurs de fer australiens des producteurs d’aluminium chinois ou même des producteurs laitiers néozélandais ! Alors que le mouvement haussier s’essoufflait déjà début 2017, la plupart des marchés offrent des perspectives encore excédentaires voire à l’équilibre. En raisonnant à conditions climatiques et géopolitiques neutres (ce qui est bien sûr un peu théorique), les prix mondiaux devraient rester peu soutenus en 2017, probablement inférieurs aux sommets atteints par certains à l’automne 2016. Les fortes hausses mises en évidence par nos prévisions correspondent en fait à des corrections par rapport à des situations anormalement déprimées que connurent le charbon à coke, le fret sec ou le gaz naturel aux États-Unis. L’indicateur CyclOpe n’évoluerait en fait que grâce au pétrole dont le prix moyen en 2017 serait 54 $ le baril. Pour le reste, ce serait la stabilité confortée par le renforcement anticipé du dollar. Stabilité, ce mot est bien sûr à utiliser avec précaution. Car les marchés seront tout sauf stables ! 2016 a été marquée par l’émergence de marchés dérivés chinois, peu et mal régulés, dont l’influence n’a cessé de croître. Les prix des matières premières et des commodités resteront marqués au coin d’une volatilité quotidienne au sein de laquelle il faudra faire la part des fondamentaux et de l’écume spéculative. L’observateur pourra en tout cas surveiller quelques points déterminants : 

❙ le pétrole bien sûr et plus précisément la production américaine de pétrole de schiste. Peut-elle encore augmenter à plus de 50 $ le baril.

❙ l’acier en Chine : sa production et ses exportations et leurs conséquences tant sur les relations commerciales internationales que sur l’approvisionnement chinois en fer et charbon à coke.

❙ les politiques agricoles en Chine, mais aussi aux États-Unis avec un nouveau Farm Bill, un thème sur lequel Donald Trump s’est assez peu exprimé.

❙ le développement de nouvelles technologies comme celles des batteries électriques et leurs conséquences pour des produits comme le lithium ou certaines terres rares.

❙ en dehors des pays « classiques » au Moyen-Orient et en Afrique, des pays comme les Philippines et l’Indonésie dont le comportement s’est révélé erratique ces derniers mois.

❙ les stratégies des pétroliers et des mineurs, mais aussi de plus en plus des grands traders dont l’entregent n’a jamais été aussi grand.

❙ le dollar bien sûr et puis le real brésilien, le dollar australien, la naira nigeriane et quelques autres… Voilà un joli programme pour une année plancher ! 

Grains : Des récoltes exceptionnelles, des prix logiquement en baisse à l’exception notable du soja. Pour la première fois, le monde a produit plus de trois milliards de tonnes de grains (céréales et oléagineux).

Grains

Des récoltes exceptionnelles, des prix logiquement en baisse à l’exception notable du soja. Pour la première fois, le monde a produit plus de trois milliards de tonnes de grains (céréales et oléagineux).

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Source : PRISME - Agriculture et Agroalimentaire, une affaire d'experts - n° 16 - Février 2017 - Voir tout le dossier : ici

Voir aussi :  Les marchés mondiaux en 2016 (1ère partie)

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