Les stocks de fourrages fondent à vue d'oeil en Vendée

Les silos de maïs ensilage sont bien entamés, ceux d'herbe sont déjà consommés. Reste du foin, de la paille mais pour les éleveurs qui n'ont plus de stocks, à quel prix. La solution, acheter des concentrés, mais là aussi la note est salée. Reportage au Gaec Bordage.

«Nous n'avons plus d'herbe depuis Noël » témoigne Francis Bordage, producteur de viande bovine en Gaec avec son frère Laurent, à La Roche-sur-Yon. «Avec une récolte inférieure de 35 % par rapport à une année normale, on savait fin juin qu'on serait juste pour passer l'hiver. » Au Gaec des Ajoncs, il faut nourrir 170 vaches allaitantes et 80 jeunes bovins à l'engraissement. En année normale, autant dire sans une sécheresse comme l'an dernier, tout roule. «On a les surfaces en herbe, en maïs ensilage. » Mais en juin dernier, le moteur commence à manifester des ratés. La récolte d'herbe est en demi-teinte, celle du foin diminuée par deux. En juillet, les prairies grillent et les éleveurs doivent apporter du fourrage à leurs vaches. «On a dû leur fournir de l'ensilage d'herbe » explique Francis.
Course contre la montre
Pour arriver jusqu'au printemps, c'est un peu une course contre la montre.
Car durant l'été les vaches aux près, on été nourries avec de la paille complétée de mélasse. «Ça nous a permis de rentrer des vaches pas trop maigres » argumente Francis. Les éleveurs ont fait également le choix de sevrer leurs veaux plus jeunes, en septembre. Mais, depuis début janvier, les choses se corsent. Le silo d'herbe est consommé. Et il faut mettre la pédale douce sur celui réservé à l'ensilage de maïs.
«On réserve l'ensilage de maïs aux taurillons. Et pour les vaches, on est passé depuis début janvier à une ration sèche ». Cette ration contient du 4,5 kg de paille, 3 kg de foin et 1,5 kg de granulés. Heureusement pour ces éleveurs, les stocks de foin et de paille sont encore assez suffisants pour adopter ce régime. «On achète toujours de la paille, cette année 60 tonnes de plus que l'an dernier. Au total, on stocke 300 tonnes » indique Laurent. «En est en plein vêlage et avec des stabulations sur litière accumulée, il faut donc pailler pour que les mères aient des tétines propres » souligne Francis. «En ce moment, on met bien 27 bottes par semaine. »

Achat de concentrés

Si ces producteurs de viande ont encore un peu de souplesse avec la paille, ils sont pénalisés par l'achat de concentrés. Dans la formule, 45 % sont constitués de céréales. Et aux prix où sont les matières premières, la note va être salée. «En juin, on n'imaginait pas que le prix du blé augmenterait autant. » Résultat des courses, la facture s'élève pour un mois à 3500 €. Et les éleveurs estiment qu'ils vont devoir débourser 7000 € car les bêtes vont devoir rester au moins encore un mois dans les bâtiments. Des frais dont ils se seraient bien passés au prix où sont achetés les vaches et les taurillons. «On a fait l'impasse du chaulage pour diminuer nos frais, mais on ne pourra pas tous les ans, ne pas chauler. Et surtout, si on a à nouveau une sécheresse, on est cuit.»
Les éleveurs attendent donc avec impatience le printemps. « Cette année, on va voir très tôt des vaches au prés. Tout dépendra de la météo pour que les terrains portent et que l'herbe pousse. »

Des situations contrastées mais difficiles

Au Gaec Joyau de La Roche-sur-Yon, Gérard-Marie et Didier sont spécialisés en production laitière avec 65 vaches et leur suite. Leur système est basé sur du pâturage, de l'enrubannage et de l'ensilage de maïs et de méteil. «Les silos de mais et de méteil vont être consommés d'ici 15 jours » estime Gérard-Marie. Une vingtaine d'animaux sont aux prés, des génisses pleines, des vaches de réforme et des boeufs. «Dès qu'il fait beau, on sort les vaches après la traite » témoigne Gérard-Marie. Mais pas question d'acheter des concentrés pour ces éleveurs. La productivité des vaches va donc être pénalisée.
Toujours sur le secteur, Daniel Gréau, éleveur avec un cheptel allaitant de 70 mères et la suite attend avec impatience la livraison de paille qu'il a commandée. Il est en rupture de stock. «C'est la galère et les prix ont flambé. En décembre, je l'achetais à 95 € et aujourd'hui, je la paye 115 €. »
Son voisin du Bourg-sous-la-Roche, n'a pas ce souci. «J'ai anticipé en achetant de la paille cet été et en stockant une bonne partie de ma récolte de céréales que je faits consommer aux taurillons. J'ai aussi acheté du soja un an à l'avance » explique Jean-Michel Rocheteau qui a dès septembre réalisé un bilan fourrager. «Mes vaches seront moins grasses, c'est certain. Mais avec des vêlage d'automne, c'est moins handicapant. »

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