« Les salmonelles, l’autre cible de la biosécurité »

Raphaël Lecocq

« Les salmonelles, l’autre cible de la biosécurité »

A Momas (Pyrénées-Atlantiques), Jean-Louis Campagne bloquait sur certains points de biosécurité, peu applicables à son élevage de volailles en circuits courts. Les règles ont été quelque peu adaptées. La relation de confiance avec le vétérinaire a fait le reste. Influenza aviaire et salmonelles sont prévenues.

« Les salmonelles, l’autre cible de la biosécurité »

Le sas ou plus exactement les sas : c’est ce sur quoi bloquait Jean-Louis Campagne, éleveur de poulets de chair et de pintades à Momas, à quelques encablures de Pau (64). « Avec 3 et 4 cabanes de part et d’autre de la route et une conduite en bandes multiples, il m’aurait fallu 7 sas », explique l’éleveur. « Tant du point de vue économique que pratique, c’était impossible ». En l’espace de deux ans, les Delicies de Momas, l’exploitation de Jean-Louis Campagne, ont renoncé aux canards et aux oies à rôtir pour minimiser les risques de grippe aviaire, qui peut « dormir » à bas bruit sur les palmipèdes. Un manque à gagner et une offre moins diversifiée pour sa clientèle, la vente directe aux particuliers ou en Amap assurant la grande majorité des débouchés de l’élevage. L’élevage représente plus de 80 % des revenus de l’exploitation de 27 ha, totalement autonome en aliments grâce aux 21 ha de cultures (blé, maïs, féverole, colza, tournesol, soja). La production d’huile et de haricots-maïs complètent l’élevage de volailles.

« Les salmonelles, l’autre cible de la biosécurité »

Une zone dédiée faisant office de sas

Les défenseurs des petits éleveurs en circuits courts et en autarcie, Confédération paysanne en tête, sont montés au créneau pour défendre le modèle des élevages fermiers, caractérisés par une faible densité de volailles d’une part et un minimum de flux d’aliments et d’animaux d’autre part. Deux facteurs amoindrissant les risques de diffusion du virus de l’influenza aviaire. Mais pas de contamination, le virus s’agrippant à tout : animaux, hommes, vêtements, bottes, matériels, véhicules etc. Un compromis a finalement été trouvé avec les autorités (Dgal, Anses) et l’Itavi. Il va déboucher dans les semaines à venir sur l’édition d’un guide des règles de biosécurité appliquées (et applicables !) aux petits élevages. Chez Jean-Louis Campagne, les bandes en continu vont perdurer et il n’y aura pas de sas en tant que tel mais un espace dédié au sein d’un bâtiment qui fera office d’entrée et de sortie, distinguant la zone professionnelle de la zone d’élevage. « On arrive à quelque chose de réalisable. Il va simplement falloir changer nos habitudes ». Pas forcément simple.

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La biosécurité, arme anti-salmonelles aussi

Jean-Louis Campagne a traversé quasiment indemne les deux épizooties passées. La seconde année, il n’a pas pu s’approvisionner chez son fournisseur de poussins de un jour, avant qu’une solution alternative assortie d’une dérogation ne soit trouvée, limitant à deux semaines le défaut de poussins. Aux Delicies de Momas, les poulets sont élevés en moyenne 115 jours et quittent l’exploitation « prêts à cuire », après un détour par l’abattoir. Si l’éleveur vole dans les plumes du système industriel, il mesure la responsabilité de chacun face à la grippe aviaire. « En l’espace de deux ans, les pratiques ont évolué, tout le monde fait attention, je le vois avec les livraisons de poussins par exemple mais on peut encore progresser, sur la détection par exemple. Personnellement, ce n’est pas les menaces répressives qui m’ont fait bouger. C’est mon vétérinaire, qui connaît le terrain et en qui j’ai confiance. Et si je le crois, améliorer la biosécurité, c’est aussi mieux se préserver du risque de salmonelles. Et je le crois ».

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