Malgré les hostilités, l'enseignement agricole se met au vert

Malgré les hostilités, l'enseignement agricole se met au vert

Au cœur du plateau de la Brie, le lycée Bougainville fait figure de trublion avec son engagement à « verdir » l'enseignement agricole.

La plupart des agriculteurs voisins ne sont pas très convaincus par l'idée qu'on puisse combiner performances écologique et économique. « Ici, c'est une plaine céréalière et on dérange la profession qui a une obsession: maintenir les niveaux de production », explique Daniel Pezzin, le proviseur. A leurs côtés, « il y a les élèves qui sont très résistants. Ils s'appuient sur ce qu'ils voient en stage ». Dans la salle de cours d'une Première de Bac Pro « Conduite des exploitations », effectivement, l'agroécologie ne déchaîne pas les passions.

Certains reconnaissent qu'il est important « que la production agricole soit tournée vers l'environnement ». Mais, tempère l'un des lycéens, « j'ai montré des photos de l'élevage du lycée à mon stage et le chef d'exploitation trouve que ce n'est pas bien géré, que les vaches sont moches et mal entretenues ». Avec l'agroécologie, il faut accepter que tout ne soit pas au carré et que quelques brindilles dépassent des champs. Tounis Aoudjali Tahir est un professeur en bottes : il a troqué sa craie pour gérer l'exploitation agricole de 130 hectares adossée au lycée qui fait figure de laboratoire géant pour les élèves.

Apprendre à observer les champs

C'est lui qui a mené à bien, avec d'autres, la transition écologique de l'exploitation. La ferme dispose d'un statut privé, avec les mêmes contraintes économiques que toute entreprise. Ils produisent des plantes, fleurs, de la viande bovine, des céréales et du colza. Pour limiter l'usage des herbicides, ils ont investi dans trois outils de désherbage mécanique (25.000 euros financés en partie par des fonds publics). Ils ont également mis en place un système de rotation et d'association de cultures vertueux. Par exemple, mélanger deux variétés de colza qui ne fleurissent pas au même moment, permettant de limiter les insecticides afin de protéger les abeilles. Le proviseur assure qu'il n'a pas relevé de baisse des rendements malgré parfois des difficultés comme ces quelques mauvaises herbes qui ont germé en même temps que le colza cette année. Même si, avec l'agroécologie, il précise cependant qu' « il ne faut pas raisonner à l'année mais à l'échelle des rotations de cultures ». Sur le papier en tous cas, les résultats sont probants: en quatre ans, l'exploitation a réduit de 30% l'utilisation d'herbicides et de 40% les fongicides.

En 2009, le lycée a démarré le programme EcoPhyto, lancé par l'ancien gouvernement qui avait l'objectif ambitieux de réduire de moitié l'usage des pesticides d'ici 2018. Dans les faits, le lycée Bougainville fait figure d'exception puisque le recours aux phytosanitaires continue d'augmenter: en 2011, il a progressé de 2,5%. Mais pour obtenir de tels résultats, il faut être agronome, savoir observer les champs. Les professeurs tentent donc de remettre l'agronomie au cœur des enseignements. « Si on caricature, on est en train de passer de l'enseignant qui apprenait que la production est proportionnelle à ce qu'on met en intrants; à un professeur qui montre aux élèves comment, par l'observation, on peut optimiser et raisonner son utilisation de produits phytosanitaires ». Le lycée Bougainville fait figure de pionnier mais ses pratiques devraient se généraliser sous l'impulsion du gouvernement qui souhaite « verdir » l'enseignement agricole. Un objectif est d'ores et déjà fixé: que toutes les exploitations des lycées se soient converties à l'agroécologie d'ici cinq ans.

Source AFP

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