Maïs : 900 ha de plus semés depuis 2010

P.Olivieri

Maïs : 900 ha de plus semés depuis 2010
Source : DDT

Production laitière confortée et quête d’autonomie fourragère expliquent la hausse des surfaces de maïs dans le Cantal.

Que les éditeurs de cartes postales se rassurent : le Cantal reste un pays vert. Vert de ses prairies, permanentes ou non, qui couvrent près de 330 000 hectares, soit 94,65 % de la surface agricole utile (données RGA 2010). Et les 5,34 % restants ? Céréales (3,3 %) et maïs (1,7 %) se les partagent. Régulièrement pointée du doigt par les milieux écologistes pour sa consommation d’eau et son assimilation à une agriculture supposément intensive, la culture de maïs s’est relativement peu développée dans le Cantal sur la décennie 2000-2010 passant de 5 529 ha à 5 717 (+ 3,4 %). Elle est restée majoritairement concentrée sur son ancrage his- torique de la Châtaigneraie (les territoires  des  GVA(1)  de Maurs,- Saint-Mamet/La Roquebrou et- Lafeuillade/Montsalvy cumulent 63,4 % des surfaces en 2010), avec une extension sur le secteur d’Aurillac, Saint-Cernin et la partie basse de Vic-sur-Cère. On retrouve par ailleurs pas loin de 200 ha sur le Massiacois, 532 ha sur le territoire du GVA de Mauriac-Pleaux-Salers et 322 ha sur celui de Saignes-Champs.

Moins de 2 % de la SAU...

Dans le détail, la part de maïs cultivé dans la SAU a légèrement régressé dans la décennie sur la région de Maurs (5,98 % en 2010), de Lafeuillade-Montsalvy (5,92 % au RGA de 2010) et de Mauriac-Pleaux-Salers (532 ha en 2010, pour 1,45 % de la SAU). Au contraire, sur le territoire des GVA de La Roquebrou et Saint-Mamet, ce ratio progresse de près de 1  % (1 249 ha  en  2010, soit 5,04 % de la SAU). Sur le Massiacois, près de 130 ha supplémentaires sont recensés (0, 98 % de la SAU). Légère progression également sur Aurillac-Saint-Cernin  (533  ha  en 2010,2,05 % de la SAU), Aurillac-Vic (371 ha, 1,19 % de la SAU), Saignes (1,87 %) et Ruynes-Saint-Flour nord (77 ha, 0,32 %). La Planèze sanfloraine ne compte elle que 19 petits hectares. Mais ça, c’était avant. Car sur les cinq dernières années, le maïs a étendu sa sole de près de 900 ha puisque sur la base des déclarations de surface 2014, la Direction départementale des territoires (DDT) a recensé l’an dernier  6 580 ha  (après avoir enregistré 6 615 ha en 2013), soit un gain de près de 16 % sans qu’on soit en mesure aujourd’hui de préciser la répartition de cette progression sur le territoire. Une évolution que beaucoup attribuent à deux facteurs : la libération facilitée de volumes plus conséquents de lait sur cette période, confortant la référence des élevages déjà dynamiques, et une vraie préoccupation de gagner en autonomie fourragère suite aux sécheresses de 2007 et 2011 notamment.

... mais une nette progression depuis 2010

“En 2011, la paille et le foin sont montés à des prix fous. Avec l’augmentation parallèle du coût de l’énergie, les gens ont pris peur et ont cherché à sécuriser leur système”, constate Jean-Gaby Cazes, président du GVA de Lafeuillade-Montsalvy, qui, depuis la sécheresse, relève un regain d’intérêt pour cette culture, les variétés existantes sur le marché, les journées tech- niques sur le sujet. “Il y a dix ans, personnellement, je n’avais pas un hectare de maïs, aujourd’hui j’en fais six et sur mes quatre voisins, tous en font aussi. Souvent, les éleveurs ont eu des volumes laitiers en plus sans s’agrandir, ils ont donc intensifié.” Avec des rendements au rendez-vous : même sans irriguer, les 10 à 12 tonnes  de  matière   sèche (t MS)/hectare sont atteintes, et pour les maïs irrigués(2) la récolte avoisine les 17-18 tMS/ha. En 2014, le maïs “s’est avéré”  unevaleur sûre, estime l’éleveur de Marcolès. Pour Jean-Luc  Doneys, directeur de la branche agro fourniture de l’Union Altitude, la progression de ces dernières années n’a pas forcément profité à l’Ouest du département : “Sur la Châtaigneraie, comme sur Aurillac et Mauriac, c’est plutôt stable. Le nombre d’hectares semés se joue à +/- 2 %, et dépend plus des conditions d’implantation que d’une stratégie. Les derniers hectares semés se font ainsi par rapport à l’état des stocks. Si le printemps est favorable, ça incite à faire des hectares supplémentaires.” Le responsable d’Altitude estime en revanche que le maïs s’est développé sur des zones plus hautes grâce à des variétés résistantes au froid.

Le maïs prend de l’altitude

Ce que confirme David Lamat, responsable de l’antenne sanfloraine de la Chambre d’agriculture : “Ça a augmenté ces dernières années, mais pas de façon phénoménale. Je dirais que depuis 2012, sur l’arrondisse- ment de Saint-Flour, il s’est fait une grosse centaine d’hectares de plus, surtout sur les secteurs de la Margeride et de Massiac, sur des communes comme Saint- Mary-le-Plain et La Chapelle-Laurent, du fait d’une production laitière plus dense sur ces zones.” Autre facteur favorable sur ces communes : des sols ressuyants, sableux et une exposition propices au maïs. David Lamat relève lui aussi les progrès variétaux permettant, à 1 450° cumulés, de faire du maïs avec des rendements corrects. Sur le champ d’essais implanté par le GVA, les rendements ont atteint l’an dernier 15 t MS/ha. “Bien sûr, on est sur des essais, donc dans des conditions optimisées, mais ça montre qu’il y a un potentiel pour cette culture.” Un potentiel confronté à un dilemme pour les producteurs laitiers qui ont fait le choix de l’AOP cantal et qui sont donc plafonnés en termes d’apport de maïs dans la ration des laitières.

(1) Groupe de vulgarisation agricole.

(2) Dans le Cantal, moins de 10 % de la surface en maïs est irriguée.

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