Les phytos, des chiffres pour assainir le débat

JA Mag

Les phytos, des chiffres pour assainir le débat

La polémique récurrente sur les pesticides a rebondi après la diffusion le 2 février2016 d’un documentaire de « Cash investigation ». Avec des fausses infos qui empoisonnent le débat. Voici quelques clés pour une discussion assainie.

Les phytos, des chiffres pour assainir le débat

France 2 empoisonne le débat : « Produits chimiques : nos enfants en danger. » C’est sous ce titre que l’équipe de Cash investigation a consacré un documentaire aux pesticides, le 2 février 2016. Une enquête qui répond aux craintes des Français sur les traitements phytosanitaires... tout en les nourrissant à coup de fausses infos ! « Plus de 97 % des denrées alimentaires contiennent des résidus de pesticides », assène ainsi le documentaire dans les premières minutes. Un chiffre tout à fait officiel, car issu d’un rapport de 2013 de l’Agence européenne de sécurité des aliments (Efsa). Seul hic, il est présenté de manière tronquée : le véritable titre de l’Efsa était « Plus de 97 % des aliments contiennent des résidus de pesticides dans les limites légales. » Une précision cruciale, car parmi ces 97 %, 55 % ne contiennent aucun résidu détectable ! (voir graphique ).

Les phytos, des chiffres pour assainir le débat

Cash investigation écorne surtout les fabricants de phytos, présentant l’agriculture comme “accro” aux pesticides. Tout en passant sous silence les raisons historiques de leur développement : la sécurisation des rendements et la demande de la grande distribution pour des produits sans défaut visuel et résistants au transport.

Pendant les 2h15 de l’émission, les journalistes de France 2 – qui ont enquêté pendant un an – réalisent l’exploit de n’évoquer le plan Écophyto pendant moins d’une minute ! Il y avait pourtant à dire sur ce programme ambitieux et controversé : il prévoit de diviser par deux l’usage des produits phytos d’ici 2025. Un objectif qui suppose une mutation profonde de l’agriculture et de la chaîne alimentaire. Même silence sur les nombreux moyens dont disposent aujourd’hui les agriculteurs pour réduire ou supprimer leurs traitements (en bio ou non) : produits de biocontrôle, confusion sexuelle, épandages à bas volumes, traitements tôt le matin, préparation de l’eau de traitement (lire JA mag n°723 de février 2016), etc. Au final, ce documentaire mêle fausses infos et vrais problèmes (dangerosité de certaines matières actives, risques lors des traitements pour les riverains et les applicateurs, etc.). Au risque d’empoisonner le débat.

 

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Les phytos, des chiffres pour assainir le débat

L’Indicateur de fréquence de traitement (IFT) comptabilise le nombre de doses homologuées appliquées sur un hectare pendant une campagne culturale (dose efficace pour une culture et un bioagresseur donnés).

Les phytos, des chiffres pour assainir le débat

 « Cash investigation » L’émission vise surtout les fabricants de phytos, j’aurais aimé voir aussi des témoignages d’agriculteurs qui ont mis en place des pratiques pour réduire les traitements. C’est un reportage à charge, qui manque d’objectivité. Les journalistes mettent sur le même plan les traitements en vignes et en grandes cultures, alors que ce ne sont pas les mêmes.

Épandages près des écoles 95 % des agriculteurs traitent quand les enfants ne sont pas à l’école. Évidemment, il y a des agriculteurs qui ne font pas attention. Mais il y a aussi des maires qui construisent des écoles en plein milieu des champs en pensant que les agriculteurs vont s’adapter. Il est plus compliqué de construire en centre-ville, mais ça reste moins risqué pour les élèves !

Écophyto 2. Nous demandons une application pragmatique de ce programme, ainsi que des indicateurs qui reconnaissent les efforts entrepris par les agriculteurs. Réduire les traitements, c’est possible, mais il faut avoir les moyens de le faire. Les solutions alternatives disponibles aujourd’hui (désherbage mécanique, produits de biocontrôle, etc.) ne sont pas encore développées à grande échelle et coûtent cher. Cela demande des investissements, du temps, des embauches. Pas évident avec la crise actuelle de l’agriculture... C’est aussi pour cela que le développement de la recherche est nécessaire. Notre volonté à JA, c’est d’être proactifs sur ce sujet. Nous voulons trouver les meilleures solutions pour les agriculteurs, pour que, du point de vue économique comme environnemental, tout le monde s’y retrouve.

Source : JAMAG n° 721 - Mars 2016

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