Loir-et-Cher : Un échec instructif

Loir-et-Cher : Un échec instructif

Cinq ans après leur installation en Gaec, Christophe et Yannick ont été contraints de se séparer en mars 2010, faute d'entente. Dix mois plus tard, Christophe analyse cet échec éprouvant et en tire de précieux enseignements.

Parler ouvertement d'un échec n'est jamais chose facile. Christophe, jeune agriculteur dans le Loir-et-Cher, a néanmoins accepté de parler du sien, mais de façon anonyme (ndlr : les prénoms des associés ont été modifiés). «Nous nous sommes rencontrés à l'école en 2001, raconte-t-il. Nous étions devenus amis.» Après leurs études et quelques stages et emplois temporaires, Christophe invite son ami Yannick à venir travailler sur l'exploitation familiale de polyculture élevage dans lequel ses deux oncles et tantes sont associés.

Quelques mois plus tard, c'est ensemble qu'ils réalisent leur parcours à l'installation dans un but commun : s'associer au Gaec familial. L'objectif est atteint en novembre 2005. Les trois associés du Gaec –Yannick, Christophe et l'un de ses oncles – et leurs trois salariés – l'épouse de Yannick et les mères respectives des jeunes installés- produisent 680000l de lait, élèvent 25 génisses, engraissent 120 taurillons et exploitent 270 ha.

Le dialogue a disparu

«Au cours des trois premières années, tout s'est bien passé, explique Christophe. Yannick avait la responsabilité des cultures tandis que je m'occupais de l'atelier laitier. Le café du matin permettait de faire un point quotidien, et nous nous réunissions toutes les semaines ou tous les quinze jours pour aborder les sujets plus importants.» Dès leur installation, les jeunes associés se mettent d'accord pour que chacun puisse prendre des responsabilités professionnelles. Christophe s'investit chez les JA, Yannick à la Cuma, à un groupement d'achat et au service de remplacement. Des activités qui, au fil des mois, les occupent de plus en plus.

Entre les responsabilités grandissantes pour l'un et les nouveaux projets familiaux pour l'autre, les moments pour faire le point se raréfient. «Et moins nous discutions, plus les tensions apparaissaient», résume Christophe. Alors que les associés sont en désaccord concernant des investissements pour moderniser l'atelier laitier, «notre contrôleur laitier nous a conseillés avant d'investir, de faire un bilan en relations humaines » Ce, à quoi ils se soumettent volontiers. «Nous avons tout déballé. Ce fut difficile mais positif !» Pourtant, la thérapie arrive trop tard. Six mois plus tard, les tensions persistent et Yannick décide de tout arrêter. En octobre 2010, six mois après la séparation, Christophe décide de racheter les parts de son ex-associé. «Les conséquences de cet échec sont lourdes, mais je suis plus serein», affirme Christophe.

Bannir les non-dits

Avec le recul, Christophe analyse son échec. «Nous ne parlions pas assez. Il n'y avait plus de convivialité. Et surtout, nous n'avions plus la même vision quant à l'avenir de l'exploitation.» Des erreurs reconnues et assumées qui se transforment aujourd'hui en conseils.

«Dès que l'on s'installe, le dialogue est essentiel et doit être entretenu rigoureusement, pour éviter les non-dits. Il est aussi important de rédiger un règlement intérieur en se plaçant dans toutes les situations possibles, en privilégiant l'équité entre associés.» Christophe est désormais convaincu de l'utilité des formations en relations humaines. «En cas de difficulté, il faut en parler à une personne de confiance, mais ne surtout pas le garder pour soi.»

L'équité avant tout

Des possibilités de prendre des congés au litrage de lait que chaque associé est autorisé à prendre pour sa consommation personnelle, le règlement intérieur entérine surtout l'équité entre associés. A commencer par l'équité statutaire. « Notre SCEA est divisée en cinq parts égales, explique Sandra. Si jamais un associé choisissait de quitter l'exploitation, la transmission s'avèrerait plus facile qu'en cas de concentration des parts. » Equité aussi dans le travail, notamment pour la traite des vaches. « Tout le monde y participe. Nous fonctionnons en trio pendant la semaine et en duo pour les week-ends. En hiver, jusqu'à la mise à l'herbe du troupeau, nous trayons trois fois par jour. Mieux vaut bien s'entendre ! » Considérant que l'équilibre entre eux est un gage de réussite de la structure, les cinq associés se sont récemment penchés sur le problème du foncier.

« Le foncier et l'iniquité des apports dans les exploitations est souvent source de problèmes relationnels, explique Joël. Le départ d'un associé ayant apporté beaucoup de foncier peut mettre en péril la pérennité d'une exploitation. » Pour y pallier, les associés ont décidé de créer un Groupement foncier agricole (GFA) qui regroupera les quelque 128 ha appartenant aux différents associés. « Les terres seront alors mises à disposition de l'exploitation. En cas de départ de l'un d'entre nous, il n'y aura aucune conséquence sur la surface exploitée. » L'équité entre associés rime alors avec sécurité et pérennité de l'exploitation.

Et malgré la conjoncture difficile, c'est avec une plus grande sérénité qu'ils peuvent faire des projets. Le prochain devrait se concrétiser au premier semestre 2011. « Nous allons démarrer une production de volailles sous label “poulets fermiers du Périgord”, avec deux bâtiments pouvant accueillir chacun 4 400 têtes. »

Source Ja Mag

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