Machinisme : ce que veulent les jeunes

JA Mag

Machinisme : ce que veulent les jeunes

Economies à l’achat et à l’usage, performances techniques : c’est ce que cherchent les jeunes agriculteurs dans leurs choix de matériel. Des choix qui témoignent d’une volonté de raisonner les investissements.

Jeunes agriculteurs : quelle est votre machine idéale ? Cette question peut sembler inutile, vu la diversité des productions, des projets d’installation et des territoires. Pourtant, d’après notre sondage exclusif auprès du réseau JA, 80% des jeunes estiment avoir « des attentes spécifiques en matière de matériel ». Seuls 8,5% pensent le contraire. En réalité, cette question revient à se demander ce qui différencie un jeune agriculteur d’un autre, installé depuis plus longtemps. Tous les JA connaissent la réponse : des investissements à rembourser, des objectifs économiques à atteindre et donc une marge de manœuvre financière restreinte. Mais aussi une volonté de se simplifier la vie et de se garder du temps libre.

Éleveurs et céréaliers : des besoins différents

S’équiper moins cher, à tout prix ?

C’est donc sans surprise que le prix d’achat des matériels est le premier critère de choix des jeunes agriculteurs, cité par 23,5% des sondés. «Les coûts de machinisme excessifs sont dangereux, résume un céréalier des Pays-de-la-Loire. Les JA doivent se raisonner les premières années.» Près de 16% des jeunes admettent aussi apprécier les économies à l’usage (voir graphiques ci-contre). Sans pour autant plébisciter le matériel low cost. «Les concessionnaires qui en vendent sont rares», note un jeune éleveur languedocien. Il ajoute que les agriculteurs «manquent de recul». Attention aussi au matériel d’occasion, parfois une fausse bonne idée. Car il faut calculer «la durée d'utilisation, le coût d'entretien, les réparations, la perte de valeur du matériel et son prix de revente, prévient Sébastien Richard, producteur alsacien de fromage fermier. Au final, l'occasion peut s'avérer plus coûteux que le neuf.» C’est bien connu, l’agrandissement des exploitations alourdit les coûts de reprise. En Auvergne par exemple, le coût moyen d’une installation atteint 250000€. A ce niveau de risque financier, chaque choix est crucial : vaut-il mieux racheter un tracteur, un semoir, une moissonneuse-batteuse ou du bétail ?

Difficile de trouver du matériel pour les petites exploitations

La réponse dépend évidemment du projet de chaque jeune, de sa production et, le cas échéant, des outils déjà présents sur l’exploitation. Céréaliers et éleveurs n’ont pas du tout les mêmes besoins. Les premiers rechercheront d’abord du matériel de culture et de travail du sol performant. Du côté des éleveurs, un producteur bovin et ovin installé depuis 15 ans met en garde les futurs agriculteurs : «Souvent, on change le tracteur alors qu'il n'a que cinq ans et on travaille comme il y a 30 ans dans les bâtiments d'élevage.» Résultat : «Nos jeunes se dégoûtent du travail d'élevage. » Pour cet agriculteur de la région Midi-Pyrénées, la priorité des éleveurs doit rester la modernisation des bâtiments. Plus de 75% des sondés sont d’accord avec lui : ils placent les bâtiments comme investissement prioritaire lors d’une installation. Le tracteur n’arrive qu’en deuxième position avec 52% des réponses, à égalité avec le cheptel. 26,5% des sondés citent aussi l’informatique. Logique pour cette nouvelle génération qui a grandi avec Internet. Plus terre-à-terre, le foncier et les mises aux normes reviennent souvent parmi les dépenses incontournables.

Les jeunes trouvent-ils du matériel adapté sur le marché ? 67% d’entre eux répondent oui. 48% des sondés citent même des marques répondant à leur demande. Il reste toutefois plusieurs zones d’ombre. Producteur de fruits rouges dans le Doubs, Pierre Chupin avoue peiner à « trouver du matériel adapté aux exploitations de faible surface : léger, de qualité, correspondant aux besoins ». Installée en région Pays-de-la-Loire, une éleveuse laitière constate que « le matériel récent n'est encore pas adapté aux agricultrices » : prises de force trop lourdes, graisseurs impossibles à atteindre. «L'outil idéal pour un JA, c'est la Cuma, lance de son côté Serge Puginier, céréalier dans le Lauragais. Quand la ferme s’agrandit, il suffit de prendre plus de parts sociales. Les investissements sont ainsi raisonnés et échelonnés en fonction des besoins.» Le choix du mode d’équipement (copropriété, ETA, entraide, etc.) est parfois plus important que celui du matériel lui-même. Les Coopératives d’utilisation du matériel agricole (Cuma) restent un des meilleurs moyens de réduire les charges de mécanisation. Tout en accédant sans s’endetter à du "gros" matériel (type moissonneuse batteuse ou ensileuse), performant et récent. Finalement, il n’existe peut-être pas d’investissement "spécial JA", mais « parfois une volonté de travailler autrement », note un producteur de semences en Pays-de-la-Loire. Manière de rappeler, comme le dit ce producteur de safran en Loir-et-Cher, « que l'agriculture est avant tout le travail de la terre fait par des hommes et des femmes ».

Source JA mag décembre 2012

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