Maraîchage nantais : un dynamisme économique à maintenir

Guillaume de Werbier

La surface maraîchère en Loire-Atlantique est d'environ 5 000 ha, soit 1,2 % de la SAU du département.
La surface maraîchère en Loire-Atlantique est d'environ 5 000 ha, soit 1,2 % de la SAU du département.

Dans le cadre des réunions décentralisées du bureau de la chambre d’agriculture, une rencontre a eu lieu chez des producteurs de légumes à La Chapelle Basse Mer, en présence des acteurs de la filière maraîchère du département.

«Le maraîchage nantais aujourd’hui représente un chiffre d’affaires de 220 millions d’euros, soit 20 % de chiffre d'affaires agricole du département, et 4 000 équivalents temps plein ». Le portrait rapide brossé par Philippe Retière, président de la Fédération des maraîchers nantais, suffit à comprendre qu’en Loire-Atlantique, le maraîchage occupe une place économique importante.
Différents modes de culture caractérisent la production : plein champs et de petits tunnels (4 800 ha), grands abris plastiques (250 ha), et serres chauffées (125 ha). Le département s'est spécialisé dans six produits, à commencer par la mâche (32 000 t/an, soit 85 % de la production nationale et 50 % de la production européenne), mais aussi la tomate (81 ha dont 70 ha chauffés, pour 30 000 t/an, 5 % de la production française), le concombre (43 ha dont 37 ha chauffés, 20 000 t/an, 25 % de la production française), le radis (13 millions de bottes/an), le muguet (150 ha utilisés, 80 % de la production nationale), et le poireau primeur (29 000 t/an).
Le Gaec Prim’Val, à La Chapelle Basse Mer, sur laquelle se sont rendus lundi dernier les élus de la chambre d’agriculture pour prendre le pouls de cette production, fait partie des 400 exploitations maraîchères du département. L’entreprise, qui regroupe quatre associés (Alain et Bertrand Redureau, Hervé Marais, et Vincent Beleffet), s’étend sur 75 ha, dont 10 ha de serres multi-chapelles plastiques. Le Gaec emploie 16 salariés permanents et 30 équivalents temps plein. Il produit du poireau, de la mâche, du radis, du navet et du fenouil, ainsi que du muguet.

Manque de molécules

Pendant la rencontre, Hervé Marais et Bertrand Redureau, ont fait part de leurs inquiétudes quant à l’avenir des entreprises maraîchères. Problème important à leurs yeux, le nombre de molécules disponibles et utilisables pour le maraîchage est de plus en plus restreint. Pour certaines plantes parasites, il n’existe plus de produits phytosanitaires homologués. De quoi compromettre la pérennité des cultures et donc la viabilité des entreprises avec une hausse des charges correspondant au temps supplémentaire passé au désherbage. Il ne faut pas oublier que le marché des légumes n’échappe pas à la concurrence européenne !
Et les producteurs de légumes d’évoquer aussitôt le cas du Patoran, utilisé pour le désherbage de la mâche, mais qui est interdit d’utilisation. « On a un autre produit de substitution mais il est moins efficace ! ». « La production de plein champs est très affectée par le manque de molécules », confirme Marc-André Goulet, maraîcher à Haute-Goulaine, et président du CDDM (Comité départemental de développement maraîcher). Cette structure (190 adhérents) qui assure l’appui technique auprès des producteurs de légumes et élabore des références techniques grâce aux expérimentations qu’elle met en place, suit donc ce dossier de près.
Les producteurs pestent aussi contre la loi, promulguée il y a déjà plusieurs années, qui interdit l’extraction du sable de Loire. Il faut savoir que chaque année, le maraîchage, dans la région nantaise, consomme environ 500 000 tonnes de sable. 80 % de ces besoins sont extraits en mer, au large de l'estuaire de la Loire. Moins adapté à leurs cultures, les maraîchers trouvent aussi que ce sable coûte de plus en plus cher.

« Urbanisation galopante »

Le foncier est un autre sujet source de préoccupations de la profession maraîchère. La croissance de la taille des exploitations permet de sauvegarder la rentabilité des exploitations. Mais, comme le vivent Hervé Marais et Bertrand Redureau sur leur commune, cette croissance des tailles d’exploitations est limitée par la pression foncière exercée par « l’urbanisation galopante ». Difficile dans ces conditions de construire par exemple de nouveaux grands abris plastiques, nécessaire à la culture de la mâche.
« Beaucoup de problématiques sont communes à de nombreuses productions. La profession agricole a intérêt à se retrouver autour de ces sujets », confiait lundi Jacques Lemaitre, président de la chambre d’agriculture, après avoir entendu les témoignages des deux producteurs. « Le foncier, l’eau… sont des sujets transversaux sur lesquels on peut travailler ensemble pour être plus efficaces. Nous pouvons aussi vous apporter nos compétences sur le volet réduction des produits phytosanitaires, en prenant appui sur les références obtenues dans le cadre du réseau de ferme Dephy Écophyto », a par ailleurs proposé Jacques Lemaitre.

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